Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Comment étudier efficacement ? Pas comme vous le faites...

Créé le jeudi 9 septembre 2010  |  Mise à jour le jeudi 31 mai 2012

Lorsqu'il s'agit d'apprendre, que c'est obligatoire et que les résultats de ce que l'on a appris seront évalués, bref, lorsqu'on suit un cursus d'études en cherchant à décrocher un diplôme, on se bricole des petites stratégies, on s'appuie sur de bonnes vieilles habitudes qui ont fait leurs preuves. Mais au-delà des stratégies individuelles, il existe des croyances sur les "bonnes" et "mauvaises" manières d'apprendre. Par exemple, certains sont visuels alors que d'autres sont auditifs ou kinesthésiques (ils ont besoin de manipuler pour comprendre); on étudie mieux dans un endroit dédié que n'importe où. Quand on maîtrise une méthode de résolution de problème, il vaut mieux s'y tenir plutôt que tenter d'en acquérir de nouvelles, car ça va nous embrouiller.

Tout cela paraît marqué au coin du bon sens. Mais c'est faux. C'est du moins ce qu'affirme un article publié le 7 septembre 2010 dans le New York Times sous un titre provocateur : "Oubliez tout ce que vous savez sur les bonnes habitudes pour étudier" !

Les idées préconçues confrontées aux expérimentations scientifiques

Alors, faut-il tout abandonner ? Certes non ! Mais des spécialistes des sciences cognitives ont mis ces croyances largement partagées à l'épreuve des expérimentations scientifiques. Et leurs résultats sont, pour le moins, mitigés.

- Sur les styles d'apprentissage (visuel, auditif, kinesthésique) : une étude récente publiée dans le Psychological Science in the Public Interest (résumé gratuit ici) démontre qu'aucune recherche ne prouve de manière empirique que cela fonctionne. Rien dans la littérature, selon eux, n'arrive à confirmer sans l'ombre d'un doute cette théorie qui circule amplement dans les milieux de l'éducation. On retiendra le besoin de diversification des canaux d'apprentissage, plutôt que la pré-détermnation d'un canal et d'un seul par individu.

- Sur l'apprentissage facilité par l'existence d'un endroit dédié à l'étude : il semblerait plutôt que nos capacités d'apprentissage soient stimulées par leur environnement. Voici plus de 30 ans, une expérience avait confronté les scores obtenus par deux groupes d'étudiants apprenant la même liste de vocabulaire. Le premier apprenait dans un environnement unique, le second changeait de salle à mi-parcours. C'est celui-ci qui a obtenu les meilleurs résultats. Ne tirez pas profit de ce résultat pour prétexter qu'on apprend très bien dans un café bondé ou une boîte de nuit. Mais gardez présent à l'esprit que l'apprentissage est un phénomène global, largement influencé par les stimuli externes. 

Le cerveau aime les stimulations et la diversité

- Sur le choix d'une et une seule méthode de résolution de problème. Là encore, diverses expériences ont montré que des sujets parviennent mieux à résoudre des équations en mixant différentes méthodes qu'en en utilisant une seule. En la matière, le plus n'est pas l'ennemi du mieux.

- Sur l'apprentissage ultra-spécialisé. Il semble également que notre cerveau s'accomode mieux d'apports extensifs et espacés dans le temps, mélangés à d'autres activités, que d'apports intensifs très denses. Pour le cerveau, cet espacement entre les informations (spacing) permettrait de mieux les assimiler et les classer. Ce qui explique pourquoi un apprentissage régulier sur plusieurs semaines est plus efficace que le "bachotage" (révisions intensives qui occupent tout le temps de cerveau disponible) d'avant les examens. Comme le dit Nate Kornell, qui a mené plusieurs expérimentations sur ce sujet, bachoter c'est un peu comme de remplir sa valise juste avant le décollage de son avion : il y a des risques d'oublier des éléments dans la précipitation.

Un dernier point est abordé dans l'article, celui des évaluations. Les chercheurs en sciences cognitives s'élèvent contre le principe de l'évaluation finale unique et militent pour les auto-évaluations en continu. Il vaut mieux évaluer soi-même régulièrement ce qu'on a appris plutôt que d'attendre le moment de l'évaluation finale. Ce qui va aussi dans le sens de l'entraînement aux examens : réaliser des simulations d'évaluation quelques semaines avant le véritable examen permet de déceler ses faiblesses et de les corriger.

Stimulations par l'environnement, apprentissage déployé sur un temps long, tests réguliers pour vérifier ses connaissances : des résultats qui vont sans doute à l'encontre de pratiques et de croyances communes, mais qui ne s'avèrent finalement pas si étranges. Le vrai problème semble t-il réside dans la motivation et la persévérance de l'étudiant : pour mettre ces stratégies en place, il faut avoir du goût pour l'apprentissage et en saisir le sens. Ce qui explique a contrario pourquoi tant d'étudiants bachotent, tentent d'avaler tout leur cours en une seule fois et s'enferme 48 heures d'affilée dans une pièce aveugle pour faire leurs révisions... Autants d'habitudes à abandonner si l'on veut à la fois réussir ses examens et exploiter ce que l'on a appris dans la vie quotidienne.

"Forget what you know about good study habits", Benedict Carey, New York Times, 7 septembre 2010

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