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La formation professionnelle en mutation - Visite au 3 ième congrès international de la formation professionnelle

Quand les pays se rencontrent autour de la formation professionnelle en 2018

Par Virginie Guignard Legros , le 10 juin 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 28 septembre 2018

Les 6 et 8 juin 2018, les responsables et professionnels nationaux de la formation professionnelle sont venus de partout sur la planète, à Winterthur en Suisse, en tout 80 nationalités, pour discuter de la formation professionnelle et de la formation continue tout au long de la vie. Ce fut la troisième édition de cet “International Congress on vocational and professional education and training” avec 500 invités internationaux.

Des mutations

Ils étaient tous du même avis. Le monde fait face à de grandes mutations auxquelles la formation professionnelle doit trouver rapidement des solutions efficaces.

La première mutation est celle des innovations qui sont en train de changer les frontières du monde du travail. Certains métiers sont en train de disparaître alors que d’autres apparaissent. Il faut 5 ans pour renouveler un programme de formation professionnel, mais...

“Nous ne connaissons pas l’avenir dans 5 ans”.

Extrait de la présentation de Janina Kugel Cheffe des ressources humaines et membre du board de Siemens AG, Allemagne.

Comment anticiper des mutations que nous ne connaissons pas ?

“Comment pouvons-nous organiser nos systèmes de formation professionnelle afin qu'ils enseignent les bonnes compétences, afin que les entreprises puissent trouver des personnes possédant les qualifications et les qualités de leadership adéquates, et que le plus grand nombre possible de personnes aient un emploi? Les méga-tendances actuelles - l'individualisation, la connaissance de la société et la transformation numérique - ont un impact énorme sur le travail et la société.

On s'attend désormais de plus en plus à ce que les gens acquièrent de nouvelles compétences et qualifications, souvent de niveau supérieur, tout au long de leur vie professionnelle.

Soyons honnêtes sur ce que cela signifie: il y aura des perdants aussi bien que des gagnants, les vieilles manières disparaissent - ou changent - et cèdent la place au nouveau”.

Extrait du discours d’introduction du Conseiller Fédéral Suisse Johann N. Schneider-Ammann

La deuxième mutation est celle des nouveaux diplômés. Ces jeunes qui arrivent sur le marché du travail et qui n’ont pas les mêmes façons d’être que les anciens et qui nécessitent que les anciens revoient leur leadership pour pouvoir les manager et mener à bien leurs travail.

“La technologie a rendu les connaissances plus largement disponibles - par conséquent, en transmettant des connaissances par le biais de conférences, demande plus de compétences - la capacité de faire des choses en travaillant aux côtés des ordinateurs - augmente et devient plus recherchée.

Les compétences critiques - ce que beaucoup appellent les compétences du XXIe siècle - deviennent essentielles à l'éducation, tout comme les compétences en calcul et en littératie.

Parce que dans un monde globalisé, les frontières nationales sont maintenant plus poreuses que jamais, nos jeunes seront poussés dans un environnement de travail mondial à partir du mot «Go (vas-y)», et ils doivent avoir les compétences non-techniques essentielles pour survivre”.

Extrait du discours de On Ye Kung, Ministre de l’éducation, République de Singapour

Le monde de la formation professionnel d’hier nécessitait d’avoir les connaissances basiques de savoir lire, écrire compter auxquelles venaient s’ajouter l’apprentissage professionnel et sa pratique prépondérante du terrain. Aujourd’hui, avec les multiples passerelles, les professionnels, voire des professeurs issus de l’enseignement universitaire et ceux issus de l’enseignement professionnel peuvent occuper les même postes. C’est là, que des différences peuvent se faire sentir fortement surtout lorsqu’il s’agit de produire des travaux basés sur les compétences de synthèse, d’analyses théoriques, de trouver des solutions théoriques où certains se voient confrontés à leur limite de compétence..

“On constate aussi des niveaux différents dans le monde de la formation professionnelle. Souvent, les jeunes de 15-18 ans ont un niveau du secondaire. Aux États-Unis, l’apprentissage arrive au niveau du collège et donc après l’éducation secondaire. En général cela correspond à l’école obligatoire. Dans d’autres pays, on voit que l’éducation de base n’est pas à un niveau aussi élevé.

Maintenant les professions changent et on a besoin de plus de compétences. La frontière se déplace plus loin en ce qui concerne les compétences de base nécessaires : les “Basics skills” pour accéder aux nouveaux métiers.

L'apprentissage en entreprise est minoritaire. Dans beaucoup de pays, la formation professionnelle se passe à l’école. En général, on formait des jeunes de 15 à 18 ans. Une nouvelle tendance aujourd’hui est de former aussi des adultes. Par exemple, l’Allemagne investit beaucoup dans ces programmes pour adultes. 3 origines sont possibles, se former, changer de métier ou progresser ou sein de la même profession. La transferabilité des programmes des jeunes vers les adultes est un sujet d’actualité.

