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Projet Aslan : la 3D au secours de la langue des signes

Quand la 3D rencontre la langue des signes

Par Sandrine Benard , le 22 octobre 2018

Vous avez certainement déjà vécu une expérience de cinéma en 3 dimensions (son, image et relief), voire en 4D (avec les mouvements, la températire et les odeurs). Cependant, aujourd’hui ce n’est pas de cinéma 3D dont nous allons parler, mais plutôt de sa petite sœur, apparue au début des années 2000, mais davantage étendue au domaine du grand public il y a quelques années seulement, début 2010 : l’impression 3D.

Cette impression 3D -ou tridimensionnelle-permet de réaliser un objet réel : un concepteur dessine l'objet 3D grâce à un outil de conception assistée par ordinateur (CAO). Le fichier 3D obtenu est traité puis organisé pour être découpé en tranches de différentes couches, empilées les unes sur les autres, nécessaires à la réalisation de la pièce, puis envoyé vers une imprimante 3D qui créera l’objet.

Mais quel rapport avec notre domaine des langues, me direz-vous ? Peut-on faire quelque chose de l’impression 3D dans ce sujet ? Oui ! Découvrez le projet Aslan, ou quand l’impression 3D vient au secours des personnes malentendantes…

Le Projet Aslan

Si vous êtes fan de C.S. Lewis et du Monde de Narnia, je vous informe tout de suite qu’il n’est pas question du Dieu-lion Aslan ici ! Non, cet ASLAN dont nous allons parler est l’acronyme de Antwerp’s Sign Language Actuating Node (en français : nœud d’activation de la langue des signes d’Anvers).

Cette histoire commence dans une ville médiévale belge, plus précisément à l’Université d’Anvers, où trois ingénieurs, Guy Fierens, Stijn Huys et Jasper Slaets, décident de créer un robot apte à traduire le discours en langue des signes. Sa particularité ? Il est entièrement imprimé en 3D !

Pourquoi un tel projet ? Simplement car en Belgique, le manque de traducteurs en langue des signes est flagrant; d’autant plus que dans ce pays, l’interprétation doit être bilingue : en français et en flamand. De plus, afin d’être accessible au grand public et donc, permettre un large accès à cet outil bien pratique, il fallait penser à un coût minimum.

L’impression 3D

Devant un tel constat, les trois chercheurs ont donc mis au point un bras robotisé, entièrement imprimé sur une imprimante 3D de bureau, avec des composants de haute précision, mais pour un prix abordable.

Environ 25 parties en plastique ont été ainsi imprimées, dont les servomoteurs, les contrôleurs de moteur et même un Arduino Due (sans entrer dans les explications complexes, on retiendra que cette carte électronique met en œuvre le langage électronique et est un excellent support pour tout ce qui touche au prototypage et à l'expérimentation) ont donc été « imprimées » pendant 139 heures, puis assemblées en 10 heures.

Comment ça fonctionne ?

Le projet Aslan a été pensé pour pouvoir traduire en langue des signes du texte ou des paroles. Concrètement, le bras imprimé en 3D est relié à un ordinateur, lui-même connecté à un réseau. L’utilisateur, connecté au réseau local, écrit un texte dans un logiciel spécifique, qui est alors transféré au bras Aslan, qui le traduit en s’agitant et en articulant les doigts dans la langue des signes. Dans le projet en cours, le système alphabétique appelé fingerpelling (épellation digitale ou dactylangage) est utilisé : chaque geste distinct correspond à une lettre individuelle.

Quel avenir pour Aslan ?

Bien évidemment, même si le robot aide énormément, il pourra difficilement remplacer à 100% l’être humain. Le Projet Aslan, quoique résolument technologique, ne pourra jamais compenser l’aspect émotionnel et sensible de l’homme, du moins… jusqu’à ce jour !. N’oublions pas que le langage des signes passe non seulement par la gestuelle des mains et des doigts, mais aussi par les postures du corps et les expressions faciales.

Or, si Aslan n’est en ce moment douté que d’un bras, ses chercheurs pensent sérieusement à le doter d’un deuxième bras, mais aussi d’un visage expressif, comblant alors les lacunes physiques qui lui manquaient. Pour faire cela, l’équipe de l’université d’Anvers se sert d’une webcam afin de détecter les expressions faciales et de les apprendre au robot, de même que les nouveaux gestes, enseignés quant à eux par le biais d’un gant électronique.

Le bras manquant

On peut dire que le projet Aslan pourra, à long terme, offrir une solution fiable et efficace aux sourds et malentendants en leur permettant, dans des situations où des traducteurs ne sont pas disponibles, d’avoir malgré tout accès à des traductions compréhensibles.

Certes, pour l’instant il ne s’agit que d’un bras et donc, on ne peut parler d’efficacité à 100%, la langue des signes étant bien plus nuancée par une multitude de gestes corporels et faciaux, mais le développement futur du projet laisse entrevoir de beaux espoirs. La machine remplacera-t-elle un jour l’homme ?

Dans plusieurs autres cas, nous avons pu répondre par l’affirmative à cette question, peut-être donc qu’Aslan sera le « chaînon manquant » entre le robot et l’homme…

 

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