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# 3D - Seconde partie : Nouvelles compétences émergentes et éducation

Vous avez dit 4D ?

Par Virginie Guignard Legros , le 22 octobre 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 23 octobre 2018

Aujourd’hui avec de nouvelles technologies innovantes, de nouveaux modèles techniques et sociaux se mettent en place.

Le tout demande de nouvelles compétences en grande partie situées dans la digitalisation : le code informatique (Blockchain, Intelligence Artificielle, IOT (objets connectés), la maintenance informatique (cybersécurité, GDPR (General Data Protection Regulation), data center, installations physique…), la CAO (Conception assistée par ordinateur), l’impression 3D (iée à la CAO), la robotique et dans d’autres domaines encore.

Ces compétences-ci sont de l’ordre de la conception, du développement et de la surveillance. On est loin de l’artisanat, voire de l’industrie d’hier. Les domaines en développement sont pointus et demandent des compétences nouvelles qui étaient complétement inconnues hier.

 

“Renforcement des connaissances et de l’intensité de la formation

Ces dernières années, le nombre des emplois impliquant des compétences cognitives et des connaissances techniques dans le domaine des services à la clientèle s’est significativement accru. Cela reflète la tendance vers une économie davantage axée sur les services observée en Suisse. Parallèlement, le niveau de formation des salariés et leur aptitude à résoudre des problèmes complexes jouent un rôle de plus en plus important.”

 Quelles sont les compétences essentielles nécessaires à l’ère numérique? - Deloitte
https://www2.deloitte.com/ch/fr/pages/innovation/articles/competencies-in-the-digital-age.html

 

“La créativité, l’intelligence sociale et les connaissances en TIC sont des compétences d’avenir

La créativité et l’intelligence sociale seront tout particulièrement des compétences d’avenir. Elles seront indispensables pour exercer la majeure partie des emplois qui seront créés d’ici 2030. Elles constituent également un rempart contre l’automatisation, les êtres humains conservant un sérieux avantage sur les machines dans ces domaines. A l’avenir, les profils disposant de compétences exceptionnelles en mathématiques ou techniques dans le domaine des TIC seront également de plus en plus recherchés. Les perspectives d’emploi de ces personnes et leur capacité à faire face à l'automatisation seront encore plus importantes si elles peuvent en plus se targuer de créativité et/ou d’une intelligence sociale.”

CF : Quelles sont les compétences essentielles nécessaires à l’ère numérique?
 

Comment évaluer les champs de ces compétences du futur ?

Hier, on faisait appel aux partenaires sociaux, et en particulier aux chambres de commerces locales ou nationales pour évaluer combien de travailleurs, combien de spécialisations devaient être anticipés par les éducations nationales de chaque pays.

“Les partenaires sociaux peuvent aussi avoir un grand rôle s’ils sont bien organisés. C’est important d’avoir un dialogue entre professionnels afin d’établir les qualifications nécessaires pour définir les formations”.

Malgorzata Kuczera, Manager de Projet des études sur les apprentissages, OCDE
3 ième congrès international de la formation professionnelle 2018

 

Par les sociétés et startups innovantes ?

Aujourd’hui, ce protocole est rompu. Pourquoi ? Une des raisons principales est la non structuration des entreprises innovantes nouvelles au sein de ces mêmes chambres de commerce. Ils sont jeunes, indépendants. Ils veulent réinventer le monde. Ils s’allient quelque fois en club, mais rarement en réseaux locaux, en mouvements nationaux ou internationaux. La majorité sont des startups qui surnagent et qui n’ont pas le temps d’aller palabrer avec leur confrères dans des organisations de branches. Ils sont plus en contact avec leur communauté d’intérêt, qui elle est non structurées. Et ils se rencontrent sur des événements de branches d’activités spécifiques comme l’AI et la Blockchain par exemple. Ils se volent les meilleurs spécialistes. Ils sont dans l’immédiat et ne pense pas à anticiper leurs besoins dans 3, 5, 10 ans.

Résultat, personne ne sait sur quoi baser les programmes pédagogiques de demain.

“Nous ne connaissons pas l’avenir dans 5 ans”.

  Janina Kugel, Cheffe des ressources humaines et membre du conseil d'administration de Siemens AG, Allemagne -
3 ième congrès international de la formation professionnelle 2018

 

Comment faire pour être juste dans la programmation des formations du futur ?

