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L'expérience physique et collective des labs

Vers des espaces de création des savoirs de l'être et du faire

Par Virginie Guignard Legros , le 19 novembre 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 21 décembre 2018

Si hier les enseignements scolaires n’avaient de physique que la gymnastique et les travaux manuels, aujourd’hui la montée du developpement des compétences, des savoir-faire et l’apparition des classes inversées nous montrent une autre voie vers des activités de Labs dans le cadre scolaire.

«Qu'est-ce qu'un lab d’innovation ?

L’idée des fab lab inventée par le physicien Neil Gershenfeld, professeur au sein du MIT, a vu le jour dans cette prestigieuse université avant de se multiplier au sein même de grosses entreprises.

Initialement, un fab lab met à disposition de son public un espace et des outils spécifiques parfois onéreux et réservés à l’industrie comme l’imprimante 3D et autres outils technologiques de pointe. En échange, ce même public met son savoir faire et son imagination au service des objectifs de ce lab. Depuis une petite dizaine d’années, une centaine de ces fameux fab labs, contraction de «fabrication laboratory», ont émergé en France et plus de 350 dans le monde.

Véritables stimulateurs de créativité issus de la culture web, plus particulièrement de l’open source, en référence à l’absence de barrière physique à la connaissance, le fab lab dérange dans le bon sens du terme et pousse ses acteurs en dehors de leur zone de confort.»

Source : Pourquoi les grandes entreprises créent des labs d’innovation ? - 2017 - https://cowork.io

“Le principe des fab labs…

...est le même que celui des hackerspace et makerspace, c'est-à-dire le partage libre d'espaces, de machines, de compétences et de savoirs.

Le réseau formé par les fab labs a néanmoins permis de mettre en place d'importants patrimoines informationnels communs sous forme de sites internet alimentés de tous les biens communs informationnels acquis au sein des différents fab labs. L'importance de ces sites les rend plus populaires, donc plus accessibles et donc rend les différents projets plus accessibles également.

Chaque fablab se créant pour répondre aux besoins d'une communauté, la direction que prendra le fablab dépendra directement de la communauté la composant ou de ses fondateurs.

Les différentes voies pouvant être prises par un fablab et le partage sans condition des biens communs informationnels amènent à l'absence théorique de concurrence entre les différents fab labs puisque deux fab labs ne seront jamais tout à fait les mêmes et répondront à des besoins différents. »

Source : Fab-Lab Wikipédia - https://fr.wikipedia.org/wiki/Fab_lab

 
Un Fab Lab est un espace de facilitation vers l’expérimentation ou vers l’apprentissage par le faire technique, mais aussi communautaire. Si à l’origine on y trouvait des hackers et des geeks, aujourd’hui le phénomène touche toute toute la société, des familles, aux chercheurs, en passant par les étudiants. En face de chaque lab, il y a une communauté qui a des besoins à résoudre. Les Labs sont devenus une nécessité pour leurs usagers. On les retrouve sous de multiples formes universitaires, mais aussi de quartier,...jusqu’au Répare-Lab qui recycle l’ancien pour le faire fonctionner dans le présent.

Alors qu'à l’origine ils étaient exclusivement orientés «recherches expérimentales», aujourd’hui, ce sont aussi des espaces de savoirs et surtout de savoir faire. C’est un début de décentralisation des moyens qui sont mis à disposition des individus. L’impression 3D, en est l’exemple le plus frappant. Hier, la fabrication de l’objet était artisanale ou industrielle, aujourd’hui, elle devient personnelle, voire familiale. Avec le bon bon programme CAO, la bonne machine du Lab et un peu de budget pour acheter de la matière première, demain on pourra créer ce qui nous plaît en dehors des contraintes des marchés avec leurs catalogues mondiaux ou des limitations des fabricants.

Pourquoi mettre en place des Labs d’innovation ?

“On le sait bien, pour les organisations l’innovation est de plus en plus une démarche collective. Fini le chercheur dans sa tour d’ivoire (la Direction R&D) qui seul invente de nouveaux produits pour espérer les vendre sur le marché. Pour cela, il faut certes des produits avancés technologiquement mais aussi des produits répondant à de vrais besoins et également des produits attractifs aux yeux des consommateurs. Faisabilité technique, viabilité économique et désirabilité sont les 3 piliers des innovations à succès.

