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Les déchets d’équipements électriques et électroniques en Afrique : désastre ou opportunité ?

Déchets d’aujourd’hui, mine d’or demain

Par Philippe Menkoué , le 04 février 2014

Metal And Plastic Recycling - ShutterStock - akiyoko

Le problème des Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques (appelés DEEE ou D3E) semble être universel aujourd’hui.  Et même s’il ne se pose pas de la même manière sur tous les continents, la « mondialisation des déchets » fait débat et semble créer (ou simplement refléter) des inégalités entre continents, (re)mettant ainsi en évidence les rapports de force existant entre eux. Et comme toujours, le tiers-monde semble en pâtir plus que d’autres. Ne serait-il donc qu’une « poubelle » pour l’Occident ? Les DEEE ne constitueraient-ils pas plutôt, dans une certaine mesure, une opportunité pour certains pays d’Afrique ? Désastre ou opportunité, le débat sur les DEEE en Afrique est ouvert.

L’Afrique : « décharge » de l’Occident ?

C’est un problème presqu’aussi vieux que notre cher continent. L’Afrique est régulièrement perçue comme une sorte de décharge pour produits électroniques occidentaux arrivés en fin de vie. Ordinateurs, télévisions, téléphones portables, Réfrigérateurs, machines à laver obsolètes..., nombreux sont les DEEE qui, chaque année et par containers, sont acheminés, souvent illégalement, vers des pays africains.

Parfois déguisés sous forme de dons « humanitaires », ces DEEE, en provenance principalement des pays de l’UE (Royaume-Uni, France et Allemagne en tête) pour lesquels « L’exportation de biens utilisés coûte en effet moins cher que la mise en décharge en raison de lois environnementales strictes » ou « à cause des prix élevés du recyclage en Europe » comme le souligne EurActiv.com, inondent l’Afrique. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. « 220 000 tonnes de déchets électriques et électroniques européens ont été envoyées en Afrique occidentale en 2009 » selon EurActiv.com ; « entre 93 000 et 216 000 tonnes d’équipements électroniques usagés ont été exportées par l’Allemagne vers des pays non européens » pour la seule année 2008, selon le Rapport 2012 de l’Agence Européenne de l’Environnement qui précise par exemple que « près de 100 000 voitures usagées sont exportées chaque année, via le port d’Hambourg, à destination de pays non-européens et principalement de l’Afrique », pour ne citer que cet exemple là.

Cependant, tel un (petit) pavé dans la marre, l’ONU, un Rapport sur la situation des DEEE en Afrique publié en février 2012, remet en question quelques idées reçues. Certes, de nombreux DEEE en provenance de l’UE notamment continuent d’affluer sur le continent mais, les africains eux-mêmes jouent un rôle de plus en plus déterminant dans la propagation de ce phénomène. En cause : la consommation intérieure du continent. Comme l’explique RFI, « d’une part la croissance démographique et d’autre part l’accès croissant (des africains, ndlr) aux équipements électroniques dont font partie les nouveaux outils de la communication et de l’information comme la téléphonie mobile » sont à l’origine d’une production de plus en plus croissante d’e-déchets sur le continent. Ainsi, l’importation des DEEE d’Europe ne ferait qu’aggraver le problème.

Une situation qui, bien qu’ayant de nombreux corollaires (pollution, maladies, travail des enfants/exploitations d’enfants, entre autres), semble tout de même représenter une opportunité pour les pays les plus concernés.

Les DEEE : peut-être une aubaine pour les africains ?

Ces « Produits d’occasion », selon l’expression qui leur est consacré en Afrique font le bonheur de quelques commerçants revendeurs et semblent susciter de plus en plus de vocations et intéresser davantage d’acteurs.

Car, fort de leur dynamisme légendaire, les africains font de plus en plus preuve d’ingéniosité et se mobilisent pour essayer de tirer profit de cette situation. Du mieux qu’ils le peuvent. Ainsi, au Nigéria et au Ghana (pays d’Afrique de l’Ouest où l’on recense le plus DEEE selon le rapport de l’ONU) le recyclage semble avoir le vent en poupe. Une activité qui, avec le ramassage d’e-déchets, ferait vivre près de 30 000 personnes dans ces pays (selon ce même rapport) ; tandis qu’au Niger, la société civile se mobilise et des initiatives visant à former des acteurs à l’initiation de Projet de Valorisation des déchets d'équipements électriques et électroniques se multiplient. Car le recyclage, en plus de coûter cher, nécessite bien des compétences particulières et peut-être bien une certaine régulation des Etats aussi.