C’est un casse-tête ou un coup de poker, puisque l’information n’est plus collectée par les canaux traditionnels. Il faut ré-inventer le modèle. Et, il n’est pas encore inventé. Les organisations locales ou étatiques ont quelques pistes de comment faire comme celui du Modèle suisse d’apprentissage, mais, le contenu des formations à dispenser en dehors des savoirs comportementaux (soft skills) reste mystérieux. 

"C’est difficile de comparer des pays, de comparer des systèmes, il faut savoir ce que l’on compare. Il y a la Suisse qui implique très bien le secteur professionnel. Dans d’autres pays, c’est plus compliqué car le monde de l’école est déconnecté du monde professionnel.

De ce fait, ce n’est pas facile de dupliquer un modèle dans un pays pour le mettre en place dans un autre.

Les partenaires sociaux peuvent aussi avoir un grand rôle s’ils sont bien organisés. C’est important d’avoir un dialogue entre professionnels afin d’établir les qualifications nécessaires pour définir les formations”.

CF : Malgorzata Kuczera, Manager de Projet des études sur les apprentissages, OCDE

“La technologie a rendu les connaissances plus largement disponibles - par conséquent, en transmettant des connaissances par le biais de conférences, demande plus de compétences - la capacité de faire des choses en travaillant aux côtés des ordinateurs - augmente et devient plus recherchée.

Les compétences critiques - ce que beaucoup appellent les compétences du XXIe siècle - deviennent essentielles à l'éducation, tout comme les compétences en calcul et en littératie.

Parce que dans un monde globalisé, les frontières nationales sont maintenant plus poreuses que jamais, nos jeunes seront poussés dans un environnement de travail mondial à partir du mot «Go (vas-y)», et ils doivent avoir les compétences non-techniques essentielles pour survivre”.

On Ye Kung, Ministre de l’éducation, République de Singapour
3 ième congrès international de la formation professionnelle 2018

“J’aimerais aussi en apprendre plus concernant l’action politique qui pourrait être menée dans mon pays afin que l’offre d’apprentissages reconnus par notre système d’éducation s’étoffe”.

Swiss Info de Kathryn P. Castellos, directrice de l’apprentissage, North Carolina Community Colleges
3 ième congrès international de la formation professionnelle 2018

 

Comment inciter les jeunes et moins jeunes à se former aux nouveaux métiers…

...quand ils se focalisent sur des métiers classiques ou fantasmés ? Quand il n’y a pas assez d’enseignants pour proposer des formations innovantes ?

“Une concentration des difficultés dans certaines spécialités Les spécialités tertiaires, dont les effectifs sont les plus importants, sont celles qui présentent les plus mauvais taux d’insertion sur le marché du travail (environ 30 % de chômage, trois ans après le diplôme). Les jeunes en emploi issus de ces spécialités n’exercent pas majoritairement, soit dans le champ d’activité pour lequel ils ont été formés, soit au niveau de qualification attendu.

C’est notamment le cas en « Commerce et Vente », «Services à la personne », et pour le baccalauréat professionnel «Gestion-Administration » qui a succédé aux anciennes spécialités «ComptabilitéGestion » et « Secrétariat-Bureautique ». Ces spécialités accueillent, en outre, un public spécifique, où sont surreprésentés les filles, les enfants issus de catégories sociales défavorisées et de l’immigration. Par ailleurs, le coût unitaire par lycéen est largement plus faible que dans les filières industrielles.  Une forte pénurie d’enseignants formés Les enseignements professionnels manquent cruellement d’enseignants formés dans ces domaines.

Depuis la « mastérisation », le nombre de candidats aux concours de professeur de lycée professionnel a été divisé par deux. En 2015, dans les disciplines professionnelles, seuls 72 % des postes enseignants ouverts à candidature ont été pourvus (moins que les disciplines scientifiques).”

Préconisations du CENESCO - 2016 -
http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2016/09/Preconisations_EP.pdf

Les modèles, l’information auprès des jeunes est à revoir, ainsi que la motivation des professeurs à se former et en plus dans les terres inconnues de l'innovation.

 

Difficle de passer d’une société de modèles,...

...de cadres où les jeunes rêvent d’être des stars, des licornes, des startups concurrentielles à une société innovante et créative sans modèle prédéfini. C’est compliqué pour des cadres dirigeants de l'éducation qui ont été formés à gérer la masse des étudiants de façon classique avec un timing de 3 ans pour mettre en place une formation de devenir agiles et co-créatifs pour répondre aux nouvelles demandes et au nouveau modèle d’entreprise.

