Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah  | t.gbedemah@cursus.edu

L'apprentissage mobile en Afrique : c'est déjà demain

Créé le samedi 22 mai 2010  |  Mise à jour le mardi 20 septembre 2011

L'apprentissage mobile en Afrique : c'est déjà demain

De tous les outils technologiques nouveaux, le téléphone portable est celui qui a le plus vite conquis l'Afrique. Pour plusieurs raisons : il est peu coûteux, facile à utiliser et disponible même dans les contrées plus reculées, sans alimentation électrique. Quant aux analphabètes, ils peuvent toujours se faire indiquer la procédure pour recevoir un appel – une touche sur laquelle appuyer – et se faire aider pour en émettre. Surfant sur la vague de cette propagation de la téléphonie mobile, quelques initiatives éducatives en m-learning ont vu le jour sur le continent. Sur Thot Cursus, nous vous avons déjà parlé de Wapeduc au Sénégal. En voici deux autres.

Apprendre tout en cheminant

La première nous vient du Niger et est dénommée IMAC pour Information sur les Marchés Agricoles par Cellulaire. Cette initiative est le fruit d'une étude menée au lendemain de la crise alimentaire de 2005 dans ce pays, par la Fletcher School de Tufts University (Etats-Unis) et Catholic Relief Services. Dans la pratique, le projet a bénéficié de l'appui de Frontline SMS, dont la plate-forme technologie a été présenté dans un article de Thot Cursus.

Ousseini Sountalma, l'un des acteurs, explique le contexte : « les producteurs parcourent parfois des kilomètres avec leur sac de mil ou autre produit agricole sans avoir l’assurance que le prix de vente va être satisfaisant pour eux. S’ils ne vendent pas leurs produits, certains, qui ont dépensé l’équivalent de 5 $ pour aller et revenir du marché, en sont pour leurs frais, tout simplement parce qu’ils n’ont pas accès aux cours du marché en amont. »

IMAC résout ce problème et permet aux utilisateurs de s'enquérir à partir de leur téléphone portable, dans quatre langues, du prix "bord champ" et du prix du marché des produits agricoles. L'initiative IMAC est elle-même l'une des composantes du projet Alphabétisation de base par cellulaire (ABC) dont les participants bénéficient d’un cycle de formation de deux ans qui comprend cinq à six mois de cours intensifs dans les 280 centres de formation miss en place dans 140 villages. Ces cours sont relayés via les téléphones portables.

Des groupes de cinq apprenants ont été constitués et se partagent un téléphone « Chaque téléphone est équipé d’un module de formation qui reprend les règles de grammaire et de conjugaison ainsi que les mots de vocabulaire. Les modules sont déclinés en Haoussa et en Zarma, les langues locales du Niger. Certaines personnes partent en brousse avec leur portable et apprennent tout en cheminant » confie Ousseini.

IMAC et ABC ont été présentées à la conférence eLearning Africa en mai 2010 à Lusaka en Zambie.

Lire et écrire un roman sur cellulaire

Dans la même veine, l'initiative m4Lit « mobile phones for literacy » (des téléphones portables pour lire et écrire) lancée en Afrique du Sud par la Shuttleworth Foundation a été aussi présentée à eLearning Africa 2010. M4lit attaque de front un autre problème, celui du manque de livres.

« En 2006, la moitié des ménages du pays ne possédait pas un seul livre à lire pendant leurs loisirs. Les livres étaient une denrée rare dans les écoles et les foyers. Mais les adolescents d’Afrique du Sud ont des téléphones portables. En zone urbaine, ils sont quatre-vingt-dix pour cent à en posséder un. »

Kontax a été le premier roman sur mobile (m-novel) publié dans le cadre de ce projet. Des auteurs professionnels, des webdesigners et des chercheurs de l'Université du Cap ont travaillé à sa publication. Le projet n'est pas achevé mais les initiateurs se réjouissent déjà des premiers résultats.

