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La propagation des fausses nouvelles, indicateur de l’abandon de la pensée rationnelle

Comprendre le phénomène des fausses nouvelles et éviter d'être un vecteur involontaire de leur propagation

Par Regis Vansnick , le 09 octobre 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 10 octobre 2018

Il est souvent question de fausses nouvelles depuis l'élection de Donald Trump aux États-Unis. Cet article propose d'analyser le phénomène des fausses nouvelles et aussi d'éviter d'être un vecteur involontaire de leur propagation.

Qu'est-ce qu'une fausse nouvelle ?

Une fausse nouvelle est une information volontairement erronée publiée sur un site Internet avec l'intention d'amuser ou d'induire en erreur les lecteurs. Nous pouvons classer les fausses nouvelles en deux catégories. Selon la catégorie, la propagation de fausses nouvelles peut-être plus ou moins néfaste.

Les sites parodiques

Les sites parodiques ont fleuri sur la toile avec un succès non démenti. Il arrive que des personnalités ou des organes de presse se basent sur ces sites parodiques pour faire des déclarations publiques ou publier de nouveaux articles. Cela amène donc à être très critique des sources secondaires qui ne citent pas les sources primaires, comme nous le verrons ci-dessous.

Les fausses nouvelles visant à manipuler l'opinion

L'élection de Donald Trump et le Brexit seraient dus à la propagation de fausses nouvelles. Les réseaux sociaux ont eux-mêmes reconnu l'utilisation de leurs plateformes par des sources proches de la Russie.

  • Du propre aveu de Facebook, près de 126 millions de personnes ont été exposées à du contenu lié à des comptes russes sur une période de deux ans.
  • Twitter a déclaré qu'ils ont dû fermer 201 comptes liés aux mêmes agents russes qui ont publié des milliers d'annonces politiques sur Facebook. Trois comptes du site de nouvelles RT et liés au Kremlin par Twitter ont dépensé 274 100 $ en publicité sur sa plate-forme en 2016.

La lutte contre les fausses nouvelles par les réseaux sociaux

Les polémiques qui ont suivi l'élection aux États-Unis ont contraint les plateformes comme Facebook à lutter contre les fausses nouvelles. L'efficacité des moyens mis en œuvre semble toutefois ne pas réussir à être efficace.

La lutte se base sur le fait que les utilisateurs peuvent signaler du contenu qu'ils ne jugent pas authentique. Ce contenu sera alors inclus dans un inventaire pour analyse.

Parallèlement, des campagnes d'information et de prévention sont mises en place. Quelsque soient les moyens mis en œuvre, le libre arbitre de chaque utilisateur reste la meilleure solution pour détecter les fausses nouvelles.

L'émotion, le stimulant des fausses nouvelles

La nouveauté et les réactions émotionnelles des internautes sont les principaux vecteurs de propagations des fausses nouvelles selon Soroush Vosoughi, Deb Roy, et Sinan Aral du MIT qui ont publié en 2017 une étude intitulée "La diffusion des vraies et fausses information en ligne". Ils ont eu en accès à un ensemble de données sur sur Twitter de 2006 à 2017. Les données comprennent 126 000 rumeurs diffusées par, approximativement, trois millions de personnes. Ils ont dénombré 4,5 millions de Tweets.

Pour déterminer quelles nouvelles étaient fausses et lesquelles étaient vraies, les chercheurs ont fait appel à six organismes indépendants. Voici les différents constats :

  1. Si l'on tient compte de nombreux facteurs, les fausses nouvelles étaient 70 % plus susceptibles d'être retweetées que la vérité.
     
  2. Les fausses nouvelles ont touché plus de gens que la vérité. Leur diffusion a été plus rapide, plus profonde et plus large et ce pour toutes les catégories d'information.
     
  3. Les fausses nouvelles politiques sont celles qui ont eu les effets les plus importants par rapport aux fausses nouvelles sur le terrorisme, les catastrophes naturelles, la science, les légendes urbaines ou les informations financières.
     
  4. Un effet nouveauté a aussi été constaté : il y a plus de fausses nouvelles récentes que de vraies. Cela donne à penser que les gens étaient plus enclins à partager des renseignements nouveaux.
     
  5. Alors que les fausses nouvelles inspirent la peur, le dégoût et la surprise, les histoires vraies inspirent plus la tristesse, la joie et la confiance.
     
  6. Fait important, contrairement à la croyance populaire, les robots ont accéléré la propagation des nouvelles vraies et fausses au même rythme. Leur rôle est donc neutre, ce qui implique que les fausses nouvelles se propagent plus que la vérité à cause des humains.

