Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

Apprendre au-delà de soi

Créé le jeudi 9 novembre 2017  |  Mise à jour le lundi 27 novembre 2017

Apprendre au-delà de soi

Comment apprendre à mener des activités qui nous dépassent? Un enseignement est-il envisageable?

La question se pose pour le dirigeant d'une entreprise de plusieurs centaines de milliers d'employés, comme pour le leader d'une centrale syndicale, le pilote navigant dans des turbulences à plus de 10 000 mètres d'altitude, le mineur engagé à des kilomètres sous terre, le pompier dont le métier est d'affronter la colère des éléments ou le technicien ou un ingénieur cherchant une panne dans une usine à gaz ou un environnement très complexe. 

Que la complexité soit humaine, que la force de la nature se rappelle à nous ou que la technologie soit insaisissable par une seule personne, ces trois cas nous invitent à imaginer des formes d'apprentissage allant bien au-delà de l'habituel apport de connaissances dans une salle de cours. 

Il paraît difficile de se projeter dans ces situations tellement elles sont éloignées de nos expériences quotidiennes. Plusieurs approches peuvent néanmoins autoriser un aguerrissement et préparer a minima à faire face.

1- Faire avec des masses humaines 

L'apprentissage du management des hommes est une question ancienne. Des écoles cherchent à répondre au besoin des organisations de se coordonner, et à la nécessité de s'adapter en continu à des besoins de clients ou des opportunités d'affaire qui ne cessent de se transformer. Ces écoles de gestion business-school ou école de commerce échouent régulièrement. Elles reproduisent le passé, mais c'est ce à quoi les dirigeants en place se raccrochent car c'est ce qu'ils connaissent le mieux. Pourtant ils ne sont pas dupes et ils savent bien qu'il n'y a aucune commune mesure entre singer des affaires et en faire la réelle expérience.

C'est pourquoi, la formation des dirigeants pour les écoles les plus avancées intègre des pratiques de réflexivité, de développement personnel, une gamme de jeu d'entreprise, des formes de simulation voire de mission et de projet réel. Se rapprocher de la vie d'une entreprise en accentuer le réalisme passe par des options numériques qui permettent de jouer avec des millions à moindre frais.

Mais, il est encore possible d'apprendre avec des données réelles par exemple dans la réplique d'une salle de marché comme à HEC Montréal. Les étudiants apprennent ce qu'est un portefeuille sur la base des cours en train de se faire. Dans tous les cas les pédagogies qui visent l'implication personnelle obligent à apprendre l'ambiguïté, le risque, le discernement. C'est lorsque l'émotion est mise en branle que les leaders comprennent qu'ils doivent commencer par se transformer eux-mêmes avant de transformer le monde.

2 - Faire avec la force de la nature 

De nombreuses professions composent avec la force et l'impétuosité de la nature. Comment apprendre la puissance d'une tornade, la survie sous un éboulement loin de tous secours ou comment adopter la bonne réaction face aux imprévisibles mouvements des flammes d'un incendie ?

Rien ne préparerait vraiment à de telles circonstances. Pourtant un caractère trempé, une connaissance professionnelle approfondie, des bons réflexes pourraient permettre d'accroître la capacité à faire de bons choix dans des situations extrêmes. Là encore l'entraînement, l'accumulation d'heures de pratiques (1 500 heures de pilotage pour un pilote de ligne avant de recevoir sa licence) peuvent s'avérer essentielles. Elles peuvent être accompagnées et précédées de temps de simulation utilisant, par exemple, la réalité virtuelle, les simulateurs de vol, la visio à 360°. Ces solutions évitent un apprentissage par essai et erreur qui pourrait tout simplement être mortel. La simulation est même un passage obligatoire pour rester un pilote qualifié.

De la même façon les pompiers sont aguerris au feu progressivement dans un parcours comprenant des temps d'apports de contenus théoriques, des séquences de visionnage de vidéos, des temps de simulation numérique, puis le passage dans un caisson à feu et enfin, l'épreuve du feu.

3 - Faire avec des technologies 

Les ingénieurs sont réputés être polytechniciens capables de maîtriser des calculs complexes et dans le même temps être experts dans la science des matériaux, les processus et projets techniques (sciences de l’ingénieur).

Mais, la connaissance que l'on prêtait à l'honnête homme de la renaissance occidentale est actuellement un vague vernis. Même une revue de vulgarisation peine à maintenir à flot les connaissances minimales dont un ingénieur doit disposer pour mener à bien un projet un tant soit peu ambitieux. Trop de disciplines très ramifiées composent son menu d'interventions possibles. Au cœur de ces disciplines trône probablement l'informatique et son pouvoir de calcul.

La première compétence à détenir par un ingénieur est celle d'apprendre de son objet de travail, d'en tirer assez vite des stimulations pour apprendre encore et envisager la manière de s’y prendre. Il y parviendra si l'organisation de travail et les ressources numériques disponibles sont assez riches pour répondre à ses questions et enjeux. Il navigue entre conseils d'experts, base de données et équipes supports.

Il adresse la complexité par le moyen de méthodes agiles de conduite de projet, il utilise des logiciels pour collaborer en équipe multidisciplinaire, il mobilise ses réseaux pour faire avancer son questionnement ou bonifier ses solutions. Par la soumission de prototypes matériels ou numériques à des testeurs, il accélère la boucle d'apprentissage de toute son organisation. 

Conclusion

Dans ces trois exemples, il est possible de distinguer des combinaisons d'apprentissage qui mixent une forte dimension expérientielle précédée d'entraînement ou de simulation variée. Beaucoup d’apprentissages informels sont à la base des savoir mobilisés.

Un bel avenir est perceptible pour la réalité virtuelle qui préparera des professionnels évoluant dans des milieux exigeants auxquels il est difficile de se confronter. Les données seront accessibles dans des bases probablement de plus en plus sophistiquées et complètes. Elles sont rendues intelligibles par des experts qui devront progresser dans leur savoir dire, leur animation de réseaux, leur capacité à questionner les situations et à poser des hypothèses.

Apprendre des choses que l'on croit de prime abord impossibles passe par d'autres que soi, par un environnement et par des ressources qui nous rendent capables de nous dépasser.

Source :

Salle des marchés HEC - http://www.hec.ca/salledesmarches/

Simulateur de vol - https://www.youtube.com/watch?v=ytC9RK_4dO8

Wikipédia - Pilote de ligne -  https://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_de_pilote_de_ligne,  

Mintzberg – Des managers des vrais pas des MBA
https://www.eyrolles.com/Chapitres/9782708130845/chap3_Mintzberg.pdf

VR Crisis -  http://www.vr-crisis.com/?article268

Entraînement sur l'UIF et l'UMAO chez les pompiers de Vaucluse (vidéo officielle)
https://www.youtube.com/watch?v=393Me0tWaL0

Vidéo simulation d'un incendie domestique - Feu dans une maison
https://www.youtube.com/watch?v=mc3SJHgvx-o

ONISEP - Les sciences de l'ingénieur : qu'est-ce que c'est ?
http://www.onisep.fr/Choisir-mes-etudes/Au-lycee-au-CFA/Au-lycee-general-et-technologique/Les-sciences-de-l-ingenieur-qu-est-ce-que-c-est/

Agiliste- Méthodes agiles
http://www.agiliste.fr/introduction-methodes-agiles/

Top universities https://www.topuniversities.com/university-rankings-articles/university-subject-rankings/top-business-schools-2017

Cristol, D., & Muller, A. (2013). Les apprentissages informels dans la formation pour adultes. Savoirs, (2), 11-59.
http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=SAVO_032_0011

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