Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

L’éducation à la citoyenneté, est-ce que ça fonctionne?

Créé le dimanche 28 mai 2017  |  Mise à jour le mercredi 28 juin 2017

L’éducation à la citoyenneté, est-ce que ça fonctionne?

À l’école, qu’est-ce qu’on apprend ? Évidemment, les matières classiques comme les mathématiques, le français, les sciences, la géographie, l’histoire, l’éducation physique, etc. Or, on en oublie souvent une part importante : la citoyenneté.

Il faut bien, en effet, apprendre aux jeunes ce que c’est que d’être un citoyen dans le pays où ils étudient. Qu’ils comprennent comment fonctionne le débat public, les sujets chauds, etc. Alors, les pays essaient d’intégrer depuis quelques décennies cette préoccupation dans leur système scolaire. Les pays européens, en particulier, travaillent fort en ce sens. Mais est-ce que ça marche ?

Une éducation sans réels impacts

Le Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) a réalisé une étude dirigée par Géraldine Bozec sur l’apprentissage de la citoyenneté en France et ailleurs en Europe afin de savoir comment il s’organise et quel en est l’impact sur les élèves. Publiée en avril 2016, elle suscite de nombreuses questions. Déjà que les pays européens ont une vision différente de cette éducation, certains en font une matière spécifique à apprendre au primaire et au secondaire et d’autres l’intègrent seulement dans le cursus traditionnel, ajoutant des objectifs pédagogiques. Seule la France toutefois propose un enseignement citoyen tout au long du cursus.

Or, peu importe les approches, il semble que l’impact sur les élèves soit limité. Il faut dire « semble » parce qu’il y a encore peu d’études sur les conséquences de l’éducation à la citoyenneté. Néanmoins, les recherches actuelles montrent qu'étant donné que les professeurs évitent les sujets politiquement controversés, il n’y a que peu d’impact sur les élèves qui finiront plutôt par être influencés par leurs parents.

Les connaissances civiques seraient retenues par les apprenants, mais que très peu celles concernant la politique. Par contre, dans les classes où le climat est ouvert la discussion, l’effet est plus positif. De plus, cela dépend du profil des élèves. Par exemple, ceux de quartiers populaires, provenant de l’immigration ou étant des minorités ethniques bénéficieraient le plus de cette éducation.

Des projets européens

Avec de telles données, un travail de fond est fait pour donner aux jeunes les connaissances et compétences afin de devenir des citoyens éclairés et intégrés à leur communauté.

Cet article aborde quatre initiatives européennes qui travaillent en ce sens. On y parle, entre autres, du centre européen Wergeland. Celui-ci offre des « universités d’été » destinées aux éducateurs afin de les outiller à enseigner ces sujets à leurs élèves. Particulièrement les thèmes sensibles comme les réfugiés, l’éducation sexuelle ou l’usage des symboles religieux. Les projets concernent surtout, pour l’instant, la Scandinavie, l’Europe centrale et de l’Est.

Ainsi, les enseignants peuvent développer des cours et des activités pédagogiques en lien avec ces sujets. Par exemple, une école d’Azerbaijan avait participé à des cours du centre Wergeland en Pologne durant l’été 2016. Pendant l’année scolaire 2016-2017, ils ont enseigné aux élèves les notions de droit de l’enfant, de tolérance, de droits humains, etc. Par la suite, supervisés par des enseignantes, les jeunes ont créé des exercices interactifs avec LearningApps afin de pratiquer divers aspects de l’éducation à la citoyenneté.

Une autre initiative européenne appelée STEP a été mise en branle en juin 2015. Pour l’instant, cinq projets pilotes sont en cours dans quatre pays (Italie, Espagne, Grèce et Turquie). L’idée est de placer des jeunes au cœur des décisions environnementales de différentes communautés urbaines. Le site est avare d’informations sur les façons de faire, mais d’ici quelques années, l’évaluation des expériences pilotes permettra possiblement de concevoir du matériel et des idées afin d’intégrer des jeunes à la vie citoyenne et politique, le but premier du projet.

L’éducation à la citoyenneté n’est donc pas automatiquement un moteur qui fera des élèves des citoyens avertis et allumés. Néanmoins, l’effort et des approches positives et n’ayant pas peur de traiter de sujets sensibles, dans le respect et l’ouverture, peut alimenter leur réflexion et leurs connaissances.

Illustration : Corey Oakley Student protest in Melbourne, 22 March 2017 via photopin (license)

Référence 

"Children create interactive human rights exercises." The European Wergeland Centre. Dernière mise à jour : 8 mai 2017. http://eng.theewc.org/Content/Results/Children-create-interactive-human-rights-exercises.

"Education à La Citoyenneté Active : élever Les Citoyens De Demain." SchoolEducationGateway. Dernière mise à jour : 10 novembre 2016. https://www.schooleducationgateway.eu/fr/pub/latest/practices/education-for-active-citizensh.htm.

The European Wergeland Centre. Consulté le 25 mai 2017. http://eng.theewc.org/.

"Impact De L’éducation à La Citoyenneté." Cnesco. Dernière mise à jour : Avril 2016. http://www.cnesco.fr/fr/dossier-citoyennete/impact-de-leducation-a-la-citoyennete/.

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