Par Frédéric Duriez  | f.duriez@cursus.edu

Des espaces et des objets pour créer des interactions

Créé le mardi 18 avril 2017  |  Mise à jour le lundi 24 avril 2017

Des espaces et des objets pour créer des interactions

Comment favoriser les interactions entre élèves, et permettre une pensée complexe sur des problèmes géopolitiques par des enfants de neuf ans ?

John HUNTER utilise depuis de nombreuses années le "jeu de la paix dans le Monde" avec ses classes. Il partage les résultats de cette expérience à travers des conférences, des formations de formateurs et un site.

Créer des "espaces vides"

 Pour expliquer son intention, John Hunter nous décrit un drôle d'objet dans le bureau de sa responsable d'établissement, Pamela MORAN. Elle tient un blog, elle est sur les réseaux sociaux, elle est à l'aise avec la technique. Et pourtant, c'est une vieille table en bois qui attire l'attention dans son bureau. La peinture est écaillée, le bois usé par le temps.

C'est à cette table que le grand-père de Pamela s'asseyait en revenant des champs. Il parlait, racontait, apportait des connaissances. Pour la jeune Pam, la table est devenue... "la table de la sagesse". la table de sagesse - un espace vide - john Hunter

La table de la sagesse est un "espace vide", un espace où les échanges deviennent possibles et que l'on peut remplir sans que rien ne soit défini au préalable. Le rôle des architectures, des aménagements d'espaces de formation est ainsi de créer aussi "des espaces vides".

Une construction savante

John Hunter crée lui aussi un espace vide, même s'il est beaucoup plus sophistiqué. Quatre plaques de plexiglas de forme carrée, de 1,20 m de côté, placées les unes au-dessus des autres symbolisent le Monde.

Il y a un étage pour l'univers, un autre pour l'espace aérien, un troisième pour la terre, et enfin un dernier pour le sous-sol, espace de toutes les convoitises et richesses !

 Treize pages de règles du jeu et des problématiques complexes, qui sont nouées les unes avec les autres constituent le cadre. Mais cela demeure un espace vide, car les scénarios restent à créer. Pour preuve, John Hunter introduit le jeu en expliquant aux élèves de 9 ans qu'ils vont tenter de résoudre des problèmes que les adultes n'ont pas réussi à dénouer.

Les élèves sont en cercle autour du jeu, ils manipulent les objets pour communiquer. On pense aux détournements de jeux qui se développent en formation d'adultes ou au Lego Serious Play, où on échange en parlant des pièces et non directement des idées que l'on souhaite partager.

le jeu world of Peace - John Hunter

 Attribuer des rôles

Pour que le groupe trouve des solutions inédites et adopte une pensée complexe, le jeu propose de nombreux rôles. Les quatre pays ont un Premier ministre, un sercrétaire d'État, un responsable du budget. Il y a même des saboteurs, des acteurs qui ne partagent pas le but avoué de "sauver la planète ou de préserver la paix". On trouve aussi un marchand d'armes, une déesse de la météo,etc.

Les interactions entre élèves relèvent parfois de la compétition, et parfois de la collaboration. Il faut préserver s'octroyer un accès aux ressources satisfaisant, mais surtout préserver la planète.

Et l'enseignant ? Il régule les échanges, clarifie les règles et devient le gardien du temps. Un rôle qui doit rester modeste pour faciliter les interactions des groupes entre eux, des individus à l'intérieur des groupes, et des élèves avec les pièces.

 Respecter quelques principes

Sur le site du jeu, John Hunter et son équipe présentent les principes qui guident son approche. On peut citer :

  • Accepter et même favoriser les éléments contradictoires
  • Une résolution par le groupe, dans un cadre d'urgence
  • Une résolution de problèmes complexes, de manière collaborative même si les scénarios apparaissent compétitifs au premier abord,
  • Stimuler le développement de l'empathie. A ce sujet, lorsque des soldats ou des personnages meurent, le groupe doit envoyer un courrier de condoléances à sa famille. Le principe est de ne pas banaliser la disparition des personnages comme on peut le reprocher parfois aux jeux vidéos ou aux films.
  • Promouvoir la capacité à aborder une question à travers des perspectives variées, tout en suspendant son jugement
  • Ralentir le processus de décision pour prendre en compte la complexité
  • Promouvoir l'esprit critique...

L'introduction de cet espace dans la classe et du jeu va ouvrir toute une série de situations d'apprentissage, dans le jeu, mais aussi avec l'environnement. Les parents de passage sont invités à prendre un rôle momentané. On pense à l'activité des savanturiers autour de la fourmilière, qui incitait les classes à interagir avec les insectes, à échanger avec des savants, avec d'autres classes, avec les parents et avec l'environnement de la classe...

Si l'exemple de John Hunter est assez ambitieux et coûteux, les grands principes qu'il en retire peuvent être une source d'inspiration pour construire son propre "espace vide".

Illustrations : Frédéric Duriez

Ressources :

John Hunter - Teaching with the World Peace Game - TED enregistré en mars 2011
https://www.ted.com/talks/john_hunter_on_the_world_peace_game

World Peace Game foundation : le site - consulté le 18 avril 2017
https://worldpeacegame.org/

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