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De quoi s'occupe un designer en 2018 ?

L'exemple des designers italien

Par Frédéric Duriez , le 19 mars 2018

Mulo System - Fabrizio Ceschin - Politecnico Di Milano

En mars 2018, l'Institut Culturel Italien de Paris a proposé une table ronde réunissant deux designers italiens et un designer français très imprégné de culture italienne sur le thème "Design soutenable et culture du projet". Cette rencontre a permis de redéfinir les contours du métier de designer et de son rôle dans la proposition de solutions innovantes dans la société.

Le produit n'est plus au centre

Ezio Manzini est professeur de Design et d'innovation sociale à Barcelone. Il intervient également à Milan, à Shanghaï et à Jiangnam en Chine. Il observe des évolutions radicales. Il y a quelques années, les designers donnaient forme à des objets "solides". Le designer contemporain travaille au contraire sur de la matière fluide, de la relation entre les personnes. L'objet représente souvent la société de consommation, le marketing, les choses inutiles qui s'accumulent. Pourquoi toujours créer de nouveaux objets pour remplacer les anciens et les entasser ?

François Jegou est fondateur du Laboratoire Strategic Design Scenario. Il intervient en innovation sociale et publique et enseigne également. Il confirme que le design est devenu "non-photographique". Les images séduisantes d'objets présentés sur des fonds monochromes avec des ombres sobres correspondent à une vision passée du design.

Et comme le précise Frida Doveil, le designer ne doit pas se placer du côté du marketing, mais participer et initier des changements, amener la société vers plus de "soutenabilité". De ce point de vue, Les trois s'accordent pour affirmer que le concept de "slow food" est un des meilleurs exemples du design contemporain.

Enfin, Ezio Manzini estime que le designer ne conçoit plus des objets isolés, mais connectés.

Ezio Manzini

Un design qui s'appuie sur le collaboratif

Le design porte une éthique et des valeurs de développement durable, il conçoit des objets connectés mais aussi des dispositifs immatériels. Il se concentre les sur les relations entre les personnes plus que sur les objets. Ezio Manzini nous donne une quatrième caractéristique du design contemporain : il émerge souvent d'actions collaboratives initiées par des non-designers. Les designers et leurs méthodes vont aider à faire développer ce qui relève d'abord d'initiatives innovantes et collectives. C'est la vision qu'il propose à travers ses écrits, et en particulier le dernier : Design, when everybody designs. Un design diffus de non-professionnels rencontre un design "expert", le co-design émerge de la rencontre entre ces deux activités.

François Jegou nous expose quelques exemples de son travail qui illustrent la vision d'Ezio Manzini selon laquelle le design se définit plus par ses méthodes, ses techniques et sa culture que par des produits. Ainsi, il a travaillé sur la mise en relation de personnes qui ne jardinent pas mais qui ont un jardin, avec des jardiniers qui n'ont pas de terrain à cultiver.

François Jegou ne travaille pas seul dans un bureau d'étude. Il va au devant des usagers ou des utilisateurs, il anime des groupes qui font émerger des idées. Et il ne s'agit pas simplement d'organiser des brainstormings ! François Jegou  et ses équipes rendent tangibles des scénarios d'un futur proche en créant des publicités ou des visuels qui matérialisent des tendances. Ils provoquent des réactions, des réflexions, des idées qui pourront donner naissance à de nouveaux concepts.

François Jegou et les nouveaux territoires du design

Le designer en dix mots

Frida Doveil est designer et architecte à Milan. Elle choisit de nous présenter les facettes du métier au XXIème siècle à travers dix mots clés. Il est précurseur, et explore des terrains nouveau. Visionnaire, il se projette vers le futur. Entrepreneur, il mobilise des acteurs, déploie des moyens pour concrétiser son travail. Le designer ne se contente pas d'inventer de nouvelles formes sur papier ou ordinateur. Il est aussi responsable, se préoccupe de développement durable, ou plutôt de "soutenabilité".

Frida Doveil : un portrait du designer en dix mots

Frida Doveil : les facettes du designer (suite)

Frida Doveil nous propose aussi une vision d'un design respectueux des matériaux et des utilisateurs. Il ne pousse pas à la consommation mais répare, qui n'abuse pas de matières luxueuses, mais nous fait découvrir la noblesse de ce que nous mettrions spontanément au rebut. Il ne fait pas de tapage pas plus qu'il ne cherche à impressionner.

Ces visions croisées du métier de designer portent une ambition plus forte et une dimension éthique plus importante que le travail sur l'allégement d'une coque de portable ou sur la finesse d'une tablette numérique. Elles s'inscrivent dans un monde où les ressources sont limitées, et où l'individualisme et le goût de l'accumulation ne sont pas des fatalités.

Illustrations : Frédéric Duriez

Ressources :

Romain Thévenet : Conférence et rencontre avec Ezio Manzini - mis en ligne le 16 octobre 2008, consulté le 17mars 2018
http://www.la27eregion.fr/conference-et-rencontre-avec-ezio-manzini/

Jocelyne Leboeuf : Innovation sociale et design - mis en ligne le 30 janvier 2015, consulté le 17 mars 2018
http://blogs.lecolededesign.com/designethistoires/2015/01/30/le-design-nest-pas-dans-tout/

Strategic Design Scenarios : le site du laboratoire que dirige François Jegou consulté le 17 mars 2018
https://www.strategicdesignscenarios.net/

r-riparabile - site lié à l'activité de Frida Doveil consulté le 17 mars 2018
http://r-riparabile.com/

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