« Au cours des trois premiers mois de publication, plus de 7 000 ados ont lu l’histoire sur leur téléphone. Le nombre de lecteurs s’est globalement élevé à 17 000. Trois cents commentaires ont été postés en ligne, et, suite à l’annonce d’un concours pour imaginer la suite de l’histoire, on a enregistré 1 500 participations ».

Pour conclure, le témoignage d'un lecteur de m-novel : « C’est génial. C’est vraiment dur pour moi de prendre un livre et de le lire, par contre ça ne me pose aucun problème de lire sur mon téléphone ».

 

Voir :

Les téléphones portables au service de l'alphabétisation et de l'accès à l'information sur les prix au Niger

Raconter une histoire aux ados d’Afrique du Sud via leur téléphone portable

Crédits photo :

  1. Avec l'aimable autorisation de Joshua Haynes
  2. Ken Banks, flickr, licence CC.

Poster un commentaire

Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • Philippe STEGER
  • 12 février 2012 à 13 h 01

Le M-learning décolle en France

« L’Ecole Nomade : J’apprends où je veux, quand je veux » WapEduc s’appuie sur l’exceptionnelle technologie que représente le téléphone portable pour accompagner l’élève, lutter contre l’échec scolaire et contre la fracture numérique. Les besoins des apprenants évoluent, les situations de nomadisme sont fréquentes. WapEduc accompagne l’enseignant et l’élève sur le chemin de la réussite. L’accès à l’application est totalement gratuit. 1. Le concept d’application pédagogique mobile • Le téléphone portable, objet d’apprentissage. Le mobile des années 2012-2015 est un « nano-ordinateur » qui a plusieurs particularités et atouts pour l’usager : - Il intègre les technologies des ordinateurs - Son grand écran se prête bien à la lecture de documents textuels - Il est toujours disponible et à portée de main - La plupart des lycéens et des étudiants en possèdent un - Les forfaits « Internet de poche » se généralisent - Il peut être relié à Internet dans tous les points d’un territoire - Il bénéficie auprès des élèves et des étudiants du statut « d’objet-culte » - On peut lui conférer l’appellation « d’objet nomade idéal de communication pédagogique entre apprenants et enseignants » (disponibilité constante, taux d’équipement, rapidité d’accès, simplicité d’emploi …) La consultation de WapEduc est envisagée en dehors de l’établissement scolaire (sauf expérimentation en accord avec l’enseignant, comme le podcasting) car l’usage des mobiles y est interdit. La fraude sur mobile ne représente donc pas un risque plus élevé qu’auparavant. On a donc, pour la première fois dans l’histoire de la transmission des connaissances, un objet qui peut permettre aux apprenants de communiquer et de progresser où ils veulent, quand ils le souhaitent. Cette possibilité d’une pratique hors temps scolaire doit être envisagée comme une opportunité souple de consulter un support d’une grande richesse afin d’obtenir une information, un renseignement, une réponse ou un conseil. 2. L’application WapEduc WapEduc, premier portail européen de mobile-learning WapEduc a obtenu le soutien du Rectorat de l'Académie de Montpellier ainsi qu'une distinction en tant que lauréat du E-Learning Awards (parmi 600 projets européens). Depuis cinq ans, 62.000 élèves révisent régulièrement leurs cours sur leurs mobiles et le développement de cette application nomade permet aux élèves et aux enseignants d’établir une relation pédagogique. Une conversation par mail ou par Sms peut s’engager, des questions peuvent être posées, des conseils peuvent être dispensés. Au delà d’une innovation technologique, WapEduc se présente comme un outil de travail collaboratif entre les enseignants et les élèves. Nous sommes entrés dans l’ère du Mobile 2.0, c’est-à-dire une période féconde d’échanges et de partages entre plusieurs membres d’un même réseau par l’intermédiaire d’un mobile et d’applications dites de « rich-media ». L’école