Il apparait donc que c'est le manque de rationalité des internautes qui génère la propagation de fausses nouvelles. Sur les réseaux sociaux, les utilisateurs sont dans la course à la rapidité, au paraître et sont aussi en proie à leurs propres émotions.

La critique des sources

Une approche rationnelle serait de prendre le temps de l'analyse avant le partage. Le point essentiel avant de partager un contenu sur les réseaux sociaux est d'avoir un regard critique sur la source. Les sources sont généralement divisées en deux catégories : les sources primaires et les sources secondaires.

Déterminer le type de sources, le niveau de crédibilité et de fiabilité de ces sources est essentiel.

Les sources primaires sont celles produites par un participant ou un observateur lors d'un événement. Les sources primaires comprennent :

  • les lettres,
  • les journaux intimes,
  • les notes de service,
  • les journaux,
  • les mémoires, les photographies,
  • les vidéos.

Les sources secondaires sont produites lorsqu'un auteur utilise des sources primaires pour écrire sur un sujet.

Comment évaluer une source

Pour évaluer les sources primaires, vous pouvez appliquer la règle des 5 Ws et 1 H (en anglais Who, When, Why, What, Where et How). Posez-vous les questions commençants par les mots interrogatifs afin qu'elles agissent comme filtre : Qui, Quand, Pourquoi, Quel ou quoi, Où, Comment.

Répondre aux questions suivantes permet de reconnaître une source fiable ou à contrario de douter de sa légitimité.

Qui a écrit le texte ?

L'auteur est-il connu ? Le texte a-t-il été posté anonymement ? Si l'auteur est un scientifique réputé maitrisant le sujet, c'est un gage de légitimité. A contrario, si la source est anonyme ou si l'auteur est inconnu, il faudra être doublement attentif à la validité du texte.

Quand le texte a-t-il été écrit ?

Régulièrement de vieux articles sont repartagés sur les réseaux sociaux. Des personnes repartagent sans regarder la date et se font prendre par leur crédulité.

Pourquoi l'auteur aurait-il pu écrire le texte ?

Dans quelle mesure l'auteur a-t-il un intérêt à écrire le texte ou subit-il une influence ? Les exemples de personnalités politiques d'extrême droite qui partagent des contenus tendancieux sont nombreux. Soyez aussi attentif au fait que des personnes, même scientifiques reconnus, peuvent avoir un intérêt à écrire certaines vérités plutôt que d'autres à cause d'intérêts personnels.

Quelles sont les sources primaires ?

Si le texte fait mention de sources primaires, lisez les notes en bas de page ou les liens hypertextes ! Lorsque vous tombez sur un passage particulièrement intéressant ou controversé, regardez ce qui est cité:

  • Ont-elles été utilisés efficacement ?
  • Ces sources sont-elles crédibles ou fiables ?
  • Comment l'utilisation des sources influence-t-elle les types d'arguments avancés ?
  • Quelles autres sources auraient pu être utilisées ?

Quelle partie du texte peut être sujette à caution ?

Une technique manipulatoire est d'inclure des éléments faux parmi un argumentaire étayé par de nombreuses sources primaires tout à fait légitime. Le lecteur sera porter à croire l'entièreté du texte y compris les passages fallacieux.

Quelle est la thèse de l'auteur ? Quelle est la stratégie de l'auteur pour atteindre un objectif particulier ?

L'auteur peut rédiger un texte purement informatif ou un texte visant à démontrer une thèse. Dans ce dernier cas, comment s'y prend-il pour convaincre le lecteur ?

Où le texte a-t-il été posté ?

L'auteur a-t-il écrit sur un blog personnel, sur un site à contenus de plusieurs auteurs ou encore sur le site d'une université. Il est évident que de ces trois plateformes, la troisième est celle qui donne le plus de légitimité à la source.

Comment le texte diffère-t-il d'autres sources reconnues ?

Quelles sont les similitudes majeures ? Quelles sont les différences majeures qui s'y manifestent ?

La sagesse de l'expérience

Le dicton dit qu'il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Avant de partager ou de repartager un contenu sur les réseaux sociaux la prudence est de mise. Ce n'est pas un geste toujours anodin !    

Sources :

https://apps.carleton.edu/

https://www.wsj.com/articles/

https://www.washingtonpost.com/business/economy/

https://www.media.mit.edu/

http://ide.mit.edu/

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