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Le virage numérique de la pharmacovigilance

Les citoyens et la technologie : un nouveau front de surveillance de l'industrie pharmaceutique

Par Alexandre Roberge , le 14 janvier 2019

Le secteur pharmaceutique n’a eu de cesse d’étendre son influence au fil des décennies. Aujourd’hui, des médicaments permettent de guérir des maux ou, dans certains cas plus graves, de ralentir les effets de la dégénération. Ces inventions remarquables font partie des raisons pour lesquelles l’espérance de vie humaine s’améliore au fil du temps. Mais alors que l'industrie du médicament grandit, des problèmes surgissent.

La contrefaçon, très lucrative pour certains individus mal intentionnés, en est un des plus importants. Profitant de la vulnérabilité de certains n’arrivant pas à se procurer un médicament en particulier, ils en offrent des copies souvent sans aucun ingrédient actif, sous-dosées ou des fois trop fortes qui peuvent avoir des effets dévastateurs. D’autant plus qu’il s’agit d’un marché lucratif puisque la vente de ces produits peut en rapporter 200 fois ou plus la mise de départ. Une situation qui frappe particulièrement l'Afrique. Entre 30 % et 70 % des médicaments en circulation sur le continent seraient des faux. Au point où l’Organisation mondiale de la Santé a réclamé en 2018 des comités de lutte nationaux pour contrer le phénomène. 

Les effets secondaires sont un autre aspect à surveiller en pharmacologie. Il arrive fréquemment que des médicaments provoquent des effets indésirables plus ou moins sévères. La pharmacovigilance était d’abord surtout faite par le corps médical. Ceux-ci prenaient en note les retours des patients et les transmettaient aux organismes de surveillance. Particulièrement dans la phase plus expérimentale d’un traitement, elle permet d’éviter que des substances trop dangereuses ou inefficaces débarquent sur le marché. D’ailleurs,  des postes sont offerts à des médecins ou des pharmaciens qui peuvent se spécialiser dans ce domaine.

Or, depuis 2011, cette pharmacovigilance s’est ouverte au grand public en France et dans le reste de l’Europe. Cela veut dire désormais que les patients peuvent eux-mêmes signaler des effets indésirables. Ils peuvent ainsi remplir une déclaration qui sera alors prise en note par les organismes de surveillance. Ils pourront donc vérifier et agir s’il s’avère que cela est plus qu’un cas isolé. Cette chaîne d’informations se veut un rempart afin de protéger le public contre des médicaments défaillants ou l'éthique défaillante des entreprises pharmaceutiques. Encore faut-il, toutefois, que le public participe à cette pharmacovigilance.

Le virage numérique

Et si le futur de cette vigilance passait par le numérique? Déjà, des expériences effectuées, entre autres, au CHU de Toulouse, ont montré que les patients déclaraient davantage les effets indésirables avec une application mobile. Le processus étant moins fastidieux que le fait de remplir un formulaire. Des projets similaires ont été mis en place dans des établissements en Grande-Bretagne, en Croatie et aux Pays-Bas. La possibilité reste donc que ce type de solution mobile soit éventuellement propagé à la grandeur de l’Europe.

Et puis, la pharmacovigilance pourrait bien bénéficier des algorithmes et des interactions sur les réseaux sociaux. En effet, une start-up a déjà créé un outil recueillant les commentaires souvent plus libres sur les réseaux sociaux à propos d’un médicament. Toutes les informations pertinentes sont alors inventoriées et l’application peut générer un bilan clair des affections et troubles causés par le remède ou une intervention médicale. Une technologie qui s’allie bien avec l’avènement de réseaux de patients qui peuvent partager leurs données médicales ou décrire leurs expériences avec différentes maladies.

Pour les pharmaciens, ce virage numérique de la pharmacovigilance pourrait leur permettre à la fois de s’éviter de la papperasse mais aussi d’améliorer les services au citoyen. Là encore, d’ailleurs, la technologie peut aider avec la télémédecine qui suit la prise en direct de médicaments. Des pilules avec une signature numérique donnent le signal quand elles ont été avalées. Une façon de vérifier si certains individus affectés de phases de démence, de troubles psychiatriques ou simplement ayant des problèmes de mémoire suivent leur posologie. Malgré les questionnements éthiques sur la vie privée, il semble que ces médicaments numériques seront présents dans un avenir proche.

Illustration : Gatis Gribusts on Foter.com / CC BY-NC

Références

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« Pharmacovigilance. » Leem. Consulté le 10 janvier 2019. https://www.leem.org/pharmacovigilance.

« Qu’est-ce Que La Pharmacovigilance Et Comment Notifier Un Effet Indésirable ? » AFMPS. Dernière mise à jour : 28 juin 2017. https://www.afmps.be/fr/public_information/Pharmacovigilance.

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