D’où la nécessité que les départements R&D, marketing et design des entreprises travaillent en harmonie et en bonne intelligence. Voilà la première étape d’une démarche d’intelligence collective par laquelle les projets d’innovation sont conduits dans des approches transversales.

Parallèlement les entreprises s’ouvrent aussi de plus en plus pour instaurer des interactions fructueuses avec des partenaires externes. Ce type de coopération existe en réalité depuis toujours, que ce soit avec des partenaires « business » (fournisseurs, distributeurs, prestataires divers,…) ou avec des institutionnels (administrations, collectivités territoriales, centres de recherche, chambres de commerce, syndicats professionnels, universités,…)”.

Source : Le phénomène des innovation labs par Eric Seullier - 2015 -  https://www.lescahiersdelinnovation.com


Dans ces espaces, on y teste, on y apprend l’assertivité, le droit à la curiosité, on capitalise les savoirs, mais surtout on y apprend la posture du faiseur et celle de l'innovateur. Ce sont des catalyseurs de compétences individuelles et collectives. Nous entrons dans un nouveau monde technologique qui va nécessiter de nouvelles compétences dont une bonne partie se trouvent cultivées au sein de ces labs. Les premières compétences touchent à l’intelligence collective et donc au savoir être en société, au savoir être au travail avec ses collaborateurs, ses managers, ses managés. Les secondes compétences touchent aux savoir-utiliser les outils collaboratifs ou savoir-faire partie d’un groupe d’utilisateurs multiples sur une même machine. Ceci induit des rituels ou processus spécifiques à définir, à mettre en place, mais aussi à faire vivre de façon pérenne. Ce sont aussi des espaces de transversalités des organisations, des savoirs, des équipes; des espaces d’agilité, de management, souvent moins hiérarchiques, voire expérimentaux. Et la réussite de tels espaces va résider dans la structuration de l’information, de sa transmission mais aussi de sa capitalisation au profit d’un savoir plus riche et vivant qui va chercher des solutions face aux diverses complexités, quelqu’en soient leurs origines.

Qui crée des labs d’innovation ?

Les labs, on les connait d’entreprises, de quartiers, d’association et de hautes écoles.

En entreprise ce sont des labs souvent liés aux changements, à l’innovation.

“Les labs permettent la création du « tout et n’importe quoi » et cassent les codes en matière de compétences et de hiérarchie : place à l’innovation ouverte avec la mise en commun des ressources humaines et matérielles. Ici on tente, on essaie et on a droit à l’erreur et au tatonnement qui sont considérés comme contre productifs dans la culture entreprenariale actuelle.

Bien entendu les labs sont encadrés mais la hiérarchie traditionnelle n’existe plus telle qu’on la connait. On travaille avec ses pairs, on s’empare d’une idée même si l’on ne possède pas le bagage académique adéquat sur le papier.

Le but : créer de l’innovation qu’elle soit matérielle ou virtuelle, en mettant en commun les ressources humaines et matérielles dans une optique de minimaliser les coûts mais surtout de stimuler et exploiter au maximum les forces en présence en révélant le potentiel créateur de ses acteurs et en favorisant la mise en place d’expériences et d’échanges de pratiques”.

CF : Pourquoi les grandes entreprises créent des labs d’innovation ?
 

Si les entreprises mettent en place des Labs, les plus traditionnelles d'entre-elles et souvent les plus anciennes les gèrent en périphérie de leurs activités habituelles. Les Labs sont bien en avance sur leur temps et stimulent de nouvelles façons de procéder, en particulier en matière de management d’équipes qui sont à cette heure, dans beaucoup de cas, incompatibles avec les structures mères. Car ces structures-mères bien souvent ont encore les deux pieds dans le passé et si elles se rendent compte qu’il va falloir changer ou que déjà elles sont en train de muter, avec par exemple l’obligation du marché de se digitaliser, elles ne sont pas encore dans la phase de transformation de leur système hiérarchique. Cela peut prendre du temps face aux blocages du personnel ou face à la compréhension des nouveaux enjeux mondiaux qui bougent de façon disruptive. Avoir un Lab, c’est alors aussi avoir un pied dans le monde de demain.

"En association ou communauté d’intérêt,...

