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Auto-interview sur la création d’un incubateur en ligne

La formation en ligne du GdP-Lab, précurseure de l’entrepreneuriat du futur

Par Virginie Guignard Legros , le 25 juin 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 26 juin 2018

Source Image Pixabay

Un autre modèle

En écrivant l'article "De la performance des incubateurs vers un savoir académique" sur la Thèse de Christina Théodoraki “Pour une approche écosystémique de la stratégie et de la performance des incubateurs” , je me suis rendue compte que le protocole que nous mettons en place, mon équipe et moi-même est complètement différent de ce qui existe actuellement sur le marché de l’incubation. C’est la raison que j’écris cet article, en miroir du premier.

Commençons par un peu d’histoire.

De 2015 à 2017, j’ai coordonné la formation en ligne du GdP-Lab. Le GdP-Lab était à l’origine un exercice collaboratif créé par Rémi Bachelet dans le cadre de sa formation en ligne de Gestion de Projet MOOC GdP.

Cet exercice avait deux objectifs. Le premier était de créer l’étude de cas de la session bi-annuelle suivante du MOOC et le second de proposer à des groupes d’étudiants de s’essayer à la gestion de projet via un cursus intense de 9 à 14 semaines dans lequel des équipes de 10 personnes montaient un projet à partir d’une idée.

D'année en année, cet exercice est devenu une formation à part entière. Les exercices factices sont devenus de vrais projets. Si, dans les premières années, nous devions poursuivre nos étudiants pour être certains qu’ils réalisent les commentaires par les pairs (outils essentiels d’apprentissage collaboratifs), sur la session 10, nos étudiants nous ont réclamé une semaine de plus, car ils n’avaient pas le temps de commenter tous les projets.

Les commentaires par les pairs sont très différents des corrections par les pairs.

Si les corrections sont extrêmement formatives en propulsant l’étudiant à la place du correcteur avec ses enjeux et ses questionnements, l’esprit de compétition reste très présent et nécessite souvent l’introduction d’une correction test pour jauger le niveau de fiabilité des corrections de l’étudiant qui note ses pairs. Les commentaires, eux n’induisent que peu la compétition.

De la même façon que pour les corrections, ils partagent le même protocole de la méthode sandwich qui est de valoriser la personne en dépit de ses erreurs. Si on résume, deux compliments positifs encadrent une remarque négative. Le seul effort que doit faire l’étudiant est un effort d’ouverture et de générosité envers l’autre. Si vous allez commenter le projet de l’autre pour l’aider à l’améliorer alors, réciproquement, l’autre ou son collègue viendra vous aider à optimiser le vôtre.

Réussir à insuffler l’esprit de co-création.

Il s'agit d'une phase au delà de la co-opération indiquée dans la thèse de Christina Théodoraki. Si les incubateurs et entrepreneurs sont incités à co-opérer ensemble dans un contexte de compétition, nous avons, dans nos protocoles, effacés de manière importante cette notion de compétition. C’est ce vers quoi tous vont tendre dans quelques années. Notre univers change. Des nouveaux protocoles de travail collaboratifs sont en train de se mettre en place. Et, en parallèle arrivent des technologies qui ne ressemblent pas à celles du monde d’hier, ni de celui d’il y a 10 ans.

On notera surtout celle de la blockchain, de la décentralisation. En parallèle, il y a une régression de l’usage des systèmes hiérarchiques au profit des systèmes collaboratifs de type râteau ou holacratie par exemple. J’aime l’innovation, ainsi que mon équipe. Nous avons toujours expérimenté de nouvelles choses et nous surfons depuis plusieures années sur la vague disruptive qui nous affecte tous aujourd’hui.

Le GdP-Lab guide les étudiants à travers de vrais projets vers l’entrepreneuriat.

Nos moyens étant limités et le protocole de formation étant d’utiliser les outils enseignés dans le MOOC GdP, le cursus s’arrête avant le plan d'affaires. Après, plus rien, les alumni s’en vont et nous les suivons de très loin en fonction des liens tissés au fur et à mesure de leur encadrement.

Depuis plusieurs années nous avions des appels du pied pour aller plus loin, mais les moyens des moocs sont limités. Il n’existe pas encore de modèle économique viable pour les MOOCs de ce genre, seuls ceux qui implémentent et font la maintenance peuvent être rémunérés. Il nous est même arrivé de voir sur d’autres formations le professeur demander à ses étudiants de bien vouloir faire un versement complémentaire au coût de la certification selon leur conscience.

C’est souvent difficile si vous ne dépassez pas les 5000 étudiants par session. Ensuite, s'ajoutel le problème de disponibilité des bénévoles, car le GdP-Lab est entièrement bénévole. Il faut gérer jusqu’à 25 personnes pour encadrer 23 équipes projets deux fois par an et c’est notre limite, à la fois en temps et en ressources humaines.

La continuité à distance

Ce ne sont pas des équipes en présentiel. Sur 10 équipiers maximum par équipe projet, chacun peut être géolocalisé dans des zones géographiques différentes sur la francophonie. Ils peuvent venir du Québec, d'Haïti, du Sénégal, de Guinée Conakry, de Côte d’Ivoire, du Bénin,... du Maroc, de Tunisie, d’Algérie, de Belgique, de France, de Guadeloupe, de Suisse…

Alors, comment continuer un projet quand il n’y a plus de cadre et qu’on est dispersé sur le globe ? Certains y arrivent très bien et d’autres auraient besoin de l’aide d’un incubateur, mais ne rentrent pas dans les critères d’un incubateur classique.

En 2016, j’ai donc eu l’idée de créer un incubateur en ligne selon les principes du partage, de l’éthique et de la co-création. Il a fallu 2 ans pour que l’idée fasse son chemin et maintenant nous sommes en phase de bêta test.

