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La philosophie rationnelle est morte, vive le bonheur en classe !

D'Aristote à la Génération Alpha, trois-mille ans pour redécouvrir les vertus du bonheur

Par Virginie Guignard Legros , le 09 octobre 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 10 octobre 2018

Le bonheur rationnel de ces derniers siècles est souvent opposé à la notion d’efforts, de contraintes, de sérieux.

Le bonheur est une notion alors compliquée et ambiguë.  Pas de bonheur sans travail, sans argent, opposé à l’argent et le travail ne mène pas au bonheur. Le bonheur est lié alors au laxisme, à la paresse. C’est un leitmotiv que l’on retrouve à la maison, au travail mais aussi à l’école.

“Dans sa dimension morale, la voie rationnelle se heurte à un défi. Celui de l'ambiguïté des moyens mis en oeuvre pour atteindre le bonheur. En utilisant les vertus morales pour devenir vertueux ou sage et par voie de conséquence arriver au bonheur, l'homme qui doit emprunter cette voie se heurte souvent à des problèmes liés aux contingences de la vie terrestre”.

Source : La rationalité comme fondement du bonheur par Pasteur MUGISHO - 2016  - https://www.memoireonline.com

"il n’est pas question de remettre en cause l’engagement et la bonne volonté des enseignants, mais plutôt d’interroger un système scolaire français hérité des écoles jésuitiques et qui se résume souvent à l’injonction : marche ou crève. Or, "ce n’est pas parce qu’on n’est pas motivé qu’on ne réussit pas : c’est parce qu’on n’a jamais réussi – ou si peu – qu’on n’est pas motivé", dit Meirieu avec justesse…

Mais rattraper les éléments démobilisés en rendant ses cours plus attrayants, en laissant davantage d’espace au ludique et aux productions personnelles, est moins encouragé que de déclarer qu’ils "ne foutent rien" - surtout quand on est soumis à l’impératif terrible de "boucler le programme" de l’année. Et c’est ainsi qu’une école française à deux vitesses s’installe, dès la maternelle...

Source : Le bonheur, ce grand tabou de l’école française par Arnaud Gonzague - 2014 - https://www.nouvelobs.com

Dans le monde d’hier, qui est là encore aujourd’hui chez les anciens mais qui lui n'est plus chez les jeunes, il fallait souffrir pour atteindre le bonheur. Et, encore, le bonheur n’étant pas sérieux, seule vertu qui trouvait grâce aux yeux de certains. C’est une philosophie de vie qui a formaté bien des civilisations depuis plus de deux-mille ans, jusque, ou, à travers, aussi les religions.

« Il prendra la vertu pour guide de sa conduite et sa vie sera toujours heureuse ».

Aristote, philosophe grec du 4ème siècle avant JC

“Choisir la vertu comme guide, c'est vivre avec tempérance, courage et sagesse même quand on est dépourvu des biens extérieurs comme la fortune, la justice ou même quand on n'est pas en bonne santé physique. Au contraire, le vulgaire, lui, se satisfaisant de la jouissance éphémère et des fortunes qui ne sont pas fruit de l'agir vrai, se perd dans cette multiplicité ; il se dissipe et devient incapable de participer à la vision et à la communion spirituelle avec Dieu”.

CF : La rationalité comme fondement du bonheur par Pasteur MUGISHO

Aujourd’hui nous sommes face à une rupture de paradigme sociale et technologique et nos croyances et valeurs sont bouleversées face à des faits.

La blockchain et la décentralisation

"...la Blockchain apporte un tel changement de paradigme qu’elle nécessite de repenser la société dans son ensemble, au-delà des organisations qui la composent.  Pour Francesca, « la technologie n’est pas applicable pour l’économie collaborative pour le moment, mais elle peut être envisagée pour remplacer les structures juridiques, au travers des plateformes collaboratives, « ubérisant Uber ». Car le problème aujourd’hui, c’est que le collaboratif est une couche que l’on ajoute sur une plateforme traditionnelle qui capte la valeur d’une communauté. La technologie va aider à redistribuer la valeur, mais la gouvernance doit également être modifiée. »"

Décentralisation du travail et blockchain par Alexandre Stachtchenko - 2016 - https://blockchainfrance.net/

“...les technologies de décentralisation affectent l'Internet tel que nous le connaissons aujourd'hui, et comment elles peuvent impacter notre société dans le futur. Comment les grandes corporations se préparent à l'adoption de ces technologies à travers différents secteurs ? Comment les startups et les entrepreneurs utilisent ces technologies pour être compétitifs, tout en protégeant les droits de leurs utilisateurs ?”

