Par Sandrine Benard  | phenix974@me.com

Langues en danger

Créé le jeudi 16 mars 2017  |  Mise à jour le lundi 20 mars 2017

Langues en danger

Le monde est en perpétuel changement. Il change et nous changeons avec lui. Le phénomène de mondialisation souligne les déplacements internationaux de populations, entraînant avec elles leurs cultures, religions, croyances, mais aussi leurs langues.

En 2017, on recense environ 7 000 langues dans le monde, mais dans moins de cent ans, plus de la moitié d’entre elles auront disparu, dans moins d’un mois, une d’entre elle aura certainement cessé d’être pratiquée. Chaque disparition d’une langue signifie un peu la disparition d’un patrimoine et d’une culture propre, d’une vision unique du monde, mais encore plus grave, cela signifie surtout la perte d’une mémoire collective, souvent millénaire.

Or, si environ la moitié de la population mondiale (3 milliards de personnes) parle une des vingt langues les plus courantes, on se doute bien ce qu’il adviendra des 7 000 autres : telles les dinosaures, elles sont vouées à disparaître. Mais peut-on y remédier ?

Le projet Langues en danger

Supervisé par l’omnipotent Google, ce projet a pour vocation « que de véritables spécialistes de la préservation des langues se l’approprient in fine » et c’est pourquoi le flambeau sera bientôt passé à First Peoples' Cultural Council et à Endangered Languages Catalogue/Endangered Languages Project (ELCat/ELP) team at University of Hawaiʻi at Mānoa.

On sait que Google ne se limite pas qu’au moteur de recherche, mais on peut toutefois se demander pourquoi ce projet existe. En fait, Google met justement sa technologie en œuvre afin d’aider les organismes et personnes s’investissant dans la lutte contre la disparition des langues en leur permettant d’accéder à une très riche base de données incluant des informations complètes, des échantillons de langues, mais aussi au partage des pratiques, études de cas et connaissances entre les divers acteurs dans cet objectif, à l’instar d’un véritable réseau social et informatif international.

Les applications indigènes

Comment changer le parcours d’une langue en voie de disparition ? En la pratiquant ! C’est pourquoi plusieurs petites applications ont été développées dans le but de transmettre des connaissances linguistiques, mais aussi culturelles. Le Canada se démarque largement des autres pays dans ce domaine. En effet, ayant déjà la particularité d’être officiellement bilingue français-anglais, il cherche à promouvoir certaines de ses langues indigènes en danger, comme l’Inuktitut, le Cree, l’Inuvialuktun ou encore en parainant l'initiative First Voices Chat.

Outre le Canada, d’autres pays ont également misé sur la valorisation de leur patrimoine linguistique ancien, voire millénaire, comme c’est le cas de l’Australie avec les applications  Sharing the dreaming (partager le rêve) qui présente la langue Nyoongar et la culture aborigène, ou encore Ma’Iwaidja, qui se veut un dictionnaire interactif et recueil d’expressions de la langue du même nom, sans oublier NT-Languages Anyndilyakwa qui se concentre sur un jeu de flashcards interactives avec signes de la main.

Son voisin direct, la Nouvelle-Zélande n’est pas en reste non plus avec la très longue tradition linguistique des célèbres Maoris. Les applications Kura et Hika Lite sont un bon de départ pour se familiariser avec cette langue autochtone, mais aussi avec sa riche culture ancestrale.

Pour ce qui est du reste du monde, les États-Unis et l’Amérique du Sud ont également quelques petites applications intéressantes à proposer dans la préservation des langues en danger de leurs pays : Simidic Aymara Quechua Guarani, qui est un dictionnaire trois en un avec ces trois langues sud-américaines, Blackfeet Language, pour la langue Nitsipowahsin, iCherokee pour la langue éponyme, ou encore les flashcards pour apprendre les langues indiennes d’Amérique légendaires : Navajo et Tonkow Toddler.

On notera que, généralement, toutes ces applications sont développées par les gouvernements eux-mêmes et que cela relève du ministère de la culture, de l’éducation ou du patrimoine, ainsi bien sûr, que celui des affaires autochtones. Ils sont la plupart du temps développés par des spécialistes en linguistique et en histoire au sein de prestigieuses universités. Il y a donc ici un réel travail de coopération entre l’État et ses collaborateurs chargés de la bonne mise en œuvre du projet.

Finalement

Les langues en voie de disparition sont souvent parlées par les plus anciens peuples du monde, comme c’est le cas des Aborigènes en Australie ou par les tribus autochtones formées par les premières nations nord-américaines, à l’instar du Cree ou du Cherokee.

Toutefois, en dépit du fait que celles-ci soient sur le déclin, on remarquera un réel effort de les maintenir à flot en développant des applications numériques propres à propager l’apprentissage de leur langue et la connaissance de leur culture ancestrale. Pourquoi ? Pour que ceux qui ne les connaissent pas les découvre, et surtout pour que ceux qui sont en train de les oublier ne le fassent pas et perpétuent la tradition. Car après tout, bien qu’il faille vivre et laisser mourir, oublier sa langue en l’abandonnant pour une autre, c’est aussi perdre ses racines, sa culture et son identité propre.

Illustrations : Tusaalingua, Carte des langues en danger,
Anindilyakwa

Sources

Le projet Langues en Danger, http://www.endangeredlanguages.com

Une revue des applications d’apprentissage des langues indigènes, https://fr.globalvoices.org/2014/05/10/149425/

Tusaalangua, sur la langue Inuktituk, http://tusaalanga.ca/

MyCree, sur la langue Cree, http://tansi.tv/mycree/

nuvialuktun One, sur la langue du même nom, https://appsftw.com/app/inuvialuktun-one

First Voices Chats, application de texte multilingue, http://www.fpcc.ca/language/FirstVoices/

Sharing the dreaming, sur la langue Nyoongar, https://itunes.apple.com/au/app/sharing-the-dreaming/

Ma’iwaidja, sur la langue Iwaidja, https://itunes.apple.com/au/app/ma-iwaidja/

NT Languages Anindilyakwa, sur la langue du même nom, http://digitalrepository.unm.edu/ila_projects/19/

Kura, https://itunes.apple.com/us/app/kura/ et Hika, https://itunes.apple.com/nz/app/hika-lite-english-maori/ sur la langue Maori

Simidic Aymara Quechua Guarani, https://itunes.apple.com/us/app/simidic-aymara-quechua-guarani/

Blackfeet Language, sur la langue Nitsipowahsin,  https://itunes.apple.com/us/app/blackfeet-language/

iCherokee, https://itunes.apple.com/us/app/icherokee/

Navajo, https://itunes.apple.com/us/app/navajo-toddler/ et Konkow Toddler, https://itunes.apple.com/us/app/konkow-toddler-hd/



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