Par Om El Khir Missaoui  | ok.missaoui@cursus.edu

Réjean Payette : « Il ne s'agit pas pour un pédagogue de faire mieux que l'autre, mais d'aider l'autre »

Créé le lundi 7 mars 2011  |  Mise à jour le jeudi 19 mai 2016

Réjean Payette : « Il ne s'agit pas pour un pédagogue de faire mieux que l'autre, mais d'aider l'autre »

Deuxième partie de l'entrevue avec Réjean Payette.

Première partie :"Il faut assurer la synergie des compétences individuelles pour réussir l'intégration des Tice"

Implanter les Tice dans le processus d'apprentissage des élèves

Quelles sont les principales recommandations que vous pourriez faire pour optimiser l’intégration des TIC dans les classes tunisiennes ?

Il est possible actuellement de soutenir l’implantation des TIC dans le processus d’apprentissage des élèves (et pas seulement leur utilisation dans les classes...) en modifiant légèrement ce qui se fait déjà en Tunisie.  J'ai proposé quelques mesures simples et concrètes qui sont bien ancrées dans la réalité et la pratique tunisiennes, et qui sont applicables sans conditions préalables.

Il faudrait passer de l’incitation à l’obligation de faire utiliser les TIC par les élèves dans les programmes d’études et lier cette obligation à la disponibilité de scénarios d’intégration pédagogique (ici appelées « Situations d'Apprentissage et d'Evaluation », SAÉ) des TIC en lien avec les programmes d’études. Ces scénarios d’intégration des TIC doivent être facilement accessibles sur les sites des réseaux disciplinaires de l’INBMI.

Plus de deux cent cinquante SAÉ, ou situations d’innovation pédagogique, tant pour les écoles primaires que pour les collèges et les lycées, ont été produites lors d'une validation réalisée au CENAFFE (Centre National de Formation de Formateurs en Education) à Carthage, en juillet 2009 par une centaine de pédagogues chevronnés, composés d’inspecteurs, de conseillers pédagogiques, d’une direction d’école et de formateurs enseignants.

Il serait souhaitable que les personnes qui ont expérimenté et validé le travail, et qui proviennent de toutes les directions régionales de Tunisie, forment les enseignants de leurs régions respectives à l'utilisation des SAÉ.

Un changement pédagogique inévitable

Il faut être bien conscient qu'une véritable intégration des TIC dans le processus d’apprentissage de l’élève passe avant tout par l’octroi, à celui-ci, d’une plus grande autonomie dans son apprentissage. Encore une fois, ces inspecteurs et ces pédagogues d’expérience, formés en juillet dernier au CENAFFE, et plus spécialement ceux qui ont participé en novembre 2009 à un stage au Québec, seraient d’une aide précieuse pour convaincre leurs collègues de modifier leur approche pédagogique afin d’intégrer véritablement les TIC dans le processus d’apprentissage des élèves. C'est un rôle de pilotage qui accélèrera le processus d'intégration. En adaptant la structure du Récit québécois à la réalité tunisienne, vous pourriez rapidement rentabiliser toutes les formations réalisées. Un travail se fait toujours de la base au sommet de façon à ce que le point de départ soit toujours un projet initié par un enseignant avec sa classe, ce projet étant évalué selon son impact sur l'amélioration de l'apprentissage. L'offre de perfectionnement aux enseignants n'en sera également que plus ciblée car elle partirait d'une expression de besoin.

De plus, il faudrait

  • Que les inspecteurs utilisent au moins 25 % des journées de perfectionnement de la formation continue pour présenter et promouvoir des projets d’intégration des TIC.
  • Qu'ils aient recours aux enseignants formés afin de les aider dans cette tâche et ainsi leur apprendre à déléguer une partie de l’aspect technique aux élèves les plus habiles en TIC.
  • Que les inspecteurs, qui assignent un stagiaire à un enseignant, choisissent, dans la mesure du possible, celui qui fait utiliser les TIC par ses élèves.
  • Que le stagiaire assiste à une leçon où l’enseignant utilise les TIC.
  • Que le stagiaire donne une leçon où il amène ses élèves à utiliser les TIC.

Vous constaterez qu’aucune des mesures proposées n’a d’incidence financière et ne nécessite la mise en place de nouveaux comités ou de nouvelles structures administratives. Ces mesures ne requièrent, tout au plus, qu’un léger ajustement quant aux pratiques existantes. Par contre, comme ces ajustements touchent directement les personnes qui ont le plus d’influence sur l’intégration des TIC dans le processus d’apprentissage des élèves, il y a tout lieu de croire que ces personnes, en l’occurrence les inspecteurs, pourront jouer un grand rôle en ce sens, et ce, dans un avenir très rapproché.

Par ailleurs, le guide d'intégration des Tice a été produit uniquement en français. Il serait donc nécessaire de le traduire en arabe, tout en en conservant les idées directrices et l’approche pédagogique qu’il préconise. Les personnes qui ont été imprégnées de la pédagogie intégrant les TIC qui vise à mettre l’élève au centre de son apprentissage, seraient toutes désignées pour réaliser ce travail afin de préserver l’approche pédagogique. De plus, ce groupe compte deux inspecteurs du primaire et deux des collèges et lycées.

Un message d'espoir

La révolution tunisienne suscite des espoirs d’amélioration dans tous les secteurs et notamment en éducation et vous vous êtes considéré comme un ami dans le milieu éducatif, quels sont les axes de changement qui vous semblent les plus urgents ?

Vous allez certainement profiter des principes qui ont guidé la révolution dans votre pays et appliquer la liberté d’expression et la transparence dans toutes vos décisions, et surtout vous organiser de façon collective, travailler en commun. Il ne s’agit pas pour un pédagogue de faire mieux que l’autre mais d’aider l’autre. La hiérarchisation qui imprégnait les relations dans le milieu éducatif pourra s’estomper. Un de mes patrons disait souvent : "Vous avez un droit inaliénable, celui de vous tromper; mais vous ne pouvez pas toujours vous tromper." Moi je préfère les enseignants qui commettent des erreurs parce que s'ils n'en commettent pas c'est qu’ils ne font rien.

Les élèves devraient pouvoir réaliser un projet conduisant à la production d’un document numérique en lien avec le programme d’études au moins une fois par année. Cette obligation pourrait être liée à la disponibilité des situations d’apprentissages sur les sites des réseaux disciplinaires.

Enfin, il faut améliorer la gestion des questions de sécurité de vos systèmes informatiques et rendre vos sites visibles à l'extérieur du pays. Il faudrait accélérer la solution de virtualisation des serveurs, comme le dit si bien le responsable de l'hébergement à l'INBMI, afin que la vulnérabilité d'un site quelconque n'affecte en rien le reste des sites hébergés sur un seul et même espace disque du serveur.

Voir le message vidéo de Réjean PAYETTE aux enseignants tunisiens.

Quelques sites éducatifs tunisiens à visiter :

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