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Les anciens Dieux de la connaissance étaient des Dieux lieurs, créateurs et gardiens de la parole, à l'ère d'internet comment réinventer la connaissance?

Par Denis Cristol , le 16 janvier 2017

L’humanité plonge régulièrement dans ses mythes pour imaginer ce que sera son futur. S’approcher du soleil  comme Icare, voler la sagesse des Dieux, avoir le don d’ubiquité, se téléporter, échanger à distance par la pensée, ou encore atteindre l’immortalité sont autant de mythes que l’homme tente d’atteindre avec la mise au point d’avion, de moyens de télécommunication, de réseau internet et aujourd’hui de réflexion sur le trans-humanisme.

Si les mythes de tous les pays ont été convoqués, les mythes grecs véhiculés par l’Iliade et l’Odyssée et autres textes des auteurs classiques ont largement été utilisés pour projeter le monde à venir et stimulent l’imagination de ce que pourrait être le futur. C’est l’idée de la prophétie auto-réalisatrice. La vision et  l’envie de réaliser des utopies démesurées excitent tellement l’imagination des hommes qu’ils ont envie, quoi qu’il en coûte, de relever ces défis. L’impossibilité d’atteindre ses utopies en serait le principal moteur. A l’heure de la société de la connaissance, il est intéressant de s’interroger sur les mythes relatifs au savoir pour anticiper ce qui pourrait attirer les rêves de demain. Ces mythes sont associés aux Dieux et Déesses de nombreuses traditions religieuses.

Omniscience du réseau tissé

Parmi les divinités olympiennes, Athéna est la déesse de l'Intelligence et de l'Habileté, de la Stratégie guerrière, de l'Artisanat, de la Sagesse et protectrice. Cette divinité est associée à l'art du tissage qui n’est pas sans nous rappeler les réflexions actuelles sur le connectivisme de Siemens et Downes et bien sûr le rôle d’internet.

Les grecs connaissaient également les muses telles Polymathée dédiée à la connaissance. Polymathée nous pose la  question de l’inspiration qui gagnerait à remplacer la question  parfois trop instrumentale de la motivation que d’aucun s’efforcent toujours de vouloir orienter, où dont ils déplorent l’absence.

Demain le futur de nos connaissances sera-t-il  fait d’entrelacs et de liens et de nœuds plutôt que de silos s’écoulant les uns à côté des autres ? Comment réguler l’écoulement d’un savoir flux à la place d’un savoir stock ? La mètis d’Ulysse, cette capacité d’adaptation quelque vent qu’il fasse, pourrait bien s’inviter dans nos façons de penser le savoir.

Dans la mythologie celte, Lugh le lumineux est un dieu magicien maître des arts. Il a donné son nom à la ville de Lyon en France (Lugdunum). Lugh est un Dieu lieur par la magie, ainsi qu'un dieu lié avec des chaînes. Dans la tradition Irlandaise, Lugh doit réussir une initiation pour être incorporé à la société des dieux. Lugh est un Dieu polytechnicien maîtrisant la création, les échanges, la pensée et la beauté. Au moment où les robots remplacent de nombreuses tâches humaines l’esthétique, le sens de la beauté restent une affaire de jugement humain. Quelle sera l’esthétique de la connaissance demain ? La forme des connaissances, leurs ergonomies seront-elles des pistes pour demain ? Que se passerait-il si la connaissance était esthétique et joyeuse ?

Dans un flux grossissant d’information, l’ergonomie de la connaissance sera un enjeu essentiel. La cartographie de points de repères remarquables  sur une immense toile en ligne formera de nouvelles enluminures.

Thot est représenté par l’ibis, capable de reconnaitre l’eau potable de l’eau impure. Il est le maître des écrits, celui qui détient les connaissances et les transmet. Il est aussi l’inventeur de l’écriture et du langage. C’est le scribe des dieux. La question qui se pose est celle des futurs langages qui composeront nos compréhensions du réel demain. Les syntaxes de ces langages  sont l’armature de la pensée.  De la même façon que Diderot et d’Alembert ont créé une langue, une communauté de pensée, qualifiés «informaticiens», ont inventé un langage pour diffuser leurs idéologies et leur envie de partage, les langages poético-esthétiques, logico-mathématique, religieux ou spirituesl ouvrent à d’autres mondes.  Quels seront les langues qui succèderont aux langages informatiques ? Quels seront les langages et les modes d’interactions qui aideront les hommes à déployer de nouveaux imaginaires ? Comment les écosystèmes qui produiront de nouveaux langages  seront-ils rendus possibles ? Qui seront les gardiens des connaissances ?

Shiva est un dieu hindou quelquefois considéré comme le dieu du Yoga possédant  la connaissance universelle, suprême et absolue, voire dans un état « au-delà de la connaissance ». Il est parfois représenté menant une vie de sage méditant, à l’écart de l’agitation humaine. Cette vision apaisée de la connaissance, réflexive, intégrative, incorporant le corps pose la question de la connaissance et de l’agitation du monde. Les mythes qui fondent la connaissance sont-ils toujours faits de conquêtes, d’exploration d’espaces nouveaux ? Si oui les espaces intérieurs ne seraient-ils pas à mieux intégrer ? Si Shiva est parfois représenté avec de nombreux bras pour sa capacité de faire de multiples choses simultanément (on pense au fonctionnement du multitâches actuel et au fantasme d’embrasser simultanément toute la connaissance), son expression méditative nous incite à penser la connaissance intégrant toutes les formes d’intelligences celles du corps, tout autant que celle de l’esprit.

Les divinités africaines ou nord-américaines sont aussi  porteuses de visions de la connaissance. La vision et la place de la terre que l’on emprunte à nos enfants est l’héritage dont il s’agit de recevoir tous le sens. Les mythes de création et de disparition de la terre sont essentiels. Ils sont associés à la naissance de la connaissance issue, du vide, de l’eau ou de l’air, d’un animal totémique ou de la semence d’un être suprême. Ces retours aux éléments primordiaux et  à la nature  à un moment où l’humanité se met en danger par aveuglement et insouciance. Les voies qui semblent se dessiner dans ce qui constituera la connaissance demain sont certainement :

  • La connaissance intégrée à l’environnement,  en partage avec lui, en respect de sa nature,
  • Une association des états internes de chacun, un partage émotionnel et des échanges affectifs associés de façon plus approfondie,
  • La poursuite des maillages, de la fluidité, des tissages de connaissances sous toutes leurs formes ne cessant de s’approfondir tout en demeurant labiles.
  • Une mobilisation de savoirs émergents, utiles au fur et à mesure du besoin d’usages,
  • La création de nouveaux langages et de nouvelles syntaxes pour créer de nouveaux outils d’exploration et de compréhensions du monde,
  • La création de savoirs ergonomiques, adaptés aux transformations de nos cerveaux et manières de nous relier les uns aux autres,
  • L’esthétisation des connaissances et la création de cartographies de liens plutôt que de silos disciplinaires.

 

Le Dieu GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), sera t-il le nouveau dieu libérateur des hommes (de leur mémoire, de leur ennui, de leur travail, de leur ignorance) auxquels sacrifier une partie de notre liberté?

Le mythe du garage de l'audacieux créateur remplacera t-il le déluge? La terre promise sera t-elle la Silicon Valley?

A moins que les habits neufs des religions ne se calquent que sur des schémas de croyances bien plus anciens...

 Illustration : FranckinJapan - Pixabay

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