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E-learning. À la recherche du formateur

S'approprier les outils, oser le bricolage et la multimodalité pour rester maître de la proposition pédagogique

Par Frédéric Duriez , le 12 février 2019

Beaucoup de choses ont été écrites sur la pédagogie de la formation à distance et sur les mécanismes qui permettent un apprentissage avec le numérique et Internet. Nous avons eu l'occasion dans une première partie de voir que les propositions des entreprises présentes sur les salons donnaient, de manière plus ou moins explicite, une vision des apprenants. Dans cette deuxième partie, nous abordons la place, ou plutôt les places que les formateurs peuvent occuper dans les dispositifs de formation à distance.

Le formateur augmenté

Ne vous précipitez pas sur le site de votre banque pour vérifier... Le mot « augmenté » du titre doit être compris comme dans l’expression « réalité augmentée ».  Les outils numériques permettent pour beaucoup de concevoir des supports, «scormés» ou non, qui peuvent être utilisés dans une formation à distance. 

Ce qui paraissait compliqué, coûteux et long comme le montage vidéo, la réalisation d’animations, les outils collaboratifs ou parfois la réalité augmentée, sont maintenant à la portée de beaucoup de formateurs, même si un accompagnement reste souvent nécessaire. Il suffit de consulter le blog de Fidel Navamuel pour être étourdi devant l’offre d’applications. La caisse à outils de l’enseignant devient un coffre, voire un container !

Au salon Learning Technologies France de février 2019, nous avons bénéficié d’une démonstration de Nicolas Lassus, de Vyond. Malgré des soucis techniques qui lui ont réduit son temps d’intervention, il a pu nous réaliser en direct, et en quelques minutes, un petit film d’animation. De son côté, Teach on Mars propose de compléter ses « matrices de conception » via un tableur, plutôt que d’apprendre l’interface d’une nouvelle application.

Des metteurs en scène

Les formateurs peuvent même aller plus loin, et devenir de véritables metteurs en scène, pourvu qu’ils s’entourent de compétences. La société Audace Digital Learning propose de développer des contenus immersifs, disponibles sur étagères ou conçus sur mesure, et capables de plonger les apprenants dans des situations qui seraient risquées et coûteuses s’il fallait les reproduire dans un environnement réel !

La mise en scène prend des accents d’« art total », puisqu’on associe la vision, le son, le toucher et la manipulation, et même l’odeur. Des parfums de bois brûlés peuvent en effet être diffusés pour que l’ensemble des sens soient stimulés !

le formateur metteur en scène

Une espèce en voie de disparition

Pour arriver à ce niveau de réalisme, nul doute que le maniement d’applications intuitives ne suffit pas.

Le formateur qui touche à tout, fait un peu de scénarisation, anime quelques vidéos, monte les films, conçoit les tests, évalue et accompagne les stagiaires sur les aspects techniques, humains et pédagogiques apparaît comme un amateur sur chacun des domaines qu’il aborde. D’autant que des prestataires nombreux, outillés et créatifs proposent des solutions impressionnantes !

tout le monde propose ses services

Pour organiser les séquences et engager les apprenants, vous pouvez faire le choix d’un parcours narratif et d’une histoire. La progression pédagogique se transforme en récit, où l’émotion et la cohérence assureront une implication plus forte, et une mémorisation plus durable. Des entreprises spécialisées dans le « scenario-based learning » (SBL) vous proposent leur aide.

Vous voulez vous filmer pour amorcer un cours en ligne, mais vous n’êtes pas acteur ! Des spécialistes et des comédiens vous proposent leurs services. Vos talents en création de supports se limitent à quelques diaporamas... appuyez-vous sur des concepteurs ! Parmi les solutions exposées sur le salon Learning Technologies France en janvier 2019, quelques entreprises se sont ainsi spécialisées dans la vidéo dessinée. Nous avons évoqué plus haut Vyond, mais nous pouvons aussi citer Litchi ou Visual2Explain.

Les formateurs ont développé depuis longtemps des compétences de bricolage, avec des moyens limités et un temps restreint. C’est aussi un plaisir lié au métier. Avec l’augmentation des budgets et la massification de certaines formations, cette dimension se réduit. L’aspect « amateur » donne un effet de proximité face à un groupe de vingt. Il détonne dans une formation déployée auprès de milliers de stagiaires. 

Quelle place reste-t-il au formateur si l’expertise du contenu, la scénarisation, la conception des supports et pourquoi pas l’évaluation avec l’intelligence artificielle deviennent affaires de spécialistes ?

Les dépanneurs

Les formateurs restent nécessaires, ne serait-ce que dans le cadre législatif ou réglementaire de certains pays. Au minimum, le formateur est celui qui répond aux questions classiques (oubli de mot de passe, difficulté d’accès aux ressources, inquiétudes sur le suivi du temps par la plateforme...). C’est aussi celui qui sert d’interface avec la société qui gère la plateforme, pour relayer les problèmes et les solutions.

