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Le rôle de l’école dans la préservation du français au Canada

Les communautés minoritaires francophones du Canada comptent sur l'éducation pour conserver le français

Par Alexandre Roberge , le 12 septembre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 12 octobre 2011

Au Canada, le français et l'anglais cohabitent depuis des siècles. Cependant, si le Québec s’est révélé le bastion de la francophonie en Amérique du Nord, les autres provinces ont vite été submergées par l'anglais.

On le voit dans les statistiques officielles. La présence des francophones au Canada est minoritaire et en déclin. Le débat sur le bilinguisme est constamment remis sur la place publique, surtout par le Québec. On en oublierait presque qu’il y a encore des communautés francophones en Ontario, au Manitoba, au Nouveau-Brunswick (l’Acadie), en Colombie-Britannique, etc. C’est peut-être pourquoi ces milieux minoritaires comptent, entre autres, sur l’école pour conserver leur langue.

L’importance du milieu scolaire dans les communautés minoritaires

En février 2009, Sally Rehorick, chercheuse au Centre de didactique des langues secondes de l’Université du Nouveau-Brunswick, soulignait l'importance du système éducatif pour promouvoir le bilinguisme et conserver l’héritage français dans sa province. Ce texte publié sur le site du Commissariat aux langues officielles canadiennes mettait en valeur un objectif de l'éducation néo-brunswickoise : doubler le nombre de finissants bilingues en 2013. Jusqu’à maintenant, cette province des Maritimes a réussi à maintenir la langue française en maintenant en parallèle deux systèmes scolaires (francophone et anglophone). Grâce à cette stratégie et deux importantes lois sur les langues officielles (1968) et l’instruction publique (1981), la langue de Molière se parle encore. Qui plus est, les universités, comme celle de Moncton, ont dépensé beaucoup d'énergie pour la préservation de la minorité linguistique. Voici d’ailleurs un court documentaire produit par cette université sur l’éducation en milieu minoritaire :

 

Et cela ne veut pas dire que les élèves du système anglophone soient pénalisés. Au contraire, les établissements travaillent très fort pour leur dispenser de bons programmes de français langue seconde. En fait, le Nouveau-Brunswick est, si l’on exclut le Québec, la province où l'on compte le plus grand nombre d'inscrits dans les cours d’immersion française. 25% des élèves néo-brunswickois en bénéficient contre seulement un peu plus de 7% de leurs collègues ontariens ou néo-écossais. En 2009, 40% des jeunes du Nouveau-Brunswick sortaient de l’école avec un niveau fonctionnel de français. Les autorités scolaires espèrent atteindre 70% en 2013. Ces chiffres incitent à l'optimisme mais il ne s'agit pas de baisser la garde. Il faut surtout susciter l’intérêt pour le français et rappeler son utilité. En effet beaucoup d’étudiants, même francophones, croient qu’ils ne peuvent réussir leur carrière qu’en suivant des études en anglais.

Et si au Nouveau-Brunswick, il est plus « aisé » de conserver l’héritage français grâce au peuple acadien, la bataille est bien plus rude dans les territoires et provinces nordiques comme le Nunavut et le Yukon où les communautés francophones sont très petites. Là, encore, l’école jour un rôle essentiel pour la préservation du français. L’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques a publié un rapport assez positif sur la situation de ces groupes qui subsiste largement grâce au système éducatif mis en place et aux droits linguistiques fédéraux. Pourtant, leur situaiton est délicate : dispersées et entourées de peuples autochtones qui généralement optent pour l’anglais, ces collectivités subsistent malgré un statut qui reste précaire socialement, voire physiquement. En effet, le document souligne les problèmes des membres de ces communautés en ce qui a trait aux soins de santé (difficultés à recevoir des traitements dans leur langue, entre autres). Un point en phase avec cette nouvelle récente relatant que les communautés de langues minoritaires canadiennes seraient en moins bonne santé que les anglophones majoritaires.

Se battre contre l’attraction de l’anglais… et de sa domination sur Internet

Les milieux minoritaires au Canada ne sont pas déconnectés de la réalité du 21e siècle où l’anglais prend une place de choix partout. Ainsi, des élèves en apprentissage du français langue seconde, des allophones et même des francophones ont une tendance à parler anglais dès leur arrivée dans la cour de récréation. 40% des parents hésitent à inscrire leurs enfants dans des écoles francophones. Alors, que faire pour rendre attrayant l’usage du français dans la vie courante? Pour la spécialiste Phyllis Dalley, il faut que l’apprenant fasse partie de la solution et qu’il soit encouragé à utiliser la langue dans un contexte intéressant. Elle cite l’exemple d’un établissement de North Bay, en Ontario, où les élèves en milieu minoritaire étaient invités à concevoir une télévision scolaire francophone. Un projet qui donnait alors du sens et un goût plus prononcé pour la langue. La chercheuse va plus loin en proposant d’aborder les niveaux de langage plus familiers, dont les jurons! Tout cela dans le but d'ajouter de la spontanéité à une langue qui n'est bien souvent parlée qu'à l'école.

L'attrait de l'anglais est lié aux médias, à tous les médias, au premier rang desquels se trouve Internet. Dans le cadre d’un dossier sur le français et l’Internet, Radio-Canada s’est intéressée aux témoignages d’élèves du secondaire dans un milieu minoritaire. Si certains ont trouvé un intérêt accru pour le français via la lecture de sites dans cette langue, d'autres constatent que sous l'influence d'Internet, le français perd du terrain devant l'anglais, la langue orale des jeunes (et ses traductions graphiques, comme la langue utilisée dans les SMS) mixant allègrement les deux langues.  

Le français n’est pas sur le point de disparaître au Canada, mais son statut y est toujours précaire, particulièrement dans des régions où les francophones sont largement minoritaires. Yves Duteil le chantait : le français est une « langue belle avec des mots superbes qui porte son histoire à travers ses accents ». Mais pour qu’elle survive dans « ce pays de neige », il lui faudra revêtir une étoffe qui encouragera les jeunes hommes et femmes à la parler en dehors du contexte scolaire d'immersion. Un défi s’adressant autant aux écoles qu’aux communautés elles-mêmes.

Illustration : Truto, Nouvelle-Ecosse, Canada. Photo de ojbyrne, Flickr, licence CC-BY-2.0

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