...ce sont des façons de transmettre un savoir et de l’enrichir au fur et à mesure du temps avec les expériences vécues ensemble par leurs membres.

“U.Lab : Transformer les affaires, la société et le soi :
Ce cours hautement expérimental est basé sur la théorie U, un cadre, une méthode et une manière de se connecter aux aspects les plus authentiques de notre moi. Il introduit la variable de conscience dans la gestion et les sciences sociales et propose que la qualité des résultats que nous générons dans tout type de système social soit fonction de la qualité de la conscience, de l'attention ou de la conscience que les participants au système exploitent. Cette approche de la conduite du changement est pratiquée par les entreprises, les gouvernements et les dirigeants de la société civile du monde entier - que vous rencontrerez souvent au cours de ce cours”.

Source : site internet du U-Lab d’Otto Scharmer MIT http://www.ottoscharmer.com

Si les associations et les communautés s’intéressent aux Lab, c’est qu’elles sont, elles aussi, en train d’entrer dans la complexité de notre nouveau monde. Si les savoirs, les techniques, le management sont soumis à une pression extrême vers le changement, en particulier les changements digitaux, les organisations n’en sont pas moins épargnées; au contraire, elles sont au premier rang. Si Otto Scharmer a créé son U-Lab, c’est pour faire face à la peur que l’homme perde le contrôle de sa vie et de la sa place face à la rupture de paradigme qui nous touche tous. Il a focalisé son travail sur la conscience. La conscience est ce qui différencie l’homme de la machine. En France, il y a le mouvement des communs (https://wiki.lescommuns.org/) qui cherche aussi des solutions face à cet avenir extrêmement rapide et teinté d’inconnues à tous les les niveaux. C’est une façon pour les communautés de se prendre en main et d’avoir leur place dans la création de la société de demain.

Comment s’y prendre pour entrer dans une dynamique de Lab ?

MITx U.Lab: transformer les entreprises, la société et le moi

“Ce cours hautement expérimental est basé sur la théorie U, un cadre, une méthode et une manière de se connecter aux aspects les plus authentiques de notre moi. Il introduit la variable de conscience dans la gestion et les sciences sociales et propose que la qualité des résultats que nous générons dans tout type de système social soit fonction de la qualité de la conscience, de l'attention ou de la conscience que les participants au système exploitent.”

“Otto co-crée des approches novatrices en matière d'apprentissage et de leadership que lui-même et ses collègues offrent par le biais de cours et de programmes au MIT, de programmes du Presencing Institute et de son programme en ligne Global Classroom”.

CF : site internet du U-Lab

“La dynamique du U se déroule en 5 étapes. Le  chemin commence par descendre le U. Les participants sont invités à lâcher les à-priori, les peurs, les jugements. Ils explorent en allant chercher des informations nouvelles sur le terrain, afin d'élargir leur perspective, de voir avec des yeux neufs.

Et à travers des exercices individuels et collectifs, des pratiques de créativité, des cercles de coaching entre pairs, le processus amène à ouvrir l’esprit, le cœur et la volonté et à se rendre disponible pour de nouvelles possibilités. Chacun développe ainsi une plus grande connection aux informations existantes et à l’intuition individuelle et collective.

En bas du U, il a un temps de retraite, d’espace, de présence pour laisser émerger des solutions appropriées, le futur qui a envie d’émerger.

Puis dans la phase de remontée du U, l'invitation est d'agir dans l'instant et d'explorer ces idées émergentes en faisant rapidement des prototypes et en apprenant à travers les retours des utilisateurs et de l'environnement pour affiner et améliorer la solution”.

Source :  U.Lab - Inventer ensemble de nouveaux futurs - http://www.re-unir.org/

Ayant suivi la formation du U-Lab en 2015, j’ai pu en apprécier la méthodologie et ses applications. Le point principal est la conscience, la conscience de l’autre, la conscience de son environnement, des implications de ces actes, des actes d’autres qui nous affectent, nous ou d’autres. La conscience de l'autre que nous sommes en train de perdre en nous durcissant et en nous désensibilisant par exemple en regardant les actualités du journal télévisé. Le Mouvement Apprendre à Apprendre en Ensemble initié par Denis Cristol, Jocelyne Turpin et Moi-même Virginie Guignard Legros en 2015, fut aussi précurseur dans ce sens avec non pas la conscience, mais l’Empathie (http://apprendreensemble.weebly.com/) au coeur des développements de ce qui deviendra le #Cercle APE  en 2016 rallié par plus de 1000 professionnels RH, professeurs d’université, formateurs, coachs et Dorothée Cavignaux-Bros dans l’association parisienne.