Par vocation

Ma vocation est d’aider des gens à trouver un travail, à être dans l’activité, comme on dit en Afrique ou de monter leur projet de vie. Un projet viable qui puisse grandir harmonieusement et qui puisse être une source de revenus pour nos alumnis.

Le modèle de startup actuel m’horrifie. 20% de réussite, très peu sont financées correctement. C’est un système compétitif basé sur l’échec avec pour horizon une course à la licorne. Mais qui a vraiment besoin de devenir une licorne ? La plupart d’entre-nous avons besoin de payer nos factures, les études de nos enfants et de pouvoir aller en vacances.

Une de mes motivations forte était d’aider ces femmes au fin fond de l’Afrique qui n’avaient aucune possibilité de se faire aider et qui courageusement se sont mises aux études grâce au MOOC GdP pour venir créer leur projet sur le GdP-Lab.

Aujourd’hui nous créons notre propre écosystème grâce à des alumni volontaires à travers le monde.

Ils vont nous aider à aider leurs pairs dans l’incubateur en ligne. L’aide peut venir par la recherche de fonds ou l’aide logistique sur le terrain. Mais, ce n’est pas l’essentiel de mon point de vue.

L’essentiel est la stabilité affective et émotionnelle de l’apprenti entrepreneur dans notre incubateur. Un jour, une de mes collaboratrices basée en Corse et cofondatrice de la structure associative qui gère notre incubateur m’a dit quelque chose d’essentiel qui a illuminé ce que je savais intuitivement, mais sur laquelle je n’avais pas mis de mot. Elle m’a dit

«Il existe un écosystème d’entrepreneuriat atypique en Corse. Le taux de réussite des startups va bien au delà des 20% habituels.»

Que ce passe-t-il donc là-bas ? En fait le tissu social et familial est très dense, ce qui fait qu’un entrepreneur ne se retrouve jamais seul avec ses dettes ou ses soucis. C’est de mon point de vue la clef de la réussite.

C’est pourquoi nous allons encourager les équipes dont le projet serait en attente d’aller aider une autre équipe qui a besoin de monde. Car une tête occupée ne brasse pas du négatif. Rester dans le positif est un des points essentiels de la réussite.

Pour entrer dans notre incubateur, les équipes doivent avoir fait le MOOC GdP et le GdP-Lab.

Pourquoi ? Pour avoir avoir la même culture d’entreprise basée sur la bienveillance, l’éthique, le partage, la co-création, l’esprit d’équipe et aussi connaître les mêmes outils collaboratifs, ainsi que ceux de gestion de projet. C’est un socle commun à partir duquel les équipes vont pouvoir construire quelque chose de solide. Au delà, mon idée est de former des têtes d’entrepreneurs bien faîtes. Comment ? En leur donnant accès à des formations de pointe utiles à leur entreprise et plus tard leur permettre d’accéder à une formation d’entrepreneur certifiante.

Aujourd’hui, beaucoup d’entrepreneurs se lancent sans aucune connaissance des outils, de l’état d’esprit, du savoir faire. En fait, en dehors de ceux qui sortent d’HEC et des grandes écoles, ils apprennent par itération, par l’échec ou la réussite. Et, ce n’est pas parce que c’est historique que cela doit être satisfaisant. En attendant que les universités soient prêtes pour créer des formations théoriques et opérationnelles, il existe un réel besoin sur le terrain de connaissances concrètes et efficaces.

Un point mis en avant : la notion de modèle.

Lorsque l’on encadre une équipe et qu’on lui demande de faire quelque chose et que nous même ne suivons pas les protocoles, il y a un problème, un arbitraire. De la même façon lorsque l’on n’est pas innovant soi-même et que l’on encadre des équipes innovantes, il y a pour moi une grave dichotomie.

Tout est une question d’énergie partagée. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon d’être mais des contextes justes ou non adaptés. On le constate aussi dans la vie d’une startup, les créateurs sont des créatifs et à un moment donné vers 3 ans d'opération, la structure a besoin de changer de rythme pour trouver sa vitesse de croisière. Et, là, nos créateurs, qui souvent ont perdu le contrôle de leur société par le jeu des multiples investissements, sont remerciés de leurs services s’ils n’ont pas les qualités de gestionnaires. C’est un état de fait, que l’on constate en faisant de l’encadrement de gestion de projet. Il y a les innovants et les ceux qui aiment gérer. Se connaître est aussi une clef essentielle de la réussite quand il est tant de vendre par exemple.

Si je fais un retour sur cette thèse, les incubateurs doivent tendre vers l’écosystème, la co-opération, la normalisation d’une formation théorique.

Je confirme, c’est aller vers l’avenir. Nous nous sommes dans la suite logique de notre ancien Lab. Toujours à la pointe de l’innovation, dans le partage et sur la vague. Nous ouvrons des chemins vers demain. Nos alumni sont formés au travail à distance, au travail collaboratif efficace sur des documents situés dans le cloud, selon des protocoles innovants comme pour la co-création, comme pour des assemblées en ligne de 20 personnes actives dans les discussions et dans le respect des autres…

Nous nous situons un peu plus en avance dans l’innovation, mais nous allons dans le même sens que tout le monde vers un monde disruptif pour lequel personne sur la planète ne sait comment il sera dans 5 ans. Faisons tous au mieux, entourons-nous de gens bienveillants qui vont faire grandir nos projets en toute intelligence collective. Si vous avez fait MOOC GdP ou que vous êtes prêts à rejoindre MOOC GdP pour comprendre qui nous sommes, vous serez les bienvenus avec vos projets ou vos compétences. On en reparle.

Source image : Pixabay Rawpixel

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