Par Frédéric Duriez  | f.duriez@cursus.edu

Vendre les formations e-learning en interne

Créé le jeudi 26 janvier 2017  |  Mise à jour le lundi 6 février 2017

Vendre les formations e-learning en interne

Le iLearning forum a eu lieu les 24 et 25 janvier 2017 à Paris. Il a rassemblé la plupart des grands acteurs du e-learning. Les stands et les présentations ont mis en évidence les visions que ces acteurs portent du e-learning pour les années à venir.

En particulier, les intervenants ont insisté sur la nécessité de "vendre" ses formations aux apprenants.

L'expérience de la Poste avec Cornerstone

Former des dizaines de milliers de collaborateurs : la méthode VLA

La Poste a travaillé avec la plateforme Cornerstone sur son offre de formation à distance. En particulier, certains contenus sont proposés librement à l'ensemble des collaborateurs. Ils n'ont pas besoin de leur hiérarchie pour s'inscrire.

Au delà de cette expérience, les intervenants de la Poste et de Cornerstone ont fait apparaître une série de facteurs de réussite qui sont autant d'éléments de marketing interne.

La formation doit d'abord être visible de tous. Il ne s'agit donc pas d'une simple information en début d'année, ou qui passerait uniquement par les cadres.

Elle doit aussi être lisible. L'enjeu et le défi sont importants s'agissant de la Poste, étant donné le nombre de métiers et de collaborateurs. Pour être lisible, elle doit être alignée sur la stratégie. "On doit pouvoir comprendre la stratégie d'une entreprise en regardant son offre de formation en interne", nous dit Rania Moslard Ajjouri, directrice des projets formation du groupe.

La formation en ligne doit aussi être accessible, ce qui signifie que les modalités d'accès sont simplifiées, et que la Poste se recentre sur un LMS. Comme beaucoup d'intervenants l'ont exprimé par ailleurs, la formation doit être «multicanal» et ne supporter aucun blocage d'ordre technique.

Et enfin, Rania Moslard Ajjouri, Martial Aubry de la Poste ainsi que Goeffroy de Lestrange de Cornerstone ont insisté sur l'autonomie. Dans la mesure où cette dimension est valorisée chez les salariés, elle doit se refléter dans la manière d'accéder aux formation et de s'y inscrire.

La formation des managers : approche marketing et autonomie

L'autonomie a été particulièrement poussée dans la formation des 20 000 managers, auxquels des modules sont proposés en libre service. Les modules sont "vendus" en interne aux managers, que l'on considère comme des "clients". Ils sont relancés régulièrement via des techniques de marketing direct et de mailing. Tout est fait pour faciliter l'inscription et l'engagement.

Les modules sont très courts, et permettent donc de se former sur des temps d'autonomie assez réduits.

Stephane Diebold de l'Affen : une vision prospective

Les intervenants des conférences ont pour la plupart insisté sur cet aspect commercial. L'apprenant doit avoir envie de participer, les modules doivent être attractifs. Les neurosciences nous rappellent d'ailleurs qu'une émotion positive peut aider à mieux comprendre.

Les méthodes évoquées ressemblent à celles d'Amazon ou de Netflix : "si vous avez apprécié ce module, alors vous aimerez sans doute..." ou encore "Ceux qui ont suivi ce module se sont souvent inscrits également aux modules suivants : ...".

Stéphane Diebold préside l'Association Française pour la Formation en Entreprise et les usages Numériques (AFFEN). Selon lui, le marketing est une compétence clé des centres de formation.

L'avenir de la formation est incertain. On serait naïf de croire qu'il ne sera pas secoué par l'arrivée de nouveaux entrants comme l'ont été d'autres services. Il faut se préparer à changer de paradigme, même si les lignes d'horizon sont assez floues. Et bien entendu, il ne faut pas se contenter de ce que demandent les clients ou de ce qu'ils répondent aux études de marché. Stéphane Diebold a néanmoins proposé quelques pistes dont le e-learning pourrait s'inspirer.

La simplicité

Il évoque les chatbots, disponibles 24h/24 et qui répondent de façon toujours plus naturelle et pertinente. De même, on compterait 3 millions d'apps dans le monde, dont 90% sont en téléchargement gratuit.

Entre une app qui me propose d'apprendre de façon ludique, et une formation pour laquelle on me demande de remplir des formulaires qui seront soumis à la direction des ressources humaines... je peux choisir l'application.

Entre un Mooc où je me forme à mon rythme, dans une communauté large qui me permet de faire des rencontres, et une formation de deux jours qui nécessite une approbation de ma hiérarchie et des horaires contraignants, je peux choisir le Mooc.

Du buzz et de la communication

Autre piste : "créer du buzz" et même "réenchanter la formation". Stéphane Diebold cite les clips de lancement du Mooc consacré au management de Cécile Dejoux du Cnam. Ajoutons-y le clip du Mooc Creative Box, visible ci-dessous  et qui a remporté le prix du teaser du "Mooc of the Year 2016 :

 

Créer une communauté

Autre facteur d'attractivité pour une formation à distance : elle peut créer une communauté qui va perdurer au delà de la formation. Le Mooc de l'Afpa consacré à la cuisine s'est prolongé à travers des communautés d'apprentissage sur les réseaux. Le e-learning doit s'efforcer de faire émerger ce type de dynamique.

Penser à l'éco-système autour d'une offre gratuite

Le gratuit semble être un modèle en forte croissance. Les moocs ou les apps proposent des offres essentiellement non payantes. Alors comment vivre en proposant des formations gratuites ?

Stéphane Diebold évoque plusieurs pistes. Certaines formations gratuites et en particulier les Mooc apportent une notoriété telle que des rencontres ou des séminaires payants sont assurés d'un succès. Parmi les autres suggestions, on peut citer l'édition d'un livre qui accompagne la formation, la certification, ou le modèle freemium qui consiste à prolonger l'offre gratuite d'une offre payante, pour approfondir les contenus.

Enfin, la vente des données peut être une source de revenus conséquente. C'est sans doute ce qui motive des entreprises comme Linkedin à se lancer dans la formation en ligne.

Stéphane diebold

Le iLearning Forum 2017 a donc beaucoup insisté sur l'attractivité des dispositifs, des modules et des "grains". La concurrence entre les modes de formation l'explique, tout comme l'autonomie grandissante des personnes qui se forment, et qui sont souvent très connectés à des réseaux ludiques, sociaux et aux contenus actualisés. Leur exigence ne fait que croître !

Comme le dit Stéphane Diebold, dans les années 2000, il fallait qu'une formation soit "intéressante". Dorénavant, il faut qu'elle soit "extraordinaire".

Illustrations : Frédéric Duriez

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