Et les gouvernements africains dans tout çà ?

Si l’ONU préconise la mise en place de structures officielles de recyclage ainsi qu’une législation des exportations des DEEE comme le souligne Slate, c’est bien le signe d’un appel à plus d’actions de la part des gouvernements africains. Car, bien que l’OCDE et l’UE semblent assez préoccupées par ce problème, il est important que les Etats africains se mobilisent également à leur niveau. Les seules signatures de conventions (comme celle de Bâle en 1992 et celle de Bamako en 2013) ne sauraient suffire. Encore faudrait-il qu’elles soient réellement appliquées et que les Etats africains saisissent l’opportunité que représentent ces DEEE. Car, « Il est possible de développer les économies africaines, de créer des emplois décents et de protéger l'environnement en assurant une gestion durable des déchets électroniques et en récupérant les métaux précieux et autres ressources renfermés dans les produits qui finissent comme déchets électroniques » comme l’affirme Achim Steiner, Directeur Général du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).

Assainir ce secteur en améliorant les conditions de travail dans ces décharges en renforçant notamment la sécurité des personnes qui y travaillent par exemple, former davantage d’acteurs au recyclage de ces produits et normaliser ce secteur d’activités, ou adopter des positions plus radicales à l’exemple du Ghana qui, fin 2012, a interdit l’importation de réfrigérateurs d’occasion sur son territoire, etc. seraient peut-être des pistes à explorer pour un début d’amélioration. Car, « La complexité des éléments qui composent ces équipements, la dangerosité ou la toxicité de certaines substances qu'ils contiennent justifient pleinement une gestion spécifique des déchets de ces équipements. » comme le souligne cette analyse du site TelecomReview.

La question des DEEE demeure encore assez problématique en Afrique et il est assez urgent d’agir, en se projetant sur le long terme, car les déchets d’aujourd’hui, pourront devenir une mine d’or demain.

 

Références

- Knaebel, Rachel in Comment l’Europe fait passer ses déchets informatiques pour des dons « humanitaires », Bastamag. Publié le 27 janvier 2014. Lien : http://www.bastamag.net/Comment-nos-dechets-informatiques

- EurActiv in L’Afrique veut mettre fin à l’importation de déchets électroniques. Publié le 8 août 2013. Lien : http://www.euractiv.fr/developpement-durable/afrique-veut-mettre-fin-importat-news-529753

- Movements of waste across the EU’s internal and external borders, p 27. À télécharger ici (http://www.eea.europa.eu/publications/movements-of-waste-EU-2012/at_download/file).

- Programmes des Nations Unies pour l’Environnement, in La consommation intérieure : principal facteur d’augmentation des déchets électroniques en Afrique. Publié, le 10 février 2012. Lien : http://www.unep.org/Documents.Multilingual/Default.asp?DocumentID=2667&ArticleID=9022&l=fr

- RFI in En 2017, l’Afrique génèrera plus de déchets électroniques que l’Europe, RFI. Publié le 15 mars 2012. Lien : http://www.rfi.fr/afrique/20120315-2017-afrique-generera-plus-dechets-electroniques-europe

- Van Kote, Gilles in, Le Ghana, champion africain du recyclage des déchets électroniques, Le Monde. Publié le 12 mars 2012. Lien : http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/03/12/le-ghana-champion-africain-du-recyclage-des-dechets-electroniques_1656519_3244.html

- GVD Afrique Projet de Valorisation des déchets d'équipements électriques et électroniques. Consulté le 1er février 2014. Lien : http://www.gvd-afrique.info/index.php/fr/recherche-francais/valorisation-menu/78-formation-francais/106-projetelectronique

- Telecom Review in Pour une meilleure gestion des déchets électroniques et électriques. Consulté le 1er février 2014. Lien : http://www.telecomreview.info/index.php?option=com_content&view=article&id=186:pour-une-meilleure-gestion-des-dechets-electroniques-et-electriques&catid=27:new-to-joomla&Itemid=58

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