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Facebook, capital social et culture (Thèse)

Les usages de Facebook selon les valeurs culturelles : une comparaison Etats-Unis - France

Par Federica Minichiello , le 08 juillet 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 09 juillet 2018

Selon son dernier rapport d’activité, le réseau social Facebook fédère en moyenne 1,4 milliards d’utilisateurs actifs par jour et 2,13 milliards d’utilisateurs actifs par mois. Un quart de la population mondiale.

Indépendamment des interrogations légitimes autour de l’emprise de cette société et du patrimoine des données que ses utilisateurs lui confient quotidiennement, l’envergure de ce réseau est indiscutable.

La thèse récente «Les différences culturelles dans l’usage de Facebook entre les Etats-Unis et la France.» analyse l’impact des contextes culturels dans la composition et l’utilisation de Facebook par des étudiants.

La variable « culturelle » choisie est le pays : l’auteure fait une comparaison entre les Etats-Unis et la France, deux pays similaires en termes de cote de popularité du réseau social (plus de 70% d’inscrits chez les jeunes adultes) mais très différents dans certaines valeurs, comme l’individualisme et la relation aux autres.

Quelques définitions au préalable

Le capital social est défini comme

« les ressources acquises par une personne par son investissement dans les relations sociales »

Un individu accumule du capital social principalement pour deux raisons:  

  • pour atteindre des ressources auxquelles il n’accéderait pas par d’autres moyens;
  • pour se lier à d’autres, pour acquérir un soutien social ou émotionnel, des conseils etc.

Le premier relève notamment du partage d’information par les connexions distantes – par exemple,  les liens faibles ou distants seraient très fructueux pour la recherche d’emploi – ; le deuxième implique un investissement davantage personnel apporté par des personnes plus proches, dans un esprit de réciprocité.

La communication « masspersonnelle », à mi-chemin entre « personnel » et « de masse » est définie comme:

« une communication à caractère public dans le réseau d’une  personne qui renvoie à des contenus de type personnel, comme l’expression de sentiments, opinions, émotions, expériences etc.»


Comme le graphique ci-contre l’indique, Facebook se situe à plusieurs niveaux : la communication personnelle via les messages privés et instantanés, la masspersonnelle par la mise à jour du statut, la publication de photos et de commentaires publics etc.

Les résultats

L’auteure déroule son raisonnement par une série de quatre études (dans un ordre logique)

  1. La proximité du réseau : liens proches et distants
    Les étudiants français semblent moins enclins à inclure des liens distants dans leur réseau : si le nombre de liens proches est le même, les étudiants américains possèdent comparativement plus de liens distants.
     
  2.  La taille du réseau et le type de communication utilisé
    Les étudiants américains ont des réseaux nettement plus élargis que les français, quasiment le double des contacts. Plus on a des contacts, plus on utilise une communication masspersonnelle, quel que soit le pays d’appartenance.  L’influence « pays » joue vraiment son rôle sur la taille du réseau :  les sociétés diffèrent dans la nécessité d’acquérir et de maintenir un réseau étendu.
     
  3. La qualité des liens
    Un lien dormant est « un lien avec quelqu’un qui est rendu possible et maintenu par une plateforme numérique, mais avec qui on ne communique pas (ou plus) ». 40% des contacts Facebook seraient des liens dormants, ce qui montre qu’il existe une limite dans le nombre de personnes avec qui l’on peut maintenir un contact actif.
    Autre élément intéressant : ce pourcentage semble être totalement décorrélé de la taille du réseau.
     
  4. La dernière étude montre que Facebook faciliterait l’insertion dans les moments de transition plus délicats, comme par exemple l’entrée en université, pour les personnes plus en difficulté d’adaptation.
    Le réseau jouerait ainsi un rôle de « béquille sociale ».

La conclusion est que les utilisateurs adapteraient leurs usages à leurs valeurs, mais aussi à des normes d’usage qui se forment au sein de chaque contexte culturel ; les différences culturelles seraient finalement plus accentuées que dépassées, dans un effet de polarisation entre groupes, bien lointain de l’ouverture mondiale que ce réseau social semble promettre.

(Source des illustrations : thèse, Brown©)

Référence

Genavee Brown. Les différences culturelles dans l’usage de Facebook entre les Etats-Unis et la France. Psychologie. Université Rennes 2 (2018) https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01820623/document

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