Par Christine Vaufrey B  | info@cursus.edu

Les premiers pas de l'enseignement supérieur français dans Second Life et autres univers virtuels

Créé le mardi 30 mars 2010  |  Mise à jour le mardi 29 mars 2011

Les premiers pas de l'enseignement supérieur français dans Second Life et autres univers virtuels

Second Life est un univers virtuel dans lequel les utiisateurs, personnalisés par leurs avatars, sont invités à interagir et à se construire des environnements spécifiques.

On a pu constater un véritable enthousiasme pour Second Life voici deux ou trois ans. De nombreuses entreprises y ont ouvert des salles de réunion, acheté des îles, lancé leurs nouveaux produits. Et puis, elles sont passées à autre chose.

Pourtant, la vogue des univers virtuels n'a pas complètement disparu. La preuve en est que les milieux d'enseignement, qui aiment se décrire comme des institutions adeptes du temps ralenti de l'analyse, commencent à les investir. Mais que font les écoles et universités sur Second Life et autres univers virtuels ? 

Second Life, pour quoi faire ?

Thomas Chaimbault réalise sur son blog Vagabondages un inventaire de la présence des établissements d'enseignement supérieurs français sur Second Life. Il recense quatre universités et quatre écoles ou instituts de recherche. On est donc loin d'une ruée massive des universitaires dans cet univers.

La plupart de ces établissements offrent une salle de cours au moins et des ressources à télécharger. La Faculté de Droit Virtuelle de l'université Lyon 3 compte à terme y rendre disponible les 800 ressources en libre accès déjà présentes sur sa plate-forme de e-learning.

Au-delà du renforcement de la dimension ludique des apprentissages, censée attirer les étudiants, on peine pourtant à savoir pourquoi ces universités ont décidé d'investir parfois plusieurs milliers d'euros dans Second Life. En recoupant les informations fournies par le billet de Thomas Chaimbault, on comprend néanmoins que les fonctions de communication sont mises en avant. Apparemment, il est plus facile pour des étudiants, des enseignants, des chercheurs, que ceux-ci soient membres des institutions ou invités, de converser sur Second Life que sur une plate-forme d'apprentissage ou un service de visioconférence public en ligne.

La communication est en particulier facilitée lorsqu'il s'agit d'événements publics, ou d'événements privés faisant intervenir des personnes extérieures à l'établissement. C'est sans doute pour cela qu'une institution « virtuelle » présente sur Second Life depuis 2007, la bibliothèque francophone, y retransmet différents événements, permettant ainsi aux visiteurs de l'univers virtuel d'y participer. Elle a ainsi retransmis les entretiens Michel Serres – Yves Coppens organisés le 14 novembre 2009 à Lyon, et les débats de la journée « Enseigner autrement » organisée par l'Université Paris 6 le 2 avril 2010.

Mais tout le monde se pose les mêmes questions : le jeu en vaut-il la chandelle ? Est-ce difficile, de créer un univers ? Combien ça coûte ? Faut-il être calé en informatique ou totalement geek pour apprécier ce genre de monde ? Et surtout, est-ce que ça attire du monde ? Les étudiants viennent-ils ?

Premiers retours d'expérience

Peu de réponses à ces questions. Malgré tout, deux ressources sont à signaler.

La première est un guide des meilleurs pratiques d'enseignement dans les mondes virtuels (Best Parctices in Virtual Worlds Teaching), publié par les universités de Derby et d'Aston, en Grande-Bretagne. Les Anglo-saxons ont en effet de l'avance sur les établissements supérieurs français en matière d'investissement des mondes virtuels et n'hésitent pas à faire part de leurs expériences, afin de faire gagner du temps et éviter quelques erreurs aux néophytes. Le guide de 40 pages est à télécharger gratuitement.

La seconde est fournie par le blogue de Jean-Paul Moiraud, enseignant de gestion à Lyon, qui organise depuis quelques semaines des rencontres entre ses étudiants en cursus de design de mode et des designers en exercice dans le monde virtuel AssembLive, plus restreint que Second Life mais bien adapté aux cours et aux conférences. J.P. Moiraud précise qu'il a opté pour un monde virtuel car il lui était impossible d'organiser physiquement ces rencontres, les intervenants professionnels n'ayant pas assez de disponibilité en journée pour rencontrer les étudiants. Les conférences se déroulent donc le soir, et accueille des publics de plus en plus diversifiés.

Après chaque conférence (trois ont été organisées à ce jour, voir ci-contre une capture d'écran de la préparation de la troisième), J.P. Moiraud fait une analyse et pointe les aspects à améliorer. On constate que les problèmes dus aux équipements restent importants, les étudiants et autres visiteurs se connectant depuis leur domicile, et donc avec des matériels très hétérogènes. J.P. Moiraud souligne aussi la multiplicité des rôles impartis à l'organisateur, lui en l'occurrence, et des compétences spécifiques à développer : « Tout me pousse à penser que cette construction pédagogique qui instrumente les mondes virtuels fait émerger des spécialités (développeur, concepteur de cours, meneur de débat, gestionnaire de ressources pédagogiques etc). Un travail nécessairement transversal qui instrumente des spécialités bien identifiées. »
Mais la difficulté initiale n'a pas fait fuir les participants, ni l'organisateur, qui constate aussi que les assemblées sont de plus en plus nombreuses et les débats de plus en plus animés. Dans un commentaire, un participant résume l'intérêt de ce genre de manifestation : « c’est vraiment génial de pouvoir assister à une conférence de ce niveau, d’interagir, tout en restant chez soi… ».

Des environnements immersifs et pérennes

Peut-on organiser ce type d'événement à distance sans passer par un monde virtuel ? Très certainement, notamment avec des applications de visioconférence qui, dans leur version payante, accueillent des dizaines ou centaines de participants. Mais les univers virtuels sont nettement plus immersifs, et fournissent à leurs utilisateurs une identité personnelle ou collective dans la durée, avec des espaces pérennes. Les premiers retours d'expériences permettront d'estimer la difficulté de l'entreprise avant de s'y lancer.

Best Practices in Virtual Worlds Teachning. University of Derby, University of Aston and The Higher Education Academy Psychology Network. Téléchargeable gratuitement en .pdf

Sur le site de la faculté de droit virtuelle de Lyon 3, on peut télécharger le dossier de presse de l'expérimentation réalisée sur Second Life.


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