Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Récupération des ordinateurs en Afrique : entre environnement, santé et solidarité

Créé le samedi 4 décembre 2010  |  Mise à jour le jeudi 9 février 2012

Récupération des ordinateurs en Afrique : entre environnement, santé et solidarité

Un des enjeux en écologie au 21e siècle est le traitement des DEEE ou D3E (Déchets d’équipements électriques et électroniques). Bourrés de composants pas vraiment biodégradables, nos ordinateurs et appareils électroniques constituent un risque très sérieux pour l’environnement. Malheureusement, l’Occident a encore le réflexe d’envoyer les machines vétustes à la décharge.

Par rapport à cette situation, des membres de la diaspora africaine – particulièrement du Sénégal – ont songé à récupérer ses DEEE encore utilisables pour les donner à leurs compatriotes. Un type d’échange facilité par un écho favorable chez les responsables des déchetteries françaises, entre autres, et la création du Fonds mondial de solidarité numérique en 2005 par le président sénégalais Abdoulaye Wade. Cependant, ce qui devait être une bonne idée a peut-être fini par créer un problème de taille.

D’une déchetterie à l’autre

Si la diaspora sénégalaise était animée de la meilleure volonté du monde, ses actions ne se sont pas vraiment concrétisées sur le terrain. En effet, ce qui devait être un geste généreux pour favoriser la solidarité numérique et démocratiser l'accès aux ordinateurs est devenu une affaire d’or pour les marchands d'informatique sur place. Désormais, les journaux nationaux sont remplis de petites annonces proposant des ordinateurs à bas coput aux particuliers et aux entreprises.

Et il n’y a pas que la transformation de dons en opportunités de vente qui pose problème. Nombre de machines mises en décehetterie dans les pays du Nord sont dépassées, voire carrément obsolètes. La puissance du processeur et la taille de la mémoire consttuent notamment des causes fréquentes de mise au rebut. or, ces appareils ne sont pas plus puissants une fois qu'ils arrivent en Afrique... et finissent après quelques courtes années dans un dépôtoir local. Ces images de « décharges d’électronique » (e-waste) au Ghana sont le reflet d'une problématique écologique qui semble s'être déplacée d’un continent à un autre, en s'aggravant : dans les pays pauvres en effet, il n'existe pratiquement pas de fillières sûres de traitement des produits électroniques.

Ces carcasses d’ordinateur à ciel ouvert sont devenues un attrait important pour les jeunes Sénégalais qui y recherchent des pièces à revendre pour obtenir quelques sous. Une extraction dangereuse pour l’environnement et la santé, car de ces machines s’écoulent des produits chimiques polluant l’air et l’eau. Néanmoins, il est difficile d’empêcher ces adolescents de s'adonner à ce désossage sauvage quand on sait que certains gagnent près de 10 000 FCFA (environ 15 euros) quotidiennement, dans un pays où le SMIC mensuel est d'un peu plus de 47 000 FCFA !

Une ONG pour améliorer les choses

Heureusement, l’ONG Enda Ecopole s’assure de bien former ces jeunes travailleurs pour éviter qu’ils développent de graves problèmes de santé. De plus, l’organisation fait du lobbying à deux niveaux. Tout d’abord, elle demande au gouvernement sénégalais de construire un centre de recyclage des ordinateurs en fin de vie pour encadrer les pratiques de récupération et empêcher ces désossages sans protection.

Deuxièmement, elle essaie de sensibiliser les pays européens afin d'éviter de faire du Sénégal et de l’Afrique en général une vaste décharge informatique. Les déchetteries et associations sont informées des besoins technologiques de l’Afrique et aussi de ce qui n’est pas nécessaire. On doit aussi établir une traçabilité des ordinateurs si l’on veut vraiment créer une solidarité numérique et non pas seulement un réseau de revendeurs.

Les comportements actuels risquent de faire un tort irréparable à l’environnement africain. Pour éviter que le tout se désagrège, il faudra que les pays africains et européens développent des attitudes responsables et une philosophie plus réfléchie écologiquement et socialement.

« La plupart des ordinateurs vendus en Afrique issus de déchetteries », Agence de presse sénégalaise, 8 septembre 2010

Crédit imageJeff Kubina, Flickr, licence CC.

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