“Depuis l’émergence d’un mouvement mondial qui nécessite un nouveau modèle d’apprentissage pour le XXIe siècle, on fait valoir que l’éducation formelle doit être modifiée afin de permettre l’apparition de nouveaux modes d’apprentissage indispensables pour relever les défis mondiaux complexes…

...Cependant, la question de savoir comment enseigner au mieux ces compétences est largement négligée. Les experts reconnaissent que le modèle de « transmission » – celui du cours magistral – est tout à fait inefficace pour transmettre les compétences et aptitudes du XXIe siècle, et pourtant, ce modèle continue d’être largement utilisé. Bien qu’on s’accorde dans le monde entier à penser que les apprenants ont besoin de compétences telles que la pensée critique et l’aptitude à communiquer efficacement, à innover et à résoudre les problèmes par la négociation et la collaboration, la pédagogie s’est rarement adaptée pour faire face à ces défis. Repenser la pédagogie pour le XXIe siècle est aussi fondamental que d’identifier de nouvelles aptitudes que les apprenants d’aujourd’hui doivent acquérir.”  

Les apprentissages de demain 3 : Quel type de pédagogie pour le XXIème siècle ? - UNESDOC - 2015 http://unesdoc.unesco.org/images/0024/002431/243126F.pdf

 

C’est le futur imminent qui veut cela.

Tout est à revoir, le contenu, le contenant et les encadrants. Tout est incertain, tout peut émerger en 6 mois et qui sait disparaître dans 3 ans au profit d’une nouvelle technologie innovante plus dominante.

Et, les étudiants et les professionnels et les enseignants dans tout cela ? Est-ce qu’ils sont cognitivement capable de suivre ces petits génies, ces geeks hors cadre dans leurs développements créatifs ? Il est clair que certaines régions du monde sont peut-être déjà hors courses. Les pays totalitaires qui demandent à ce que leur population obéissent à l’ordre et rentrent uniquement dans les cadres vont avoir quelques soucis avec les formations créatives par exemple.

Un autre cas : certains pays sont en retard par rapport au numérique par exemple et d’ici à 10 ans, ils ne feront plus le poids face à des pays où les enfants sont formés à la CAO et à l’impression 3D depuis l’école primaire. Les connexions spécifiques du cerveau se font entre 7 et 18 ans. Que dire alors de nos professionnels en mutation qui ont plus de 18 ans. Les enfants immergés dans les technologies auront toujours une vie d’avance sur eux. La guerre économique va passer essentiellement par les politiques de formation, qui vont préparer des travailleurs adaptés ou non aux nouveaux mondes qui s’ouvrent devant nous.

Quels sont les avant gardistes de l’éducation de demain ?  L'exemple de la Chine.

2014

“En octobre 2013, le ministre britannique de l’Éducation annonçait l’ajout de l’impression 3D aux programmes scolaires, avec l’idée de sensibiliser les plus jeunes aux outils de fabrication. Depuis la rentrée 2014, des dizaines d’écoles en Angleterre se sont ainsi équipées et forment dorénavant leurs élèves aux imprimantes 3D. Une nouvelle initiative, en Chine cette fois, va encore plus loin en proposant la première école exclusivement dédiée à l’impression 3D.

Le Baiyun Winbo 3D Printing Technology College a vu le jour dans la ville de Canton, au sud de la Chine, offrant une formation spécialisée aux personnes désireuses de travailler dans cette industrie en plein essor. L’école proposera 3 cycles distincts dont un dédié à la formation de professeurs, un pour les étudiants en premier cycle et enfin un parcours plus avancé dédié à la Recherche et Développement. Et c’est la société Winbo, un fabricant d’imprimantes 3D déjà reconnu en Chine qui est à l’origine du projet. « Chaque école sera obligé d’intégrer l’impression 3D pour préparer la prochaine génération aux carrières de demain »  explique Suki Xie, Sales Manager chez Winbo”.