Pour que la formation professionnelle reste attractive, il ne faut pas qu’elle se limite aux professions semi-qualifiées. Dans certains pays cette formation est surtout concentrée dans le secteur de la construction. L’Angleterre actuellement essaye de développer l’apprentissage à l’université. Les étudiants peuvent passer leur diplôme universitaire en alternance avec l’entreprise. C’est assez nouveau, il faut attendre pour pourvoir évaluer des résultats. La tendance générale observée est que l’apprentissage se retrouve à un niveau de plus en plus élevé".

Interview par Thot Cursus de Malgorzata Kuczera, Manager de Projet des études sur les apprentissages, OCDE.

La formation professionnelle en transformation

Face à ces exemples expérimentaux, les représentants nationaux sont venus discuter, échanger et voir comment transposer les réussites des uns et des autres dans leur pays.

“Nous sommes venus ici, car, le Bénin accorde beaucoup d’importance à la thématique de la formation professionnelle.

L’homme par nature doit être dans l’activité et dans une activité qui permet de s’accomplir et de contribuer aux résultats dans la société."

"La formation professionnelle pendant des décennies c’est bien portée. Il s’est fait que les années qui ont suivies, on s’est plus portés vers l’enseignement général et universitaire et cela a joué sur la formation professionnelle. Aujourd’hui, la formation professionnelle est devenu un axe stratégique du gouvernement, car les compétences, le profil et la spécialités sont des choses importantes et donc cela va reprendre.

Une personne bien formée est une immédiatement utilisable, elle peut s’accomplir elle-même et servir à la société.

Si on prend l’exemple des savoirs techniques, on peut les voirs selon plusieurs composantes qui sont utiles à l’homme individuellement, au ménage, à la société et à la nation”.

Interview par Thot Cursus de l’Ambassadeur du Bénin à Genève, Monsieur Eloi Laourou.

C’est pourquoi le Président du Bénin, le Président Patrice Talon a dit que la formation professionnelle doit être un ressort sur lequel nous devons travailler pour élever les résultats. C’est pourquoi on est ici pour voir les résultats de la Suisse, du Canada et d’autres pays”.

“J’aimerais aussi en apprendre plus concernant l’action politique qui pourrait être menée dans mon pays afin que l’offre d’apprentissages reconnus par notre système d’éducation s’étoffe”

Extrait de l’interview par Swiss Info de Kathryn P. Castellos, directrice de l’apprentissage, North Carolina Community Colleges, Etats-Unis.

 

"C’est difficile de comparer des pays, de comparer des systèmes, il faut savoir ce que l’on compare. Il y a la Suisse qui implique très bien le secteur professionnel. Dans d’autres pays, c’est plus compliqué car le monde de l’école est déconnecté du monde professionnel.

De ce fait, ce n’est pas facile de dupliquer un modèle dans un pays pour le mettre en place dans un autre.

Les partenaires sociaux peuvent aussi avoir un grand rôle s’ils sont bien organisés. C’est important d’avoir un dialogue entre professionnels afin d’établir les qualifications nécessaires pour définir les formations”.

CF Malgorzata Kuczera, OCDE.

Une réponse concertée

J’ai posé la question, à Johann N. Schneider-Ammann, Conseiller Fédéral Suisse, si tant de gens présents ayant la même vision pour demain avec des possibilités locales distinctes pouvaient se grouper pour gérer globalement cette situation. Sa réponse est que cela va venir certainement selon l’angle du management de l’innovation qui nécessite beaucoup d’agilité et une certaine neutralité sur ce que seront ou non les technologies innovantes de demain.

En effet, qui sait ce que sera l’innovation et donc la formation professionnelle de demain ? Nous ne pouvons pas l’anticiper avec nos connaissances actuelles.

Cependant, ce que nous savons, c’est que :

Le succès du système d'apprentissage choisi par les pays a un impact sociétal important.

J’y vois une société plus égalitaire, où les parents et les enfants choisissent la voie académique ou d'apprentissage en fonction de l'intérêt, des talents et des aptitudes de l'enfant. Grâce à cela, les sociétés embrassent et célèbrent également de multiples formes de réalisations à divers niveaux et de succès”.

CF Ministre de l’éducation, Singapour

 

Photo “International Congress on vocational and professional education and training” : Ahmed Alfahaid, Arabie Saoudite, Betsy DeVos, USA, Johann N. Schneider-Ammann, Suisse, On Ye Kung, Singapour

Référence

3rd International Congress on Vocational and Professional Education and Training from 6 - 8 June 2018 - Skills for Employability and Careers
http://www.vpet-congress.ch/

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