Par Christine Vaufrey B  | redaction@cursus.edu

Christine Renaud : le #ClavEd sur Twitter, c’est elle !

Créé le mardi 3 mai 2011  |  Mise à jour le lundi 30 mai 2011

Christine Renaud : le #ClavEd sur Twitter, c’est elle !

Eh oui, c’est elle ! Voici Christine Renaud, qui eut une première vie d’enseignante, une deuxième de consultante en éducation pour des ONGs de solidarité internationale, et qui dans la troisième a créé E-180, une entreprise québécoise de Montréal proposant d’aider tous les gens ayant des intérêts communs à se connecter pour “s’entr’éduquer”. Ceci, dans la vie réelle et sur la toile.

Christine Renaud a créé les #ClavEd en octobre 2010. Nous lui avons demandé de nous en dire un peu plus sur cette initiative et sur ce qu’elle en attend.

Christine, comment en êtes-vous arrivée à organiser et animer des discussions entre enseignants sur Twitter, les fameux #ClavEd ?

C’est une activité réalisée dans le cadre d’un contrat avec le Musée Virtuel du Canada (MVC). Le MVC produit de nombreux outils pédagogiques qui sont mis gratuitement à disposition des enseignants sur une page dédiée. Il y a une équipe de permanents qui travaille sur ces produits. Le MVC a eu l’excellente idée de chercher à mieux connaître leurs utilisateurs potentiels, leurs souhaits, leurs besoins, et c’est là que cette institution a fait appel à moi.

Animer la conversation dans la communauté

Comment avez-vous abordé les enseignants pour remplir votre mission ?

Les six premiers mois, je suis allée à leur rencontre et je me suis présentée à eux, dans les événements et sur la toile. J’ai constaté qu’en matière d’utilisation des outils et ressources numériques, les enseignants les plus innovants se trouvaient souvent isolés dans leurs établissements et que leurs bonnes pratiques se perdaient facilement. En revanche, les mêmes ont créé des communautés chaleureuses sur la toile, notamment sur Twitter où ils partagent leurs soucis, leurs réussites, leurs trouvailles et leurs ressources.
Et là, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas d’équivalent francophone aux EdChat (conversations sur l’éducation) nord-américaines, qui rassemblent régulièrement plusieurs centaines d’éducateurs sur Twitter pour aborder des préoccupations communes. J’ai donc demandé aux enseignants francophones dont j’avais fait la connaissance s’ils étaient intéressés par une initiative du même genre. Comme ils ont répondu positivement, j’ai lancé le premeir #ClavEd (équivalent d’un Edchat, mais en français) à la fin du mois d’octobre 2010.

Concrètement, un #ClavEd, comment ça marche ?

Il y a un #ClavEd par semaine, le mercredi à 12h (heure de l’Est du Canada), car c’est le moment de la pause déjeuner pour les enseignants ici. En fonction de la disponibilité des animateurs, nous en tenons aussi parfois à 20h (EST), au grand désespoir de nos collègues français! Nous choisissons collectivement un thème de discussion hebdomadaire, par un système de votes montréalais appelé TwtPoll. Par exemple, un des derniers thèmes abordé était celui de la discipline. À partir de ce thème très large, nous avons décidé de nous concentrer sur la discipline à mettre en place pour favoriser le travail collaboratif dans les groupes d’apprenants et les classes. Nous communiquons le thème de la semaine via le fil Twitter dédié et le blogue du #ClavEd.

Le jour dit, la discussion commence, initiée par un animateur. Dans les premiers temps, c’est moi qui animais les discussions; très vite, des animateurs volontaires se sont proposés pour faire ce travail. J’ai guidé ceux qui me le demandaient pour remplir cette tâche. Tous les twitts en relation avec la discussion portent le hashtag (dièse) #ClavEd. Si l’on veut suivre la conversation en temps réel, il suffit d’inscrire #ClavEd dans la barre de recherche en haut de la page de Twitter, et s’affiche alors une page avec uniquement les messages portant ce hashtag. Mais pour participer, il faut être sur sa propre page. Le plus simple est d’ouvrir deux fenêtres, l’une pour suivre les échanges et l’autre pour participer.

Qui participe à ces discussions ?

Elles sont ouvertes à tous ceux qui ont un intérêt pour l’éducation, qu’ils soient chercheurs, administrateurs, parents, citoyens, ou qu’ils aient une fonction d’éducateur auprès d’adultes ou d’enfants, dans le cadre scolaire, universitaire, de la formation d’adultes... Il n’y a pas d’inscription préalable, participe qui veut ! C’est un dispositif très souple.

Combien de participants en moyenne avez-vous pour chaque discussion ?

Il y a un noyau de 30-40 participants réguliers, et beaucoup de participants plus occasionnels. Nous avons même fait participer des classes, ponctuellement. Au total, cela doit faire environ 150 participants actifs. Mais je sais que certaines personnes lisent sans participer activement. En témoignent les messages du genre “Merci pour ces échanges très riches” que nous voyons parfois apparaître à la fin des discussions, produits par des personnes qui n’ont rien écrit auparavant.

Le rythme des échanges est-il soutenu ? En quoi consistent les conversations ?

En une heure, nous échangeons entre 300 et 800 twitts. Nous insistons beaucoup sur le fait qu’il s’agit d’échanger sur de bonnes pratiques, de partager des ressources constructives; “ventiler” fait du bien et est nécessaire, mais nous ne sommes pas là pour gémir. Nous désirons faire avancer nos pratiques et celles des gens de notre milieu.