Blockchain au #MWC18 - La décentralisation est en marche - 2018 - https://bitconseil.fr

Quel rapport me direz-vous avec entre la technologie Blockchain émergente, les changements de société et le bonheur ? La réponse se trouve dans la deuxième règle du bonheur qui suit celle de la vertu.

“Ensuite, la deuxième règle du bonheur consiste à fournir un certain effort de décentration. Effort qui consiste à réagir contre tout égoïsme qui renferme sur soi et pousse à réduire les autres à la domination. C'est la lutte constante contre cet amour mauvais et stérile, (cherchant à posséder l'autre au lieu de se donner), qui permettra une bonne décentration. C'est donc un grand effort à fournir pour sortir de soi, s'unir à la communauté des semblables et des opposés, pour un surcroît du bonheur du "vivre-ensemble".”

CF : La rationalité comme fondement du bonheur

La deuxième règle du bonheur suit les même principes que ceux de la Blockchain et de la mutation sociétale qui l’accompagne. D’un côté, décentration, de l’autre décentralisation, de l’autre le droit d’être un individu collaboratif et non plus dominé. Ce n'est un phénomène ni facile ni simple. Les premières à tomber sont les structures de management et les dernières sans doute celles de gouvernance.

Les structures hiérarchiques se transforment en structures collaboratives, voir co-créative. Nous sommes face à un changement radical de société et de l’homme qui va remplacer son bonheur individuel par un bonheur sociétal, un bonheur au travail et bientôt par un bonheur à l’école, car tout est interlié. C’est le management de l’école qui modélise les managers de demain. Et, si la rupture de paradigme force la logique de gouvernance à l’envers, l’école va devoir aller elle aussi vers la notion de bien-être et de bonheur.

Les nouvelles Générations dont les Z…

”les jeunes veulent du bonheur, et ils le veulent tout de suite. "L’entreprise n’est plus considérée comme une «mère nourricière» à laquelle on s’attacherait sur le long terme, mais un point de passage, où prédomine la relation donnant-donnant. Le jeune salarié apporte ses compétences, l’entreprise lui permet de vivre (et d’acquérir) une expérience. Le bien-être au travail est un élément essentiel de la transaction. Pas question d’attendre la retraite pour être heureux ! Les ‘Z’ veulent prendre du plaisir au travail".

Source : Instantanéité, collaboration, bonheur, 5 clés pour comprendre la génération Z - 2018 - https://www.airofmelty.fr

Revenons aux Papyboomers dont le rêve était de dépenser de l’argent et de se réaliser dans le matériel. Nés après les restrictions de la guerre, ils ont été nourris à cette philosophie. C’était de parfaits travailleurs classiques qui ont passé leur vie dans la même entreprise. Plus tard, il y a eu leurs enfants, toujours dans le matérialisme, mais avec la disparition des cadres familiaux, des architectures stables du travail. Ils ont eu ou auront plusieurs travails et ils n‘ont pas cadré leurs enfants.

Ce sont les post-1968. Woodstock était passé par là, si ce n’est beaucoup, au moins un petit peu. C’est l’époque de la méthode Globale qui apparaît en classe. Tous les enfants sont alors parfaits et égaux. Ils ont tous les mêmes capacités et on va les pousser tous jusqu’au bac.

Et, un jour apparaît la génération Y, bizarres, pas comme les autres, décalés. Ils restent à la maison devant leurs jeux vidéo et ne se voient aucun avenir dans ce monde.

Et, arrivent dans la foulée les Z. Alors ceux-ci savent qu’ils ne veulent pas la vie de leurs parents. L’école les a formé à savoir ce qu’ils ne veulent pas et cet état de fait révolutionne le rapport employés/entreprises. Les responsables de ressources humaines en ont peur, car comment faire pour pérenniser les entreprises si les nouveaux arrivés ne peuvent pas travailler avec les anciens ? Et, le bonheur ? Qu’est-ce que cela a à voir avec le contrat de travail ?

