Par Federica Minichiello  | f.minichiello@cursus.edu

Tableaux interactifs et tablettes à Bruxelles : étude de cas.

Créé le dimanche 11 juin 2017  |  Mise à jour le lundi 26 juin 2017

Tableaux interactifs et tablettes à Bruxelles : étude de cas.

Souvent dictée par une volonté politique, l’injonction numérique doit encore faire ses preuves dans les pratiques d’enseignement et d’apprentissage.  Une étude 2016 du CRIFPE* présentait une tendance courante d’utilisation du tableau numérique (TBI/TNI) comme un simple outil de projection ; les tablettes serviraient souvent de support de travail sur les manuels scolaires ou de recherches internet.  

Une publication récente de l’Université libre de Bruxelles analyse un programme de déploiement, dans des écoles de la ville, de 279 tableaux et 841 tablettes (respectivement dans 90 et 35 établissements) : 139 enseignants et 1 036 élèves confrontés à de nouveaux outils, dans une variété de facteurs personnels, comportementaux et environnementaux.

Quelques résultats

Côté enseignants, il ressort un usage pédagogique assez hétérogène. Selon cette publication, une politique d’équipement pourrait davantage creuser l’écart entre enseignants qui se sentent capables d’intégrer l’outil ou peuvent s’investir dans des temps d’auto-formation (surtout pour les tablettes) et les autres. Une part importante de l’échantillon étudié (46% des enseignants) afficherait un sentiment d’efficacité personnelle faible, quel que soit le type d’appui (soutien d’un tiers ou mise à disposition d’une documentation).

Côté élèves, l’étiquette "digital native" est assimilée à une doxa (opinion confuse) et est fortement remise en question.

En général, un certain enthousiasme des étudiants est constaté, face à l’utilisation d’un nouvel outil, avec un effet nouveauté qui s'atténue parfois dans le temps. Certains contenus sont plus appréciés que d’autres (images, sons et vidéos), mais seulement 57% des élèves se sent à l’aise en travaillant sur un TBI – la tablette étant perçue comme un support plus facile en termes de prise en main, mais plus distrayant.

Les niveaux d’utilisation

L’utilisation d’un nouvel outil numérique se déclinerait sur une échelle de quatre niveaux :

  • la substitution
    un outil remplace tout simplement un autre, sans changement de pratiques. Exemple : une tablette sur laquelle on lit un manuel scolaire;

  • l’augmentation
    un outil remplace un autre en augmentant ses potentialités : un tableau interactif qui enregistre l’ensemble des actions réalisées, lors d’un exercice;

  • la modification
    on repense les tâches d’enseignement et d’apprentissage de manière significative : la création par les élèves de petites vidéos pour expliciter leur compréhension d’un sujet;

  • la redéfinition
    tout est repensé : les cours, des tâches nouvelles impossibles sans un support numérique. Exemple :  tout ce qui relève du travail collaboratif avec d’autres classes ou écoles, par exemple.

L'étude montre que souvent, enseignants comme élèves, surestiment leur utilisation de nouveaux outils : l’intégration se situe souvent "à un niveau de substitution ou tout au plus d’augmentation".

En conclusion, plusieurs axes sont évoqués ; on retiendra surtout le besoin d'une meilleure communication et orientation. Si les acteurs sur le terrain dénoncent une pénurie de ressources, des programmes de soutien existants, comme celui du CemPA, gagneraient à être promus ; d'autres impulsions peuvent venir de la création d'espaces de discussion plus informels entre enseignants ou de la nomination de "référents technopédagogiques" dans les établissements.

On retient également l’idée de lier davantage la décision d’équipement à des appels à projets, pour fournir les outils aux enseignants réellement en demande, avec la création d’un comité d’orientation ou la mise en place d’indicateurs de réussite.

*Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante

Références

Roland, N., Choumane, M. & Vanmeerhaeghe, S. (2016). "Les pratiques d’enseignement et d’apprentissage avec le numérique : le cas des tableaux blancs interactifs et des tablettes au sein des écoles de la Ville de Bruxelles". Rapport de recherche. 
http://www.gial.be/sites/default/files/actualites/rean_roland2016.pdf

Lire également : 

Karsenti, T. (2016). "Le tableau blanc interactif (TBI) : usages, avantages et défis?". Montréal/CRIFPE. (Dernière consultation : juin 2017)

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