Le format des twitts (140 caractères au maximum) permet-il réellement des échanges approfondis ? Cela n'oblige t-il pas à rester à la surface des choses, puisqu’il est impossible de développer sa pensée dans un twitt ?

Le but n’est pas d’ouvrir des espaces individuels de paroles, mais de favoriser les échanges. Les gens qui veulent écrire longuement le font ailleurs, sur leurs blogues par exemple. Sur Twitter, nous sommes ensemble pour échanger, confronter les points de vue.

Et que deviennent tous ces échanges, une fois l’heure de conversation terminée ?

Généralement, l’animateur rédige une synthèse des échanges et la publie sur notre blogue. Mais c’est vrai que l’absence de traces régulières pose problème. Certaines personnes voudraient consulter les échanges à tête reposée, sur une thème particulier, mais ce n’est actuellement pas toujours possible, car Twitter n’offre pas d’alternative vraiment fiable pour archiver les échanges. Nous prévoyons donc, dès cette semaine, d’archiver toutes les discussions sur notre blogue.

Une dimension internationale francophone

Les participants aux #ClavEd ne sont pas tous Canadiens, il y a aussi des enseignants francophones d’autres pays...

Oui, les Français sont arrivés très vite, après deux ou trois discussions seulement. Actuellement, il y a environ 20 % de participants non-Canadiens, Français en majorité. C’est une belle réussite, qui montre l’intérêt d’organiser des discussions transnationales sur des sujets qui préoccupent tous les éducateurs. Nous aimerions que des francophones d’autres pays nous rejoignent, mais il faut sans doute que nous réfléchissions à des thématiques qui intéressent l’ensemble de la communauté éducative francophone.

Ne craignez-vous pas que ces discussions ne concernent que les éducateurs déjà convaincus de l’intérêt des ressources numériques ? Que ce soit une occasion de plus de se retrouver entre initiés, et que rien ne change finalement dans les établissements et les systèmes éducatifs ?

Il serait effectivement dangereux de rester “entre nous”, dans l’auto-satisfaction. Et pour répondre à votre question, je me réfère à Laurence Juin, qui avait remarqué que la médiatisation de sa “Twitter classe” l’an dernier avait attiré ses collègues jusqu’alors peu intéressés par les Tice, qui étaient venus lui demander des éclaircissements et même de la formation. Il faut laisser les gens venir, ne pas les considérer négativement, encore moins les juger. C’est en faisant connaître ses activités à un large public que l’on intéresse, pas en restant dans son coin. L’entre-soi n’est pas une bonne solution, il faut promouvoir, montrer, et accueillir simplement tous ceux qui veulent apprendre et s”intégrer au groupe.

Quel est l’avenir du #ClavEd ?

Les discussions se poursuivent jusqu’à la fin juin. Nous allons faire une pause pendant les deux mois d’été, et nous recommencerons en septembre.

Des effets rapides

Pouvez-vous déjà mesurer les effets de ces discussions, dans le monde éducatif d’une part et au bénéfice direct du Musée Virtuel du Canada d’autre part ?

Ces discussions commencent à être connues, et l’un des participants régulier m’a dit récemment qu’une commission scolaire du Québec encourageait les enseignants à y participer et avait donc ouvert l’accès aux réseaux sociaux dans les écoles, ce qui est une belle victoire ! Le MVC a aussi remarqué une augmentation de la fréquentation de sa plateforme, ce qui est aussi un succès : nous sommes si fiers de nos ressources! 

Avant de terminer, pouvez-vous nous dévoiler quelques-uns des projets de votre compagnie E-180 ?

Nous allons très prochainement ouvrir une plateforme d’échanges de savoirs, sorte de site de rencontre dédié à l’apprentissage entre pairs. Les participants pourront échanger en ligne bien sûr, mais l’idée est aussi et surtout qu’ils se rencontrent physiquement (grâce à la géolocalisation de chacun), comme on rencontre l’ami d’un ami quand on a besoin de ses connaissances et savoir-faire. Il y aura également une version mobile de cette plateforme. Chacun pourra utiliser la plateforme là où il habite, mais aussi pour préparer un voyage. Ce serait quand même formidable d’intégrer une dimension d’apprentissage par les pairs dans ses déplacements... Cela se produit déjà, bien entendu, en voyageant on rencontre de nouvelles personnes et on apprend beaucoup d’elles. Nous voulons seulement rendre ces rencontres encore plus facile.

Y a t-il une chose que vous souhaitez dire aux lecteurs de Thot Cursus ?

Qu’ils n’hésitent pas à participer aux #ClavEd sur Twitter, chaque mercredi ! Puisque Thot Cursus est le média de l’éducation et de la culture numérique francophone, c’est certainement l’espace le plus adapté pour lancer cet appel ! Venez nombreux ! 

***

Les discussions #ClavEd se déroulent chaque mercredi, à 12 h heure de l’Est du Canada, soit 17 ou 18 h en Europe, au Maghreb et en Afrique de l'Ouest (GMT + 1, GMT + 2). La participation est libre.

Pour suivre Christine Renaud dans sa mission pour le MVC sur Twitter  et sur Facebook

Pour visualiser tous les twitts marqués #ClavEd

Un exemple de compte-rendu d’un #ClavEd, sur le blogue de Marc-André Caron

Le blogue du #ClavEd

E-180, la compagnie créée par Christine Renaud. Site en anglaissite en français

 

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Commentaires

1 commentaire

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  • Christine Renaud
  • 13 juin 2011 à 08 h 08

#ClavEd !

Mille merci pour cet article! Et chapeau à tous les membres de notre communauté, sans qui le #ClavEd ne serait qu'un mot-clic bizarre... :)

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