Les neurosciences et le bonheur

“Si la joie prolonge la vie, comme le disait Ben Sira, on peut aujourd’hui affirmer qu’elle prolonge aussi la durée des apprentissages. Les neurosciences sont désormais en mesure d’établir le rôle prédominant du plaisir dans les apprentissages durables (Educational Leadership : The Neuroscience of Joyful Education). Plusieurs aspects de nature pédagogique trouvent appui sur les neurosciences, dont la nouveauté, la réduction du stress, le jeu et la pertinence. Ces caractéristiques agissent sur la mémoire et les processus cognitifs supérieurs”.

Les neurosciences et la joie d'apprendre - 2007 - http://www.francoisguite.com

Aujourd’hui, plus de 10 ans après c’est clair : bonheur = efficacité, meilleure mémoire, meilleures intégrations dans la classe… La science l’a démontré, maintenant, c’est aux hommes à prendre ce bel outil et à en user de belle façon. Que dit la philosophie à ce sujet ?

"La troisième règle, enfin, est la subordination de la vie individuelle à une vie plus grande. Cette règle est, selon Teilhard, un effort de surcentration qui consiste à transporter l'intérêt final de l'existence humaine individuelle dans la marche et le succès du monde plus grand (c'est-à-dire dans la tendance vers le Transcendant). Cette règle boucle le mouvement ascensionnel de la vie et dans leur ensemble, ces trois règles font participer l'homme aux trois degrés superposés du bonheur parfait, entre autre le bonheur de grandir (être soi-même), le bonheur d'aimer (s'ouvrir à l'autre) et le bonheur d'adorer (se dépasser pour un bien plus grand, universel et infini). Cfr. Pierre Teilhard de Chardin, Réflexions sur le bonheur. Inédits et témoignages, Seuil, Paris, 1960, pp.66-70".

Pierre Teilhard de Chardin en parlait aussi au 19ème siècle. La Génération Z en fait une règle de vie par opposition à leurs parents. Le Bonheur est un sujet pensé et repensé depuis des milliers d’années, perturbé dans son sens premier par des courants historiques, philosophiques ou religieux pour ressurgir de façon prégnante avec cette rupture de paradigme que nous vivons depuis une petite décennie.

La Génération Alpha

Elle suit les les Y et Z de près. elle n’est pas encore au travail. Elle est sur les bancs d’école. Ce sont les enfants dits de “glace”, car éduqués avec les écrans.

“La génération alpha est une rupture avec… le lycée napoléonien. L'anthropocène est révolu. Le savoir est un acquis, place à la création, à l'imagination, à l'intuition. La génération alpha est le début d'un temps nouveau”.

Source : La génération alpha est déjà là ! par Philippe Cahen - 2014 - https://www.latribune.fr

La rationalité est lié à la gestion du savoir. Le “Je pense, donc de suis” de Descartes sont révolus. L’ordinateur va penser pour eux le rationnel et c’est dans la sensibilité et l’humanisme qu’ils vont devoir s’épanouir et être au top. Et, comme les neurosciences le disent : pas de bien-être, pas de bonheur et donc pas de performances créatives.

Un exemple précurseur à méditer : L’école Riverbend de Chennai

“...en 2020, en Inde, une école donnera la priorité au bien-être par rapport aux résultats de ses internes. Elle leur fournira également des espaces de vie et d’apprentissages spécifiques.

Conçue par des architectes américains du cabinet Kurani, l’école Riverbend sera établie dans la périphérie de la ville de Chennai, en Inde. Elle ressemblera davantage à un petit village qu’à un amas de salles de classe traditionnel. Les fondateurs de cette école sont des entrepreneurs qui pensent que les emplois de demain n’ont pas encore été inventés. Une idée qui n’est pas reconnue par le système éducatif actuel, qui se fonde toujours sur l’apprentissage « par cœur ».

De plus en plus de personnes commencent à s’interroger sur l’apprentissage conventionnel : et s’il était fait au détriment d’autres connaissances et compétences ? Ainsi, l’école privilégiera les arts, le bien-être environnemental, l’agriculture et la vie en communauté qui sont autant de notions essentielles au bien-être holistique (le principe fondamental de ce nouveau programme)”.

Une nouvelle école privilégie le bonheur dans le programme des élèves par Axel - 2018 - https://www.innovant.fr

Le bonheur va-t-il faire partie du programe scolaire des générations futures ?

Source image: Pixabay pcdazero

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