Par Daniel Therrien  | dante325@gmail.com

Les enseignants et les Tics : franchir les obstacles

Créé le mercredi 22 février 2017  |  Mise à jour le lundi 6 mars 2017

Les enseignants et les Tics : franchir les obstacles

Le rapport que nous entretenons avec les technologies...

dépend en majeure partie de l'expérience de ses usages en situation. Or les enseignants, quel que soit l'ordre d'enseignement, ont souvent par le passé expérimenté des technologies sans y être bien préparé. Nous posons d'abord un regard sur les raisons qui conduisent ces pédagogues à délaisser les usages technologiques, et proposons ensuite de considérer une expérience d’intégration réussie des technologies.

Des problèmes techniques

De nombreuses études montrent que les enseignants utilisent peu les TIC pour des raisons personnelles ou des problèmes d’infrastructures ou de formation. (Villeneuve et autres, 2012). Le fait d’avoir affronté différentes problématiques lorsqu’ils ont utilisés les TIC a produit chez des enseignants un effet d’évitement d’une expérience vue comme non satisfaisante pour l’apprentissage de leurs élèves.

Plusieurs des embuches dressées sur le parcours de la scénarisation pédagogique relèvent du matériel utilisé ou de la technique, malgré un travail de planification préalable; à titre d’exemple, une connexion Internet trop lente, ou des sites Web inaccessibles en raison des normes de sécurité des institutions constituent des irritants majeurs.

Les réseaux sans fil (Wifi) ne servent pas toujours bien l’usage des applications, particulièrement lorsqu’un nombre trop grand d’utilisateurs est connecté. Enfin, le matériel technologique présent peut être insuffisant, peu fiable ou inopérant.  Rencontre-t-il l’objectif spécifique d’apprentissage ?

Des irritants majeurs

Outre l'aspect matériel relié à l'usage des technologies pour enseigner, deux irritants majeurs freinent les ardeurs des enseignants les plus motivés:

  • le temps de préparation et
  • la gestion de classe.
     

Intégrer des usages numériques dans des séquences didactiques demande un temps de préparation plus important puisqu’il faut souvent s’approprier des instruments tels qu’un logiciel que devront utiliser les apprenants. La gestion de classe dans un laboratoire informatique présente des difficultés qu’une bonne planification peut contourner. L’agitation des élèves, leur déplacement d’une classe à une autre, leur tendancesà sortir du cadre pédagogique de référence peut être compensé par la rigueur des règles disciplinaires.

Par contre, un réseau qui « plante » pendant une portion importante du cours peut en décourager plus d’un. La présence des instruments technologiques dans la classe semblerait présenter une gestion plus simple des comportements d’élèves. 

Une intégration réussie : PROTIC

Dans une étude récente, Giroux et autres (2013) ont constaté que « l’outil (la tablette dans ce cas-ci) permettait d’améliorer la qualité du contenu enseigné de même que celle des présentations et des travaux des élèves ».

L’expérience PROTIC menée au Collège Les Compagnons de Cartier semble démontrer que l’intégration des TICs a donnée des résultats tangibles. Louise Ménard, enseignante, témoigne de ces résultats dans un rapport qu’elle a publié en 2008. Un autre rapport paru en janvier 2007 mentionnait que les élèves ayant suivi le programme PROTIC obtenaient de meilleurs résultats au Cégep de Sainte-Foy (Ville de Québec) que d’autres élèves provenant de programmes différents (Laferrière, 2007).

Sans devoir réinventer la pédagogie

. « En effet, quels arguments pouvons-nous donner aux formateurs pour intégrer les technologies dans leurs pratiques ? » (Simonian, 2011). Au point de départ, le numérique doit être au service de la pédagogie, et non l’inverse. En aucun cas, l’usage d’une technologie ne doit être une fin en soi. C’est à partir de la scénarisation des activités d’apprentissage que l’enseignant, par choix didactique, décide de médiatiser les contenus à faire apprendre. L’usage d’un TNI, par exemple, pourra favoriser la présentation de l’objet d’apprentissage et les interactions qui entreront en scène. La question de s’investir ou non dans cette aventure se pose aux enseignants en termes d’avantages et d’effets positifs sur l’apprentissage.

La motivation des élèves est un exemple d’effet positif attendu des usages numériques, comme le démontre une revue de littérature (Chartrand et Parent, 2013). Mais il n’est pas garanti que l’élève réussisse mieux aux examens… 

Plusieurs enseignants démontrent de l’enthousiasme face à la perspective d’intégrer ces usages. Plusieurs futurs enseignants du secondaire ont maintenant dans leur bagage de pédagogue un souci constant pour engager leurs élèves dans un démarche d’interaction avec le numérique.

Retenons que seuls comptent les choix que fera l’enseignant, puisqu’il est le principal responsable des résultats.  En d’autres termes, investir de son temps dans une formation aux usages numériques ou dans une préparation qui les prend en compte peut rapporter des bénéfices appréciables. 

Mesure de formation

En novembre 2016, le Ministère québécois de l’éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) publiait un message concernant la mesure 15080, « Virage numérique dans le réseau scolaire » : Cette mesure finance des projets facilitant l'accès à la formation nécessaire au personnel enseignant pour qu'il puisse utiliser de façon pédagogique les outils technologiques requis pour l'enseignement et l'apprentissage. 

Contact : annick.parise@education.gouv.qc.ca.


Références

Chartrand, D., Parent, C. (2013). Revue de littérature : utilisation des tableaux blancs interactifs dans l’enseignement/apprentissage. Tiré le 3 mars 2014 de : http://formation.portfoliofls.ca/wp-content/uploads/2013/11/dchartrand_cparent_revue-de-litterature.pdf

Giroux, P., Coulombe, S., Cody, N., Gaudreault, S. (2013). L'utilisation de tablettes numériques dans des classes de troisième secondaire : retombées, difficultés, exigences et besoins de formation émergents. Revue Sticef.org. Vol. 20.
http://sticef.univ-lemans.fr/num/vol2013/07-giroux-cren/sticef_2013_NS_giroux_07p.pdf

Huot, D, Hamers, J, Lemonnier, F-H, Parks, S. (2009). Les technologies de l’information et de la communication (TIC) à l’école secondaire: une étude longitudinale. Les Presses de l’Université Laval. 256 pages.

Laferrière, T., Gaudreault-Perron, J. Deschenes, M. Rapport sur la réussite au Cégep de Sainte-Foy des diplômés du programme PROTIC offert par l’école Les Compagnons de Cartier. Université Laval. Janvier 2007.
http://www.tact.fse.ulaval.ca/papers/SuiviProtic_Pascal.pdf

Ménard,L. La réussite du PROTIC, Enseigner et apprendre : plus de 10 ans d’innovation collective. PROTIC3, Collège des Compagnons. 2007-2008
http://www.csdecou.qc.ca/collegedescompagnons/files/2013/02/protic_en_bref_louise_menard.pdf

Simonian, S. (2011). Former et apprendre à distance. Recherche et formation, 68 (2011). http://rechercheformation.revues.org/1480

Villeneuve, S., Karsenti, T., Raby, C., et Meunier, H. Les futurs enseignants du Québec sont-ils technocompétents? Une analyse de la compétence professionnelle à intégrer les TIC.  2012 - Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, 9(1-2).
http://www.erudit.org/fr/revues/ritpu/2012-v9-n1-2-n1-2/1012904ar/

Programme Virage numérique dans le réseau scolaire
http://www.recitfp.qc.ca/afficher/download/148_b9cbfa991bdbfdccb6ab8eb35dabceb0.html

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