Par Frédéric Duriez  | f.duriez@cursus.edu

Au secours, mes collègues développent leurs compétences relationnelles !

Créé le jeudi 18 mai 2017  |  Mise à jour le lundi 29 mai 2017

Au secours, mes collègues développent leurs compétences relationnelles !

À force d'expliquer que les compétences relationnelles étaient primordiales, ça devait arriver. Les stages consacrés au contrôle de gestion, aux systèmes d'information ou aux outils bureautiques se remplissent mal. Mes collègues ne jurent plus que par les formations aux compétences relationnelles et de communication...

Me voilà devenu leur terrain d'expérimentation.

Ils se sont formés à l'analyse transactionnelle...

Mes collègues ont retenu de l'analyse transactionnelle qu'il fallait jongler entre les "états du moi" pour être en phase ou en complémentarité avec son interlocuteur, et éviter les communications bloquées. Mais ils ont aussi retenu qu'il fallait donner des signes de reconnaissance, des "strokes". Depuis, je reçois régulièrement des tapes dans le dos, d'autres me pincent amicalement la joue sans raison. Ces gestes sont accompagnés de phrases du type "je t'apprécie comme collègue" ou "c'est chouette que tu existes"... Quand l'ombre d'un désaccord plane, certains me disent "tu es OK, je suis OK" avec un regard encourageant...

Ils ont découvert la process-com

Le module de Process-Com leur a montré que chacun de nous communiquait de manière privilégiée à partir d'un type de personnalité aussi appelé "étage". Il faut identifier cet étage, et lui parler pour que l'échange soit positif et fonctionne. Un collègue m'a repéré comme "travaillomane". Selon la typologie "process com", il faudrait donc me parler de manière structurée, avec des données précises et des enchaînements logiques. Un autre m'a diagnostiqué "empathique". Il s'agit donc pour lui de construire une relation, de me montrer de l'attention. Il multiplie les expressions du type : "je suis sensible à ce que tu dis", "ça me fait plaisir...", etc.

 

PNL, analyse transactionnelle et process com

Ils ont suivi un stage de PNL

Le module sur la PNL les a ravis. Ils sont revenus passionnés par "l'ancrage". Lorsqu'une personne perçoit une émotion et positive, on peut ancrer ce qu'elle ressent, par un mot, ou une pression. Si on fait ensuite la même pression, on l'amènera à ressentir les mêmes dispositions. Séduisant pour qui cherche à convaincre...

Et voilà donc mes collègues qui me pressent le bras ou l'épaule, voire la paume de la main, réputée plus efficace... On me pince donc la joue, on exerce une pression sur mon bras, on me prend les mains régulièrement pour mieux communiquer avec moi. Ça me coûte cher en solution antibactérienne.

Ils sont maintenant persuadés que nous nous divisons en visuels, auditifs, kinesthésiques. Parce que je dessine, j'ai été classé visuel ascendant kinesthésique à l'unanimité. Tout le monde me parle avec des gestes descriptifs, certains semblent amorcer une danse quand ils me parlent. Ils sont persuadés de communiquer plus efficacement avec moi. J'ai surtout le tournis.

Ils ont développé leur assertivité

Mes collègues ont appris que c'est surtout la façon dont les décisions sont portées et incarnées qui importe. Il faut avoir du charisme, s'imposer sans brutalité. Cela passe par la voix, la gestuelle, le regard, et quelques méthodes de communication.

Ils se sont entrainés. Ils ont fait des sketches. Et les automatismes semblent acquis. J'ai le droit à des poignées de main fermes, parfois douloureuses chaque matin. Le "bonjour" est sonore et termine de me réveiller. On me regarde droit dans les yeux, comme si j'avais de l'importance. Certains ont même appris à se souvenir de mon nom. Il semble en effet que le rappeler régulièrement au cours d'un entretien crée une disposition favorable. Tout le monde s'efforce d'avoir une voix chaude et rassurante, même si de ce côté, il y a encore du travail.

Bono et ses chapeaux, l'assertivité

Ils ont appris à faire des propositions grâce à la méthode DESC... Desc est un anagramme pour :

  • Description ("j'observe que", "je constate que...")
  • Expression ("ça me donne le sentiment", "je ressens"...)
  • Solution ("Je vous propose...")
  • Conclusion ("Et ainsi nous aurons, nous pourrons, etc.).
     

Malheureusement, le temps leur a manqué pour créer des automatismes, et je vois bien que lorsqu'ils me parlent d'un projet, ils sont encore obligés de se réciter mentalement l'anagramme.

Savoir s'affirmer, c'est aussi savoir dire "non". Mes collègues l'ont bien appris. Ils s'exercent là encore sur moi, et me refusent tout. Non pas qu'ils pensent que c'est la bonne décision, mais juste pour s'entrainer, et s'affirmer.

 

Multiplier et superposer les techniques relationnelles et les méthodes de communication peut avoir un effet contraire à celui souhaité. Mes collègues maladroits et souvent imprévisibles sont devenus des tacticiens de la communication.

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Ce témoignage est bien entendu une fiction. Toutes les méthodes évoquées dans cet article donnent des pistes et des outils pertinents. Elles nous invitent à une grande souplesse dans notre façon de communiquer, à plus d'attention aux autres.

En revanche, lorsqu'elles deviennent des recettes dont on attend des solutions immédiates, elles peuvent faire perdre le naturel indispensable à toute communication.

 

Illustrations  : Frédéric Duriez

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