Des apprentissages par le faire pour arriver au moi collectif

“…la gestion de projet est une pratique d’équipe, pas une discipline individuelle !”

“Dès la création du MOOC GdP en mars 2013, il m’est apparu que l’on ne pouvait pas se cantonner aux deux parcours individuels (classique et avancé) du MOOC et qu’il fallait, comme à Centrale mettre en application les formations pour qu’elles puissent prendre sens. Comme présenté dans le chapitre 1 du premier cours, la gestion de projet est une pratique d’équipe, pas une discipline individuelle !

C’est ainsi que dès le MOOC GdP1, le parcours par équipe est né. On le voit, l’essentiel était en place : utiliser les enseignements du MOOC pour amorcer un vrai projet. Pour cela une équipe se constitue et travaille à distance en utilisant des outils partagés : documents collaboratifs, vidéoconférences… Les étapes à développer ensemble sont la définition initiale du projet, son cadrage et son montage”.

Source : Rémi Bachelet - site internet du GdP-Lab de MOOC GdP https://lab.gestiondeprojet.pm/

Comme MOOC GdP (MOOC de Gestion de Projet de l’Ecole centrale de Lille) fut le premier MOOC francophone, le GdP-Lab qui suit le MOOC GdP est lui aussi l’un des concepts les plus novateurs de ces dernières années. Et, je n’écris pas cela parce que j’ai été été coordinatrice de la structure pendant 3 ans. Il s’est passé là-bas quelque chose d’inattendu au fur et à mesure des années qui a suivi l’évolution de notre société. Le GdP-Lab, ce sont des étudiants d’origines diverses.

Sur 10 étudiants par équipes projet, vous pouvez avoir 10 nationalités différentes, africaines, canadiennes, européennes, asiatiques francophones, bien sûre puisque la formation se donne en français. Dans le processus du GdP-Lab, il y a une phase appelée commentaires par les pairs. C’est un exercice qui se donne après chaque rendu de documents comme la fiche de définition, le dossier de cadrage et le dossier de montage. En 2014, cet exercice avait pour but d’aller commenter avec bienveillance les projets, en tout cas un à deux projets des équipes concurrentes. C’était difficile de les accompagner dans cette action, car les étudiants n’y voyaient pas d’intérêt ni personnel, ni de groupe à le faire. Du point de vue pédagogique, notre intérêt était d’enrichir leurs connaissances avec des façons différentes de faire un projet, de manager une équipe…

À la fin 2016, on a vu apparaître un phénomène inattendu : de leur propre initiative, les nouveaux étudiants ont commencé à lire des projets non obligatoires. Et, en 2017, ils ont demandé à avoir une semaine en plus à chaque phase de rendu pour pouvoir bien commenter tous les projets des autres équipes, qui n’étaient plus considérées comme concurrentes, mais comme soeurs. À ce moment là, dans le GdP-Lab est née une flamme de co-création. Celle-ci était sans doute issue des multiples expérimentations de l’équipe encadrante qui communiquait beaucoup sur la responsabilité des équipiers entre eux et aussi en inter-équipe, mais qui a rencontré aussi de nouveaux profils d’apprenants, de collaborateurs d’entreprises qui sont les précurseurs de la société de demain.

Ainsi ces espaces de Lab peuvent être le lieu de l’éclosion de nouveaux paradigmes ou de la redécouverte d’anciennes valeurs comme celles de la conscience et de l’empathie. Aujourd’hui, il ne suffit plus de transmettre un savoir dans un cadre scolaire, mais aussi de préparer les étudiants à de nouvelles postures, à l’inconnu qui arrive à grande vitesse dans tous les domaines. Si l’école arrive à faire un pont entre ses savoirs traditionnels et les les nouveaux savoirs issus des besoins émergents alors elle aura gagné le challenge de former les futurs professionnels efficients de demain.

Source image : Pixabay trapezemike

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