LMS Factory a bien compris que ce service après-vente était un élément essentiel de l’offre. Le prix ne varie pas ou peu selon le nombre d’inscrits sur la plateforme ou sur la quantité de gigaoctets installés sur les serveurs. Il varie davantage selon que l’on se contente d’un délai de réponse de 48 heures, ou si on a au contraire besoin d’une réactivité inférieure à deux heures, m’explique un responsable. 

dépanneur ou aiguillon

Les aiguillons

La formation à distance oblige à penser l’absence d’humains directement au contact des apprenants. La présence se joue différemment, via les forums, les messageries, le micro-blogging, etc. Le formateur est toujours en éveil sur les signes de baisse d’énergie que peuvent manifester les participants. Les alertes automatiques, la relance par SMS ont leur limite pour maintenir l’engagement. Les échanges restent essentiels.

Formateur-expert interne

Quelques prestataires promeuvent un apprentissage social où les formateurs sont directement issus des entreprises clientes. Ils sont experts et reconnus par leurs pairs et ont envie de partager. Il suffit de mettre entre leurs mains des outils facilement utilisables et éventuellement quelques consignes pour qu’ils participent à la formation de leurs collègues. Nous avons évoqué l’approche de Sparks dans un précédent article. Cette plateforme permet l’échange entre pairs, la création et la diffusion de ressources par les utilisateurs, et favorise une liberté proche de celle des réseaux sociaux.

Laura Lesueur de 360 Learning part du constat que les temps de développement en e-learning peuvent être longs. Les chaînes de validation entre l’expression d’un besoin et la réalisation font que souvent, lorsque la formation arrive, elle est déjà obsolète.

longueur de la chaine de décision - elearning

On pourrait objecter que de très nombreux outils permettent aux équipes de produire des ressources scormées en quelques heures, mais là n’est pas la question. Laura Lesueur nous présente son approche pour une « contagion positive ». Identifier les experts et leaders qui couvrent environ 5 % de la masse salariale, et qui formeront les autres sur des sujets métiers qui ont un impact direct sur l’entreprise.

Balthazar Akademy propose une méthodologie d’intervention basée sur les compétences clés de l’entreprise cliente. Balthazar Akademy repère 5 compétences essentielles. Ils produisent des « memoes », qui sont comme des fables, et associent une image, un titre et une histoire. Le prestataire crée ensuite des applications, un kit d’animation qui comporte des activités ludiques et participatives, et enfin, ils forment des ambassadeurs au sein de l’entreprise, pour assurer le déploiement.

Le formateur : une marque

Ces approches séduisantes laissent peu de place aux formateurs.  Mais le salon Learning Technologies France de février 2019 à Paris nous a aussi fait découvrir des professionnels qui ont su affirmer leur métier avec le e-learning.

Ainsi, Cécile Dejoux, qui est à la tête de quelques-uns des moocs les plus suivis en France a donné trois conseils utiles à ses collègues. 

  1. Ne pas se bloquer sur l’utilisation d’outils sophistiqués qui demandent un investissement en temps trop long. 
  2. Diversifier les outils, et utiliser ce qui fonctionne. Cécile Dejoux nous rappelle que les plateformes de vidéo et en particulier YouTube sont le système qui a le plus de succès actuellement. « C’est ce qui marche le mieux, et c’est simple. »
  3. Assurer une cohérence entre les modalités utilisées (vidéo, quizz, interviews, microLearning, formation en situation de travail...) et la pédagogie.

Pour se concentrer sur l’essentiel, elle nous encourage à rester frugaux. Les vidéos des moocs les plus suivis sont filmées avec un smartphone. Elle nous met en garde contre quelques écueils :

  • Mettre l’argent sur la diffusion plutôt que sur les outils.
  • Succomber aux modes. Cécile Dejoux vise en particulier les learning analytics avec lesquels elle a eu une expérience malheureuse.
  • Perdre du temps. Ce dernier conseil vaut pour chacun d’entre nous. Elle propose un ratio qui ramène le temps de réutilisation de ce que nous trouvons sur internet au temps passé à naviguer. 

la formule de Cécile Dejoux

Les formateurs ont tout intérêt à créer une série de services autour de la formation qu’ils proposent. Ils font eux-mêmes leur marketing. Les cours à distance ou en présentiel sont le cœur et sont accompagnés d’autres outils numériques : lettre électronique, blog, chaîne YouTube, foires aux questions, webinaires... ainsi qu’une présence dans des conférences, des expéditions apprenantes ou des salons. Créer une valeur ajoutée perceptible directement par les apprenants, tout en se rendant visibles permet aux formateurs de se remettre en scène, et d’éviter d’être dilués au milieu de tous les autres prestataires de service.le marketing du formateur

La formatrice ou le formateur devient ainsi une marque ombrelle, une garantie de pertinence et d’expertise qui se déploie sur toute une série de produits mis en cohérence, dont certains sont mis librement à disposition des internautes. Quels que soient les choix technologiques, il s'agit de ne pas se mettre en retrait derrière des solutions techniques.

Illustrations : Frédéric Duriez

Ressources 

Christophe JOURDAIN "Retour sur le salon "Learning Technologies France" consulté le 11 février 2019
https://communotic.normandie.fr/actualites/retour-sur-le-salon-learning-technologies-france

E-learning - À la recherche de l'apprenant
https://cursus.edu/articles/42550/e-learning-a-la-recherche-de-lapprenant

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