nomade WapEduc permet une disponibilité constante de la connaissance, une proximité du savoir et de l’accompagnement pédagogique telles que nous ne les avons jamais connues. Le site www.wapeduc.net Dans les deux ans à venir, on peut imaginer que tous les élèves et les étudiants auront un accès régulier et fréquent à Internet sur mobile. Ils y déposeront leurs propres fiches de révision et leurs recherches personnelles : le concept de portfolio mobile n’a jamais été aussi proche et aussi porteur de progression personnelle. On peut ainsi entrevoir le potentiel du portfolio : au cours de son cursus scolaire, l’élève met régulièrement en ligne ses fiches et synthèses et documents (images, vidéos, cartes, plans, enregistrements sonores). Cette collection s’enrichit et constitue la mémoire de son travail et de son évolution. L’idée de pouvoir retrouver à chaque instant une notion, une synthèse, une formule ou une définition, mise en ligne plusieurs mois ou années auparavant nous semble pédagogiquement valorisante. 3. Les fonctionnalités du premier portail pédagogique de l’élève Les 10 fonctionnalités incontournables - Inscription sur le Web ou sur mobile - Cours et documents partagés (textes, audio, photos, vidéos) - Conseils pédagogiques (orientation, santé) - Evaluation par jeu-tests (Serious Games) - Moteur de recherche interne - Bureau mobile/Espace personnel (cahier de textes, notes, emploi du temps, agenda) - Portfolio mobile (collection et échange de fiches) - News-letter - Accès à de nombreux podcasts (langues, actualités …) De manière plus concrète : (certains modules sont en développement) - L’enseignant ajoute à la bibliothèque existante (plus de 1400 cours) des ressources ciblées à l’aide d’une interface Web. - L’élève peut les consulter sur son téléphone portable en situation nomade, les partager avec ses amis (liaison Bluetooth) et alimenter lui-même cette base par ses propres ressources. - L’élève gère ses propres notes et plusieurs indicateurs sont proposés (gestion des moyennes, de la progression, alertes …) - L’élève reçoit sur son mobile une news-letter l’informant des nouveautés. - Les enseignants et les élèves sont en contact et communiquent. 4. Les apports pédagogiques L’appartenance à sa communauté numérique va permettre à l’élève une veille sur sa propre progression, une nouvelle approche de la synthèse et du résumé de cours. Rien n’est réducteur de sens lorsqu’on parle de synthèses, puisque 87 % des élèves de terminale utilisent des fiches pour les révisions du bac. (Sondage WapEduc mai 2010). L’accès à ses propres synthèses, tout au long de l’année (transports scolaires, attentes diverses, vacances sans ordinateur connecté) va permettre à l’élève la continuité dans son travail. C’est un des conseils le plus souvent rappelés dans les commentaires des enseignants sous la forme « Travaillez plus régulièrement ». Conclusion « L’école en poche » Wapeduc doit s’appréhender sous l’angle de la disponibilité des informations, de la facilité de consultation, de la généralisation du support mobile au sein de la population scolaire et de l’interconnexion entre les apprenants et leurs enseignants. Aux deux référents traditionnels que sont l’enseignant (présentiel) et le livre (distant), on ajoute, à la manière d’un accompagnement pédagogique constamment disponible, le mobile, puissante opportunité de compléter ses connaissances et d’évaluer ses savoirs sous la forme d’une plate-forme d’information et de travail nomade. L’application WapEduc ne peut se suffire à elle-même : elle est le lien qui peut exister après les cours, la pièce manquante à la relation pédagogique continue, le contact vers le monde de l’Ecole proposé en accès immédiat, une aide supplémentaire vers la réussite scolaire. Philippe STEGER Professeur agrégé d’économie Directeur WapEduc Février 2012 www.wapeduc.net Existe pour IPHONE : " TOOLBAC"

Répondre