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Développer un territoire apprenant, maintenant

Trois dimensions clés pour y parvenir : une bonne question de départ, des expériences collectives fortes et la mise en réseau de projets

Par Denis Cristol , le 05 novembre 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 06 décembre 2018

La place du territoire dans l’apprenance

L’apprenance est partout. Les chercheurs, analystes et praticiens évoquent désormais la « société apprenante », les « territoires apprenants » comme par exemple Poitiers Territoire Apprenant. Les « villes apprenantes » sont labélisées par l’Unesco, des « organisations apprenantes », ou encore des « apprenants » c’est  tout un vocabulaire qui se déploie actuellement pour nous rappeler l'importance d'apprendre.

Philippe Carré a popularisé le néologisme apprenance dès 2005. Selon ce concept le pouvoir, le savoir et le vouloir apprendre seraient au cœur des économies de la connaissance. Il s'agit d'une disposition à apprendre, à s'adapter au monde tel qu'il est mais surtout à façonner un monde désirable. Il est possible de porter deux regards sur ce monde en train d'évoluer et sur la façon dont sont appréhendés les territoires.

  • un « territoire ressources »
  • un « territoire projets ».

Territoires-ressources : disposant de moyens pour apprendre

Des territoires riches de moyens disposent d'infrastructures développées, de facilité de transport ou de communication et de financement. Ils facilitent l'accès à des données, et à des bases de connaissances.

  • Des ressources matérielles : des écoles, des musées, des bibliothèques, des bases de données, des bornes wifi, des espaces d’acculturations numériques
  • Des ressources humaines : enseignants formateurs, facilitateurs mais également créatifs culturels et innovateurs de tous genres.
  • Des ressources organisationnelles : programmes, cursus, données, matériel pédagogique.
  • Une urbanisation des services et des bâtiments qui les abritent avec des rapprochements (learning center, fab-lab, espaces de co-working …)

Dans cette perspective du « territoire-ressources »,  j'apprend donc je peux agir et apporter de la valeur ajoutée au territoire.

Territoires-projets faisant de l'apprenance un axe de développement, voire une politique publique

De tels territoires se dotent des moyens pour créer des projets pour apprendre. Ils sont surtout marqués par la dynamique humaine et l'énergie qui circule. Ces dynamiques s’inscrivent dans des logiques de réseaux, de rhizomes, des structures en résilles.

Ils suscitent des leaderships et des prises d’initiatives, ils distribuent le pouvoir et rebondissent sur les idées qu’ils parviennent à faire se rencontrer. C'est une inversion à laquelle on assiste, les moyens sont trouvés, car la finalité attire les énergies.

Dans cette perspective du territoire-projet, j'agis donc j'apprends. L’apprentissage est une fonction dérivée de l’action.

 

Ces deux visions du territoire se complètent, car des ressources sans projets ou réciproquement des projets sans ressources sont voués à peu se développer. Une multitude d’initiatives sont prises  voir #territoireapprenant sous l’impulsions des pouvoirs publics. La question qui se pose est comment organiser la meilleure rencontre entre projets et ressources pour faire d’un territoire un territoire apprenant, en particulier à un moment où il y a moins de ressources.

Comment développer un territoire apprenant ?

En pratique 3 dimensions sont identifiables pour développer un territoire apprenant :

  • des questions authentiques issues du territoire,
  • des expériences irréversibles de coopération avec des solutions créatives,
  • des communautés et réseaux de projets.

Ces trois dimensions sont au cœur du développement de territoires apprenants. Elles se développent selon une temporalité.

Temps 1 - Partir d’une question authentique

Il s’agit dans ce temps d’émergence du territoire de débuter par des questions suffisamment impliquantes pour passer au-dessus de clivages locaux, des questions qui tiennent au cœur de chacun et qui s’expriment dans l’intérêt général qui vont contribuer à la résolution des grandes mutations à fort impact social. Ces questions sont d’abord portées par un petit groupe d’acteurs déterminés et particulièrement motivés par leur territoire.

Dans une perspective inclusive (chaque rencontre avec un acteur est une piste d’action), organique (le plan d’action est coconstruit et bouge) et vivante (des rétroactions, des bifurcations des adaptations se produisent), ce noyau accueille les énergies de nouveaux participants au fur et à mesure qu’elles se présentent et les aide à assumer un rôle et à prendre des initiatives favorables pour le territoire. Progressivement ce noyau génère une culture partagée de l’innovation et de leadership, faite de droit à l’erreur, de soutien mutuel et de bienveillance. Dans ce temps des méthodes d’intelligence collective, de coconception, d’innovation ouverte avec les habitants du territoire, de créativité essaiment.

