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Le LPC et les langues des malentendants (Partie 1)

Le langage parlé complété, une langue des sourds qui transcrit le langage humain.

Par Virginie Guignard Legros , le 28 mai 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 29 mai 2018

Quand on est atteint de surdité ou de malentendance, il existe plusieurs écoles pour communiquer avec les autres personnes. Le LPC (langage parlé complété) est une méthode possible parmi d’autres.

La première regroupe les langages des signes traditionnels (LS). Comme leurs noms l’indique, ils permettent de communiquer avec des signes, des symboles qui n’ont pas nécessairement de liens avec la langue orale.

Ce sont des langues à part qui ne permettent de communiquer qu’avec des personnes qui connaissent le même langage. Il existe des communautés entières, voire des universités pour personnes communiquant avec les langues par les signes. Si vous ne connaissez pas le langage, et que vous êtes en présence d’un sourd qui n’oralise pas, alors vous ne pouvez pas communiquer avec lui.

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“Les langues des signes (LS) ne sont pas universelles, malgré ce que l'on croit. Henri Wittmann (1991) a fourni une classification des langues des signes. Il existe en fait, tout comme pour le langage oral, autant de langues des signes que de communautés différentes de sourds, chaque langue des signes ayant son histoire, ses unités signifiantes et son lexique.

Le développement d'une langue des signes dépend de la vivacité de la communauté des personnes qui la composent, comme pour une langue vocale. Comme un jargon, la langue des signes pratiquée dans une région n'a pas nécessairement de liens avec la langue orale de cette même région, par exemple, en France, le signe « Maman » est différent selon les régions voire départements. En dépit des différences entre les langues des signes du monde, la compréhension et la communication est rapidement possible entre deux personnes maîtrisant des langues des signes différentes.

Ceci tient à la grande proximité des structures syntaxiques (l'ordre de signes dans la phrase) et à l’existence de structures très iconiques (des signes dont la forme représente assez bien ce dont on parle : la lettre « C », « soleil », « téléphoner »...) 10, caractérisées par l’absence de signes standard (qui sont eux différents pour chaque langue : par exemple « eau »). L’origine de ces structures partagées tient probablement à la nature même de la langue et transfigure l'expérience humaine du monde qu'en ont ses locuteurs”.

Source Wikipédia : Langue des signes
 

La deuxième est une transcription visuelle d’une langue orale. Le LPC est une visualisation gestuelle des sons d’une phrase, d’un dialogue, d’un livre... Il se base sur l’acquisition du langage oral par des personnes n’ayant jamais entendu ou entendu correctement les sons, que celles-ci soient appareillées ou non, malentendantes ou sourdes profondes.

“Il n’y a pas d’âge pour coder à un enfant sourd ; le plus tôt sera le mieux. Il est possible de coder à un enfant de quelques mois en répétant ses lallations (la-la) puis son babillage. Le LPC est un outil qui doit être utilisé aussi bien en situation de classe par le codeur, qu’à la maison par les parents et la fratrie de l’enfant sourd. C’est un outil de communication au quotidien.

Souvent les personnes ayant bénéficié du code LPC au plus jeune âge pourraient s'en passer une fois que la lecture labiale est bien maîtrisée et qu'elles ont un vocabulaire solide, mais seulement dans les situations calmes et sans bruits gênants (hyperactivité, dyslexie, trouble du comportement). Le code LPC peut être utilisé avec ces enfants lorsqu'il n'y a pas de trouble de l'apprentissage....

Grâce à la visualisation des phonèmes par le code LPC, les enfants sourds acquièrent la langue française de manière naturelle au sein de la famille, à condition que les parents s’efforcent d’établir une communication en langue française. Les parents peuvent transmettre à leur enfant, dans la langue française, leur conception du monde, leurs valeurs, leurs croyances. Avec l’apprentissage de la lecture, l’enfant sourd a accès à la culture française, orale et écrite....

Le code LPC permet également la communication entre les sourds qui l’utilisent. La collaboration entre les parents et les professionnels est très importante pour offrir à l’enfant le maximum de français codé”.

Source Wikipédia : LPC

La lecture labiale est souvent utilisée par les personnes sourdes qui compensent leur handicap avec une personne entendante. C’est une technique enseignée dans le cas des surdités de vieillesse. Cette technique est utile en complément des appareillages et pour les personnes pratiquant le LPC. À savoir que la lecture labiale ne peut venir qu’en complément d’une autre école par les gestes, car hors contexte, la compréhension se réduit à une chance sur 3 de comprendre le sens d‘une phrase.

“Quand il s'agit de lecture labiale seule, sans le moindre son de voix, sans indice et sans connaître le sujet échangé et donc en l'absence de suppléance mentale, la compréhension est quasi nulle. Il est juste possible de ressentir l'état psychologique exprimé par la personne que ce soit de la joie ou de la tristesse par exemple.

Par contre avec dix pour cent de voix, dix pour cent de lecture labiale et la connaissance du sujet échangé alors la suppléance mentale se met en marche et avec une attention totale, c'est-à-dire à ne pas penser à deux idées en même temps car le sourd a acquis la capacité d'une attention totale, il suffit de quelques secondes pour être totalement concentré sur le sujet.

