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Lettering numérique ou classique

Quelques principes pour retrouver le plaisir d'écrire à la main

Par Frédéric Duriez , le 11 juin 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 12 juin 2018

Écrire à la main, pour être lu, pour séduire, pour organiser ses idées n’est plus une expérience banale. Nous avons confié aux logiciels de présentation le soin d'écrire et d’agencer les mots pour nous, que ce soit en nuages de mots, en schémas heuristiques ou en liste.

Le lettering est un retour de balancier qui nous fait redécouvrir le plaisir de l’écriture, la sensibilité aux espaces entre les lettres, la séduction des alternances de droites et de courbes de nos alphabets. Le numérique n’est pourtant pas loin. Le lettering s'inspire de la richesse des polices de caratère numériques et, à son tour, le monde informatique propose des outils qui apportent une nouvelle expérience de l'écriture manuscrite.

Découvrons rapidement les fondamentaux

Le lettering se différencie de la calligraphie. La démarche est moins normée et l’improvisation y prend beaucoup de place. La calligraphie nous amène à suivre avec soin des modèles anciens, avant de nous les approprier. Chaque modèle d'écriture a ses règles et son histoire. La calligraphie est une écriture, le lettering s'apparente davantage à du dessin de lettre.

Avec le lettering, on prend davantage de liberté avec les lettres. Si certains suivent des modèles, c’est pour mieux s’en démarquer. Les polices de caractère inspirent, mais il ne s’agit pas de les copier. Le lien entre les lettres, l’harmonie entre les pleins et les vides, le dynamisme général des formes priment sur la fidélité aux règles typographiques.

Néanmoins, il reste très utile de connaître les grands principes de la formation des lettres, pour éventuellement les transgresser ensuite ! Les passionnés de lettering commencent par se familiariser avec la différence entre les polices sérif et sans sérif. Les premières ont un empattement qui aide la lecture et peut dans certains cas donner l’occasion d’inventions. Les secondes, souvent utilisées pour les titres, apportent efficacité et dynamisme.

Le monde de l’imprimerie connaît les hauts de casse et les bas de casse, que nous traduisons par majuscules et minuscules. Le lettering rend possible le mélange des deux dans un mot, les couleurs différentes, les polices différentes. En revanche, la plupart des auteurs insistent sur l’équilibre des espaces vides, la fluidité qu’ils dégagent. L’œil doit se déplacer facilement, sans croiser d’aspérités qui ne seraient pas voulues.

Le numérique à la rescousse

Certaines personnes pratiquent le lettering avec un amour de l'encre, des stylos et du papier. Le mélange des encres, parfois des aquarelles, les plumes, les stylos et les pinceaux sont photographiés sur Instagram et Pinterest. L’écriture renvoie à un temps long, où la vue, le toucher, l’ouïe (le bruit de la plume !) sont stimulés. On accepte de consacrer plusieurs dizaines de minutes à un texte court, parce qu’on donne de la valeur aux mots.

D’autres utilisent plus couramment les outils numériques. La distinction est d’ailleurs de moins en moins perceptible. Bien malin qui pourrait affirmer comment telle ou telle maxime a été écrite avant d’être postée sur les réseaux. Ci-dessous, quelques essais avec des logiciels courants, Paintstorm et Krita.

Un essai avec Krita

Une démonstration rapide en vidéo avec Paintstorm qui imite comme Krita les médias naturels

Le logiciel libre Inkscape permet ensuite de vectoriser le texte. Bien entendu, Adobe Illustrator le fait également.

Mais un regard un peu précis repèrera rapidement des irrégularités. Les traits ne sont pas nets, il y a un léger effet de tremblement qui n’est pas voulu. Les logiciels vectoriels permettent de simplifier le tracé, puis de retoucher patiemment, un par un, les vecteurs qui organisent le tracé des lettres.

L'image ci-dessous vous présente cette démarche en trois étapes. La première vignette est un détail de l’original, la seconde présente les points qui permettent de modifier les vecteurs qui construisent les formes. La troisième vignette montre le résultat, après un premier travail de retouche. Beaucoup de logiciels proposent d’ailleurs le lissage du tracé, souvent très pratique pour obtenir des lettres lisses, et sans irrégularité involontaire.

vectoriser et retoucher le fichier vectoriel

L’application reine pour le lettering dans l’univers Apple est Procreate. Elle imite les outils classiques avec un rendu impressionnant, tout en lissant les traits. Internet propose de nombreuses vidéos pour démarrer.

Le lettering propose aux sources et aux outils artisanaux qui ne reconnaissent pas le "Ctrl+Z", qui obligent à prendre du temps et à creuser notre connaissance des fondamentaux. Mais c'est également un espace où le numérique et l'intelligence de la main et de l'oeil s'enrichissent en se défiant. Quel que soit l'outil, il faut un peu d'entrainement et s'inspirer de ceux qui ont poussé assez loin cette technique. Quelques comptes twitter en ressource pourraient être vos premiers devoirs de vacances !

Ressources

Un compte twitter récent et virtuose : https://twitter.com/TheLetteringLog

La mise en scène de l’écriture manuscrite : https://twitter.com/catharinemisook

Au marqueur ou avec Procreate sur iPad : https://twitter.com/Ian_Barnard

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