Une première école de l’impression 3D voit le jour en Chine - 2014 -
https://www.3dnatives.com

2015

“Certains estiment qu’une nouvelle technologie est réellement démocratisée quand elle est présente dans les écoles depuis une génération. Si vous avez été au collège dans les années 1990-2000, vous avez sans doute suivi des cours d’informatique et, selon toute logique, il vous semblerait impensable de vous passer d’un ordinateur aujourd’hui. Une perspective qui sera encore moins envisageable pour vos enfants. Selon cette même méthode, la Chine souhaiterait généraliser l’usage de l’imprimante 3D en l’implantant dans ses 400 000 écoles primaires d’ici 2016… Mais selon l’auteur de l’article, le seul obstacle qui pourrait freiner la Chine serait la capacité de production des fabricants d’imprimantes 3D.“

 La Chine s’apprêterait à installer des imprimantes 3D dans ses 400 000 écoles primaires - 2015 -
https://8e-etage.fr

“Winsun : Cette société chinoise est déjà connue pour avoir conçue 10 maisons en 24 heures, à l'aide d'une imprimante 3D exclusive qui utilise un mélange de matériaux de construction et de déchets industriels, tels que le verre et les résidus, autour d'une base de ciment à séchage rapide mélangé avec un agent spécial de durcissement. Si tout cela est déjà très impressionnant, la cerise sur le gâteau est le coût : les maisons peuvent être produites pour moins de 5000 €.

Non content de la construction de maisons unifamiliales (et de leur propre bureau…) , Winsun  a récemment fait l'histoire quand ils ont dévoilé le premier appartement de cinq étages entièrement imprimé en 3D au monde et d’une villa complète de 1100m2, avec des éléments décoratifs à l'intérieur et à l'extérieur, à Suzhou Industrial Park .

Récemment, cette compagnie a signé un partenariat avec Dubaï afin de construire les premiers bureaux grâce à cette technologie”.

L'imprimante 3D révolutionne la Chine, à commencer par l'immobilier par Olivier Vero - 2015 - https://www.journaldunet.com

2017

“L’Ecole d’architecture et d’Urbanisme à l’Université de Shanghai a créé les premiers ponts imprimés en 3D pour piétons de Chine. Les deux ponts ont été réalisés à partir de plastique et mesurent respectivement 4 mètres et 11 mètres.

La Chine rejoint ainsi les pays à posséder un pont imprimé en 3D : après celui en béton en Espagne et celui en acier aux Pays-Bas, elle a fabriqué deux ponts grâce à l’impression 3D plastique, érigés juste devant l’entrée de l’école. Ils s’inscrivent dans un projet mené par l’école, le « Shanghai Digital Future » qui a pour but de montrer comment les nouvelles technologies peuvent aujourd’hui révolutionner l’architecture et la construction”.

La Chine fabrique ses premiers ponts imprimés en 3D - 2017 -
https://www.3dnatives.com

L’éducation et l’économie intérieures et internationales de chaque pays sont interliées. Ceci est encore plus sensible avec les nouvelles technologies innovantes dont l’impression 3D est un exemple important. Nous sommes en train de créer les professionnels de demain et il nous faudra 30 ans pour le faire. En attendant, il va falloir être agile pour faire au mieux avec ceux d’aujourd’hui afin qu’ils puissent s’adapter au plus près de cette demande difficilement cernable, mais bien réelle. C’est le début d’une nouvelle ère qui se construit très vite.

 

..un exemple à rêver en 3D...ou plutôt la 4D du futur

“Nicole Hone et ses « Hydrophytes », des plantes aquatiques imprimées en 4D

Hydrophytes est un projet qui cherche à montrer à quoi pourraient ressembler les plantes du futur. Créées grâce à l’impression 4D, leurs matériaux de fabrication intelligents leur permettent de développer des mouvements très similaires aux plantes aquatiques réelles. La créatrice de ce projet est Nicole Hone, une designer industrielle néo-zélandaise, qui a présenté Hydrophytes comme un nouveau mode de création grâce à l’impression 3D. Nous avons pu la rencontrer afin qu’elle nous en dise plus et comprendre l’importance de l’impression 4D dans les développements créatifs et industriels".

Source : 3DNATIVES - 2018
https://www.3dnatives.com/nicole-hone-hydrophytes-12102018/

 

Les technologies à venir ouvrent la porte à de nouvelles façons d'être, de faire, de voir, de se tenir en société et c'est l'école qui fera que la transition sera douce ou brutale. Ce sont les politiques nationales et internationales des pays et des branches d'innovation à venir qui vont modeler notre futur pédagogique et économique pour relever le defi, dans le demain immédiat.

Image : Pixabay PIROD4D



 

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