Bien sûr pour un sujet pas trop complexe et en faisant répéter un peu et en reformulant ce qui est compris, la compréhension de l'échange est exponentielle jusqu'à devenir presque correcte soit au moins quatre-vingt pour cent des mots compris. En revanche la perte du son ou de la lecture labiale entraîne irrévocablement à restreindre la compréhension à dix, voire peut-être trente pour cent”.

Source Wikipédia : Lecture labiale
 

On notera qu’avec les progrès de la science et l’arrivée des implants cochléaires, de moins en moins de personnes sont complètement sourdes aujourd’hui. Cependant, cette augmentation technologique ne peut pas se réaliser 24 heures sur 24 heures. Des moments comme la douche, la piscine, le dodo nécessitent de débrancher les appareils électroniques et là, c’est la surdité qui reprend le dessus. À ce moment là, c’est l’une de ces 3 écoles qui peut être utile.

Un peu d’histoire pour comprendre l'évolution du LPC basé sur la transcription gestuelle de la langue orale.

“A Washington, le Cued Speech fut mis au point entre 1965 et 1968 par le Dr Cornett, ancien professeur à Harvard, lorsqu’il fut nommé vice-président du Gallaudet Collège, la première université créée aux USA pour les sourds. C’est en se rendant compte du faible niveau de langage des étudiants et de leur désintérêt pour la lecture que le Dr Cornett comprit l’origine de ces carences : l’insuffisance d’exposition à un bain de langage perceptible pour les sourds. En effet, l’enseignement était donné en anglais signé, totalement significatif par les signes. D’où le peu d’intérêt à essayer de lire sur les lèvres, exercice d’autant plus difficile que les signes n’ont aucun rapport avec la prononciation, sans oublier l’existence des nombreux sosies labiaux qui compliquent la tâche.

Le Cued Speech mis au point, il fut pratiqué en Grande Bretagne quelques années plus tard par Mrs June Dixon, qui se chargea de le diffuser dans son pays. Le Dr Cornett en fit une adaptation française avec l’aide du Pasteur Mermod de Genève...

June Dixon m’envoya un exemplaire de « Cued Speech News » de février 1977, édité par l’équipe américaine du Cued Speech, où il était indiqué : « Stasie, bébé sourd de 2 ans, a appris près de 400 mots en 6 mois et les utilise dans des petites phrases de 2 ou 3 mots »… De là sont partis la diffusion du « Langage Complété Cornett » (LCC) puis la création de l’Association pour sa promotion en 1980 et les premières Journées d’études, avec le Dr Cornett. Nos amis belges y vinrent en force comme toujours et nous dirent : « Nous sommes satisfaits de la méthode verbo-tonale que nous pratiquons depuis longtemps… mais ce n’est pas suffisant et nous allons nous mettre au Cued Speech »

Source alpc.asso.fr

La technique d’apprentissage actuelle du LPC

Là où en 1967, le Docteur Cornett était parti des sosies labiaux pour innover vers un langage transcrivant la parole. Ces mêmes sosies labiaux sont passés au second plan des préoccupations dans la mise au point de les techniques de l’enseignement du LPC actuelles. On apprend en cours d’apprentissage les gestes qui viennent soutenir la parole, on montre aux professionnels et aux parents pendant les cours la difficulté de comprendre le sens d’une phrase par la simple lecture labiale.

L’apprentissage est rapide. La méthode est simple et claire. En un week end et un peu de persévérance, les bases du langage sont acquises. Après il faudra pratiquer avec ses élèves, avec ses parents afin d’acquérir la vitesse d’une discussion. C’est d’ailleurs une activité possible en classe si vous avez des élèves sourds en classe.

 

Source : http://www.surdi.info

En français, 8 clefs pour les 20 consonnes qui se combinent avec 5 positions des mains pour les 14 voyelles. C’est un jeu de domino basé sur les sons que l’on entend ou que l’on prononce. Les accents font partie de la traduction. Les possibilités sont infinies. Il faut ajouter ou enlever quelques sons pour les autres langues comme l’anglais ou l’allemand, mais, la méthode est globalement universelle.

Comme plusieurs gestes et positions des mains sont identiques pour plusieurs sons, comme “Ma”, “To”, “Me” par exemple la lecture labiale et la contextualisation restent importante pour affiner le sens du langage. La lecture labliale n’est pas enseignée comme telle dans la méthode, elle est intuitive et s’apprend selon une méthode globale, c’est à dire en faisant et refaisant ou par l’usage ou par un apprentissage du visuel par coeur. Cette méthode permet de faire le pont entre les entendants et les malentendants. Certains malentendants l’utilisent exclusivement sans aucune autre connaissance d’autres langues des signes. C’est plus une langue orale qui par les gestes transcrit les sons qu’une réelle langue par les signes basée sur les symboles.

C’est un grand pas vers le dialogue qui fut réalisé et qui a aidé à l’intégration de personnes sourdes enfants et adultes depuis 40 ans.

Source de l’image : RFBSIP sur https://stock.adobe.com

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