Par Virginie Guignard Legros  | belleme@sevjnet.ch

Le management de l'animation en intelligence collective

Créé le samedi 1 juillet 2017  |  Mise à jour le lundi 21 août 2017

Le management de l'animation en intelligence collective

Il y a quelques années la recette de l’intelligence collective était la suivante : mettez ensemble dans une pièces un groupe de personnes donnez-leur une problématique à résoudre et attendez que la formule magique du 1+1=3 fasse des miracles.

Il y a eu des miracles, mais ils furent peu nombreux face au nombre des échecs. Quelle était la source du problème ? Elle provient de la nature des ingrédients et dans ce cas de l’humain, de ses compétences, de ses croyances et le contexte disruptif de ce début de 21ème siècle. Rapidement, on a mis en place le facilitateur de groupe pour garantir le bon fonctionnement collectif du groupe.

Les bons rôles aux bonnes personnes

Avez-vous déjà participé à un projet basé sur l’intelligence collective ? N’avez-vous pas été surpris par la façon dont se distribuent les rôles ? On pourrait appeler cela le recrutement au boomerang. C’est le premier qui attrape la mission au vol qui la fait. C’est une technique basée sur l’opportunisme et la vitesse de réaction. C’est au final une solution peu satisfaisante. C’est à la fois une loterie pour le donneur de mission et une façon de se positionner dans le groupe pour celui qui attrape le boomerang “actions/conséquences” qui peut devenir toxique en cas d’échec.

Qu’est-ce que la réussite ? Qu’est-ce que l’échec dans un groupe d’intelligence collective ? La réussite, c’est le “Co”, co-émergence, co-construction, co-census. L’échec, c’est le “Non” privatif, non-évaluation, non-intégration, non-collectif.

Les ingrédients qui font passer du “Non” au “Co” 

Le premier est le sens. Qu’est-ce qui lie les équipiers entre eux ? Le second est la direction. Vers où la dynamique de groupe doit se mettre en branle ? Quels sont les objectifs à atteindre ? Et, le troisième est la volonté unique de chacun d’entre-nous de participer à une oeuvre collective, c’est la dimension quantique (intrication) du groupe.

Une solution simple pour pouvoir être dans une dynamique de réussite est de connaître vos équipiers si vous avez déjà une équipe constituée. Il ne s’agit pas de juger, mais les mettre en situation dans la bienveillance sur des petites missions, dans différents rôles si nécessaire avec les équipiers déjà en place. Le concept d’avoir sa place dans le groupe d’intelligence collective est correct si on passe par le concept de co-découverte et de co-optation par le groupe et non par l’égo compétitif qui prend au vol une mission ou pire qui impose aux autres de créer une mission autour d’un égo non collaboratif.

La situation est plus délicate pour un groupe non-constitué au départ. Il est fortement recommandé de le structurer selon une trame co-créative commune. Ce canevas va poser le contexte, l’histoire, les objectifs, le sens, les limites, les perspectives, les modèles culturels humains, économiques, technologiques, écologiques, juridiques, financiers,... C’est un pré-requis qui se démocratise au fil des créations communautaires basées sur l’intelligence collective. Un exemple remarquable a été développé par Mathieu Costes et les co-créateurs de ses multiples projets de plateformes coopératives et co-créatives :

“Le modèle de communauté est construit autour de valeurs communes, d’inspirations partagées sur le plan des idées et des savoirs-être. Le modèle de communauté est relié par le #CodeSocial, document à la fois structurant et pratique. Il en est le socle, la référence à toute chose: la définition des règles communes, leur évolution, la façon de traiter telle ou telle situation”.  Modèle de Communauté: #CodeSocial de Mathieu Coste

Tout était trop beau : vint la disruption

Il faut revenir en arrière sur le contexte de l’émergence de la notion d’Intelligence collective. Entre les premiers écrits et l’engouement mondial, il a fallu 20 ans pour en faire un consensus et 5 ans pour le défaire momentanément sur l’autel de la disruption.

La disruption est une notion fondamentale à prendre en compte. Nous sommes à cheval entre le monde des hiérarchiques et celui des bienveillants. L'apparition de la théorisation et de la mise en application de l’intelligence collective est l’un des premiers signes de ce nouveau monde dans lequel nous sommes tous en train d’entrer.

L’intelligence collective (IC) dans un contexte hiérarchique est intéressante comme révélatrice d’une autre façon d’aborder le management mais elle peut se révèler totalement non-efficace, voire sclérosée dans un cadre opérationnel. Le fondement numéro un de l’IC est de mettre, tous, son égo à la porte avant d’entrer en action. Le fondement du système hiérarchique est la valorisation de l’égo par la reconnaissance ou le salaire. Mettez un employé égotique parmi des employés collectifs et la majorité des collectifs deviendront égotiques, ils reviendront naturellement à leurs anciennes façons de faire.

Plus les managements basés sur l’intelligence collective seront démocratisés moins l’ingrédient égotique aura d’impact sur le groupe. Le groupe a besoin du consensus entre ses actes, son époque et son environnement. Si le consensus est basé sur le collectif alors l’équipier égotique cité précédemment n’aura plus d’emprise sur le groupe. Si le groupe devient consensuel alors il devient libre de créer selon les compétences du groupe, sans jeu hiérarchique, sans enjeu personnel. C’est la priorité à la réussite collective, à la réussite du projet. Et, nos co-créatifs pourront alors soulever ensemble des montagnes.

Nous assistons à un glissement lent, mais puissant que l’on nomme changement de paradigme qui touche toute la planète et dont l’un des signaux principaux est l’émergence, voire aujourd’hui le développement mondial du “Co”, dans les façons de faire, le management et bientôt l’éducation, les façons d’être avec les générations X et Y et les façons de co-construire notre avenir.

Le prochain objectif est la création de communautés co-créatives qui inter-liées seront à elles-seules autant de Samsons face aux défis de notre époque. Et, si on échoue aujourd’hui, on se dit que ce n’est qu’un essai pour mieux rebondir demain.

Sources de l’image : Castelguard sur Pixabay 

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