Temps 2 - Créer des expériences irréversibles de coopération 

Àl’occasion d’une multiplicité d’ateliers ou de formations créatives, les participants ont l’opportunité de vivre des temps forts qui les bousculent dans leur croyance et leur montre qu’à plusieurs, avec bienveillance et écoute profonde de chacun il est possible d’accroitre significativement le pouvoir d’agir individuel et collectif. Chaque rencontre est un temps important et il est soigneusement préparé pour que chacun sente qu’il compte, que ce moment passé ensemble peut changer les choses.

À force de cumuler ces expériences la confiance en l’autre et en soi grandissent et surtout donne envie de le faire vivre à d’autres et de ne pas revenir en arrière. C’est l’histoire d’un désir mimétique qui opère par l’envie de disséminer ces temps qui nous font du bien. C’est pourquoi l’expérience irréversible de coopération est nécessairement une expérience apprenante à l’occasion de laquelle je me dépasse et je réussis à faire des choses dont je n’imaginais même pas être capable.

Dans le même temps les acteurs impliqués se forment à des techniques de facilitation, de design, d’animation, à des compétences audio ou vidéo pour faire fonctionner une web TV ou une web Radio, ou tout moyen de diffuser un esprit nouveau. Ils développent une culture numérique de l’innovation avec l’apprentissage de nombreux logiciels découverts en action. Le territoire qui se crée est d’abord un tissage humain.

Temps 3 - Soutenir des communautés de projets en réseau

Si les premières questions authentiques issues du territoire mobilisaient quelques acteurs, le passage de défis vers les communautés de projets marque l’expansion de la dynamique. L’expression communauté représente l’idée que les membres ont un sentiment d’appartenance à un mouvement qui dépasse tout le monde. Un acteur central est impuissant à tout agencer, il peut stimuler mais ce sont les collectifs en prise avec des questions qui les touchent qui s’engagent.

Dans un tel mouvement, plusieurs initiatives se prennent et s’ajustent les unes aux autres et font rayonner des principes d’action, des méthodes des envies de collaboration. Chacun des projets a pris conscience des autres dynamiques autour et garde l’idée de maillage et d’appui croisé. Lorsque la vigilance et la conscience mutuelle progresse, les ressources circulent plus facilement et les compétitions diminuent, chacun sait que les autres ont en tête leur propre action mais également la visée globale.

Toute l’énergie des équipes d’appui (pouvoir locaux, associations écoles ou universités) se met au service des porteurs de projets pour leur faciliter la vie et leur apporter ce dont ils ont besoin pour avancer. À force de Webconférences, d’émissions de webradio, de valorisation des succès, les acteurs isolés voient qu’un grand nombre d’individus est concerné et s’est mis en mouvement. Le résultat est la création d’un « territoire apprenant ».

De l'intention à la réalité

Certains rêvent de « villes éducatrices » d’autres gardent en tête la fabuleuse histoire de la Sillicon-Valley et rêvent de de se transformer en espace de création de richesses. Et que vivent les utopies un écosystème complexe ne se crée pas si facilement, commençons donc tout de suite !

Sources

Label UNESCO Ville apprenante https://uil.unesco.org/fr/apprendre-au-long-vie/villes-apprenantes

Cairn https://www.cairn.info/revue-specificites-2010-1-page-7.html

Expéritheque http://eduscol.education.fr/experitheque/fiches/fiche12330.pdf

Educavox - Territoires apprenants et stratégies collectives
https://www.educavox.fr/edito/territoires-apprenants-et-strategies-collectives

Ludomag – Territoires apprenants exemple dans l’académie de Poitiers
https://www.ludomag.com/2018/05/territoires-apprenants-exemple-dans-lacademie-de-poitiers/

Learning Sphere – Emergence de pratiques et de territoires d’apprenance 
http://learning-sphere.com/fr/emergence-de-pratiques-et-de-territoires-dapprenance-tiers-lieux-12/

#territoireapprenant https://twitter.com/hashtag/territoireapprenant?src=hash

INJEP Des villes éducatrices ou l’utopie du territoire
http://www.injep.fr/article/des-villes-educatrices-ou-lutopie-du-territoire-apprenant-1838.html

ESEN – Philippe Carré L’Apprenance
http://www.esen.education.fr/fileadmin/user_upload/Modules/Ressources/Conferences/flash/11-12/carre/medias/carre_p_apprenance_diapo.pdf

Blog Le monde – Les learning center un luxe pour les universités
http://defisdamphi.blog.lemonde.fr/2017/04/27/les-learning-centers-un-luxe-pour-les-universites/

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