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Publié le 10 décembre 2018 Mis à jour le 10 décembre 2018

Copier la beauté - Peut-on transmettre la beauté comme modèle?

De son apparence à sa réalité cognitive

En neuroscience, la beauté correspond à un état végétatif du cerveau. Quand tout est consensuel, qu’aucune question ou grain de sel ou de sable ne s’y mêle, en conséquence que le cerveau critique est au repos le plus complet, tel est le paradoxe de la beauté, qui d’un côté gouverne une partie de notre monde et de l’autre n’est qu’un état cognitif d’une neutralité extra plate.

En parcourant l’oeuvre numérique “Qu’est-ce que la beauté ?”

du philosophe québecois René Villemure (Qu'est-ce que la Beauté?), on peut se poser la question de savoir si le concept du modèle de la beauté en fait n’est pas juste une vaste imposture intellectuelle :

“Reconnaître la Beauté c'est reconnaître

sa propre banalité, mais s'émerveiller.

La Beauté est une forme de loi injuste

contre laquelle il ne faut rien faire”.

Nina Simard –

La beauté est ici un effet miroir. Si il y a banalité, c’est bien du côté de la beauté qu’elle se trouve cognitivement. Cependant, c’est le spectateur qui se sent banal. Alors qu’il ne l’est certainement pas du fait de ses petits ou grands défauts qui vont aiguiser la vision de l’autre, qui vont le faire penser, réfléchir et découvrir des trésors cachés. La beauté serait-elle injuste pour révéler une autre vérité ?

“La Beauté nous interroge et c'est ce qui fait sa Beauté”.

Christian Privé –

La beauté nous fait croire là qu’elle nous fait réfléchir. Alors que par nature, elle ne fait pas fonctionner le cerveau. C’est intéressant de voir comment le modèle peut-être renversé, au delà de l’effet miroir, à 180 degrès. La beauté est donc aussi menteuse. Belle, mais menteuse, elle se pare d’intellectuel qu’elle ne suscite pas.

“la vie c'est la Beauté (qui inclut la souffrance)

et le contraire est la laideur qui est la mort”.

Mireil Roy Van As –

La beauté n’est-elle pas plutôt l’absence de vie comme une sorte de coma. Une de mes amies vivait avec un homme beau et parfait. Elle l’a quitté car elle s’ennuyait avec lui comme la mort. Elle menait avec lui une vie sans saveur, sans surprise, une vie sans vie. Son compagnon était tellement beau et parfait qu’il ne faisait rien, puisqu’il n’avait à se justifier de rien pour se challenger. Pire, il laissait le plastique d’emballage sur ses canapés pour les préserver de l’usure.

“La pureté serait, pour moi, la plus belle forme de Beauté”.

Olivier Maquet –

Ici, enfin un peu de vérité sur la nature de la beauté. Car, la beauté cognitive est un dépouillement de tout. C’est une sorte d’insignifiance au final.  Tout y est lisse, sans faux plis, sans accrocs, sans granulosité, sans pilosité, sans cicatrices, sans blessures, sans expériences. C’est la chute de la fameuse quête de Grenouille dans «Le Parfum» de Süskind :

“Maintenant il sentait qu'elle était un être humain, il sentait la sueur de ses aisselles, le gras de ses cheveux, l'odeur de poisson de son sexe, et il les sentait avec délectation. Sa sueur fleurait aussi frais que le vent de mer, le sébum de sa chevelure aussi sucré que l'huile de noix, son sexe comme un bouquet de lis d'eau, sa peau comme les fleurs de l'abricotier... et l'alliance de toutes ces composantes donnait un parfum tellement riche, tellement équilibré, tellement enchanteur, que tout ce que Grenouille avait jusque-là senti en fait de parfums, toutes les constructions olfactives qu'il avait échafaudées par jeu en lui-même, tout cela se trouvait ravalé d'un coup à la pure insignifiance”.

“... il est vrai aussi qu'on embellit quand on aime.

L’amour transfigure ceux qui aiment”.

Marianne Carron –

Ici, avons-nous peut-être un début d’explication sur l’origine de cette imposture intellectuelle de la beauté. Si la beauté inspirée était en fait une aspiration à ce que l’objet de notre amour soit générateur de bien-être et surtout de non perturbation cognitive ?

C’est une sorte de transfiguration de l’être aimé de le voir beau ou belle. C’est peut-être aussi une façon de se rassurer en posant des mots qui vont renforcer notre zone de confort sentimentale. Si l’autre est beau, alors il ne sera pas perturbant, infidèle, dépensier ou autre. C’est une façon d’aplanir ses éventuels défauts.

“La Beauté est le jugement que nous portons sur ce qui

nous semble harmonieux à nous. Une chose est belle aux yeux

d'une seule personne. Si plusieurs jugent cette chose belle,

c'est une Beauté reconnue”.

Christian Selle –

Heureusement, la beauté n’est pas figée dans le temps, si elle est menteuse, projective, insignifiante, insipide, injuste, elle a au moins la qualité d’évoluer avec son époque et accepte d’entrer dans des jeux de consensus. Cela signifie aussi qu’elle pourrait être changée pour devenir plus proche de sa propre réalité. Quel intérêt direz-vous ? L’intérêt, c’est qu’elle a un rôle de modèle. Un modèle suivi par de nombreuses personnes, comme par des jeunes filles qui en deviennent anorexiques par exemple.

“La Beauté, c'est aussi question de culture,

de société, de conditionnement...

mélange d'harmonie visuelle,

tendance et phéromones…”

Sue Murphy –

La beauté est de nature transcendantale. Elle est donc proche des mécanismes qui gouvernent les religions et les institutions de typologie hiérarchique par exemple. Il est possible qu’en changeant la nature du modèle de la beauté, cela touche aussi la nature de nos typologies de gouvernance. Le rapport à la beauté touche au rapport au couple, au rapport à la société, au rapport à l’école, au rapport à l’entreprise, au rapport aux états… c’est un jeu de domino qui pourrait être une clef d’un changement possible.

“La Beauté est singulière et éphémère.

On la voit, on l'entend, on la sent lorsqu'elle est là.

C'est ce qui rend son objet si précieux”.

Suzanne LaBrie –

Mais, ce que l’on peut pas enlever à la beauté, c’est son état permanent dans le moment présent, alors que beaucoup d’entre-nous ont perdu cette qualité en ayant l’esprit soit dans le passé ou soit dans le futur. Alors, pour être heureux, soyez beaux ou belles avec vous-même, et gardez les deux pieds dans l’instant présent. Car vivre l’instant présent est le plus beau cadeau que vous pouvez vous faire à vous et à vos proches. Pensez à changer le modèle, mais gardez-en le meilleur en vie.


Source image : Pixabay Mark Mook_Fotografie

 


Mots-clés: Cerveau neuroscience beauté état copier

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