Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

L'éducation plutôt que la peur, pour développer la citoyenneté numérique

Créé le dimanche 20 juin 2010  |  Mise à jour le mardi 20 janvier 2015

C'est devenu systématique. L'apparition de chaque technologie ou nouvelle tendance en ligne s'accompagne de messages mettant l'accent sur leurs dangers. La vogue du clavardage (chat) a ainsi vu fleurir les retours d'expériences malheureuses, dans lesquelles d'affreux pervers cherchaient à piéger les jeunes les plus vulnérables ou imprudents. Même chose avec les réseaux sociaux.

Sans nier la réalité de pratiques déviantes parfois scandaleuses et dangereuses, il faut savoir que le fait de les monter en épingle n'améliore pas les pratiques du Web. C'est peut-être pourquoi le rapport de l'Online Safety and Technology Working Group (OSTWG) publié le 4 juin  2010 - et dont le compte-rendu est disponible sur eSchool News - apporte un vent de fraîcheur dans le discours sur la sécurité en ligne chez les jeunes. En fait, le groupe diffuse un message très simple : au revoir la peur, place à l'éducation.

Un constat réaliste, mais non alarmiste

Sur Internet comme dans la vie réelle, on trouve des gens mal intentionnés, bien sûr. Pourtant, après avoir interrogés enfants, parents et éducateurs, la situation décrite par l'OSTWG montre que si ces individus existent, on ne les rencontre pas à chaque coin de page en ligne.

La grande peur des adultes est de voir leurs enfants tomber entre les mains des prédateurs sexuels. Fort heureusement, on peut relativiser ce risque, et affirmer qu'il est finalement très faible. Il faut dire également que la majorité des solliciations sexuelles est réalisée par les adolescents eux-mêmes. 4% des jeunes interrogés par l'OSTWG ont admis avoir envoyé des images (vidéos ou photos) d'eux nus à partir de leur cellulaire. Ce qui reste bien sûr un pourcentage trop élevé, mais ne doit pas faire oublier que 96 % des échanges ne comportent aucune agression sexuelle.

Contre la prohibition des réseaux sociaux

Mais face à ce danger potentiel, nombre d'établissement scolaires bannissent les sites comme Facebook, MySpace et autres réseaux sociaux. Les établissements accusent plus largement les réseaux sociaux d'être de mauvaises sources d'influence. Si l'OSTWG ne nie pas l'existence de ces jeux de pouvoir et d'intimidation, il n'adhère pourtant pas à l'idée qu'il faut impérativement bannir les réseaux des écoles.

Mauvaise idée pour deux raisons. Tout d'abord, l'influence s'exerce aussi dans un sens positif. Dans les périodes de révision et de préparation d'examens, on voit par exemple de très nombreux jeunes se stimuler mutuellement pour travailler. Deuxième point : pour beaucoup de jeunes, de tels réseaux sont des lieux d'apprentissage informels inestimables, particulièrement lorsqu'on les intègre dans le cadre scolaire.

Or, en niant la réalité des réseaux et en les interdisant, on perd le contrôle de ce qui s'y passe. Et les jeunes sont livrés à eux-mêmes face aux réseaux. Ils le sont d'autant plus qu'ils les considèrent comme des espaces de non-application des règles, dans la mesure où l'institution éducative ne veut pas en entendre parler.

Et ne prenons pas nos jeunes pour des imbéciles : la plupart d'entre eux savent fort bien repérer le propos injurieux ou déviant. Cependant, l'OSTWG considère qu'il y a encore du travail à faire, pour que les adolescents améliorent leur comportement en ligne.

Développer la citoyenneté numérique

Les recommandations du groupe de travail sont donc les suivantes:

  • Mettre sur pied un organisme fédéral (aux Etats-Unis) de recherche sur la sécurité en ligne en milieu d'éducation;
  • Éviter les campagnes basées sur la peur, favoriser les campagnes d'information;
  • Identifier et diffuser les meilleurs programmes éducatifs en matière de sécurité Internet;
  • Demander à l'industrie de favoriser l'établissement de codes de vie plus stricts et de possibilités plus simples pour les participants de signaler les comportements inacceptables.

 

Pour l'OSTWG, les solutions à ces problèmes doivent être dynamiques et adaptables tout comme l'est le réseau Internet. Et les comportements comme la cyberintimidation déclineront lorsque l'idée d'apprentissage de la citoyenneté numérique sera une priorité du système d'éducation. Il ne s'agit pas de dire aux professeurs de laisser leurs élèves s'amuser sur Facebook pendant les cours. En revanche, il faut encourager l'usage pédagogique de ces outils en classe, parler des comportements éthiques et sûrs à adopter sur la Toile, partager ces connaissances avec les parents pour que l'enseignement de la "cybercitoyenneté" se fasse aussi à la maison.

Au niveau francophone, le B2i (Brevet Informatique et Internet) français aborde ces notions. Et, toujours en France, un récent rapport est parvenu aux mêmes conclusions que le groupe américain. De plus, il existe plusieurs jeux (dont, par exemple, "Jouer n'est pas jouer" ou "Qui dit vrai ?" présentés par Yasmine Kasbi) et ressources gratuites sur le sujet. Certains ont été  même présentés sur Thot:

Youth Safety on a Living Internet: Report of the Online Safety and Technology Working Group (PDF), 4 juin 2010, 148 pages

"Online safety report discourages scare tactics", eSchool News, 7 juin 2010

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