Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Changer la culture de compétition pour celle de coopération à l'école

Créé le dimanche 9 avril 2017  |  Mise à jour le mardi 18 avril 2017

Changer la culture de compétition pour celle de coopération à l'école

L’école est un drôle d’environnement. Objectivement, tous les élèves vont dans la même direction et essaient, en même temps, de réussir leur année scolaire.

Pourtant, ce contexte qui devrait être un d’entraide devient souvent un de compétition. Les élèves comparent leurs notes, tentent d’être les meilleurs de la classe. Et puis, il y a les établissements qui sélectionnent leurs futurs apprenants par des tests de compétence, ce qui accentue ce sentiment de compétitivité entre étudiants.

Si certains sont partisans de cette approche qui oblige les élèves à se dépasser pour être en tête de peloton, d’autres pensent qu’elle est contre-productive. Il serait temps d’encourager une culture de collaboration afin que l’école ne soit pas vue comme une arène de gladiateurs où seuls les plus forts sont récompensés. D’autant plus quand les apprenants viennent de milieux socio-économiques parfois fort différents, rendant la compétition biaisée. La coopération semble donc une philosophie plus appropriée pour apprendre. Est-ce juste?

Les impacts de la coopération scolaire

De nombreux chercheurs se sont intéressés à la question de la coopération scolaire afin de savoir si elle est efficace. D’ailleurs, l’Institut Français de l’Éducation (IFÉ) a publié un très intéressant dossier en décembre 2016 sur la question. Celui-ci a regroupé de nombreuses études sur le sujet pour en faire un portrait qui porte à réfléchir.

Alors, la coopération entre élèves ça fonctionne? Cela est nuancé. Au départ, beaucoup de recherches balaient du revers de la main l’idée, souvent partagée par des enseignants ou des directions, que seule la compétition est génératrice de succès à l’école. Il n'y a aucun doute sur les bienfaits de la coopération, particulièrement sur les compétences sociales comme la gestion de conflits et la communication interpersonnelles.

Par contre, les métaétudes essayant de voir les impacts sur les notes ne sont pas claires. En fait, il est encore très difficile d’évaluer si le travail d’équipe a des conséquences positives ou négatives sur les résultats scolaires. Toutefois, le travail d’équipe et la coopération ont beaucoup plus de sens dans des contextes de résolutions de problèmes et de recherche que de mémorisation.

Les approches réussies

Y a-t-il une recette miracle à la coopération entre élèves? Non, mais il y a des approches qui ont plus de succès que d’autres. Généralement, les équipes les plus productives sont composées de deux à quatre ou cinq individus maximum. Il y a surtout une notion d’hétérogénéité qui est souvent encouragée dans la formation de groupe. Placer ensemble des caractères complémentaires ou des enfants issus de différentes réalités sociales permettrait des actions plus constructives et favoriserait les conflits sociocognitifs obligeant les membres de l’équipe à communiquer leurs désaccords et trouver des solutions. Évidemment, cela peut être plus complexe dans des milieux plus homogènes où, par exemple, le tirage au sort peut être envisagé comme une solution.

Un exemple concret de ce type d'approche serait le travail en îlots en classe, une façon de progresser par modules en équipe. D'autant plus que cette méthode peut bénéficier des outils technologiques qui permettent aux groupes de continuer le travail de coopération hors de la classe. En effet, les environnements numériques de travail sont un allié de choix afin d’y arriver, même si cela demande de bien expliquer aux apprenants l’usage de messageries, les droits de modifications de documents, etc.

D’ailleurs, cela change grandement le rôle du professeur. La circonscription de Gex Sud de l’académie de Lyon, qui citait sur sa page le dossier de l’IFÉ, affichait aussi des vidéos de Synlab sur la coopération. Une des capsules montre bien que l’idée du professeur est davantage un médiateur qui observera intensément les échanges en s’assurant qu’ils soient bien constructifs et courtois. Il ne faut toutefois pas trop s’immiscer et couper la dynamique de groupe. Éventuellement, il s’effacera pour devenir surtout un conseiller et un évaluateur du travail de groupe.

Cela n'est pas une mince affaire. Beaucoup d'enseignants ayant déjà du mal à garder le contrôle d'une classe, ils ont parfois l'impression que d'inciter autant d'échanges se transformera en un chaos ingérable. Pour y arriver, il faut donc se débarrasser de cette impression négative que les élèves n’apprendront rien en travaillant ensemble et, surtout, favoriser un climat de coopération dans sa classe.

Un travail qui exige la mise en place de règles de conduite claires pour ce qui se passe en ligne et à l'école et une base saine de confiance entre le maître et ses élèves. Cela représente un défi de taille qui pourrait bien, toutefois, modifier et améliorer positivement les sentiments des enfants qui ne se sentiraient plus constamment en compétition avec leurs camarades.

Illustration : woodleywonderworks kindergarten, in session via photopin (license)

Références

Darnon, Céline. "Faire Passer L'école De La Culture De La Compétition à La Culture De La Coopération." Slate.fr. Dernière mise à jour : 19 mars 2017. http://www.slate.fr/story/140819/ecole-culture-competition-cooperation.

Grandremy, Karen. "Travail En îlots, Modules, Compétences Et Coopération." Prezi.com. Dernière mise à jour : 12 janvier 2017. https://prezi.com/qnl4jandohlk/travail-en-ilots-modules-competences-et-cooperation/.

Reverdy Catherine (2016). La coopération entre élèves : des recherches aux pratiques. Dossier de veille de l'IFÉ, n°114 En ligne : http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA/detailsDossier.php?parent=accueil&dossier=114&lang=fr

"La Coopération En Classe Et Apports Des Neurosciences." Académie de Lyon. Dernière mise à jour : 4 janvier 2017. http://www2.ac-lyon.fr/etab/ien/ain/gex-sud/spip.php?article77.

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