Articles

Quadrants pédagogiques : créer l'avenir des professionnels et sociétés de demain - 2/3

L'école qui suit les innovations pour garantir l'employabilité de demain

Par Virginie Guignard Legros , le 24 février 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 27 février 2019

Suite du premier article dont l'objet est un cours sur la plateforme MOOC EdX du Professeur Richard Elmore de l'Université de Harvard sur les "Leaders of Learning". Dans celui-ci, on y dénombre 4 façons d'enseigner les savoirs qui affectent la façon dont les élèves vont appréhender le monde et la société. On y retrouve deux grands modèles, celui de la pédagogie traditionnelle avec le professeur au centre des savoirs et l'autre, l'apprentissage par et pour les pairs libres et itératif.

Des mutations de sociétés.

Y-a-t-il d’autre domaines dans lesquels on retrouve cette quadrature philosophique ? Ces quatre façons de transmettre le savoir décrites par Richard Elmore de l’Université d’Harvard sont un exemple à mettre en parallèle avec les quatre façons de donner, de vivre, d’évoluer. On peut y associer des correspondances avec l’enseignement. 

"Dans le cadre de la culture occidentale dans sa globalité, le don repose surtout sur des transactions portant sur des biens ordinaires, comme le “gimwali” (Mélanésie). L’objet est une formalisation physique ou un vecteur de l’amour spirituel. “Je donne car je crois en une force spirituelle. Et par le don de temps, le don d’objet ou d’argent, je perpétue les valeurs de ma communauté”.

Le don basé sur l’objet transcendé.

Dans le cas d’une formation classique, le don repose sur la confiance en l’autre, “kula” (Nouvelle Guinée) qui est le pivot d’un apprentissage de qualité. C’est une disposition de caractère qui conduit à donner du crédit à la bonne foi, à se consacrer et à vouloir faire le bien aux autres sur la base du comportement de l’autre. C’est la notion de réciprocité qui en est le moteur. Je te donne ma confiance, car tes actes me prouvent que je peux avoir confiance.

Le don centré sur le comportement de l’autre.

Au Japon, le don de soi structure la communauté de façon hiérarchique, le “Giri” (Japon) proche du “potlatch”. Le Japonais va développer le don communautaire dans sens de l'altérité de l’autre au coeur des échanges humains dans la communauté. Chaque acte social repose sur un enchevêtrement complexe de dons, de contre dons qui sont des signes de respect, mais aussi vue d’un autre sens, des dettes de gratitude et d’obligations morales.

Le don centré sur l’autre en tant qu’être communautaire respectueux.

La quatrième variante du don est celle de l’altruisme. Celle-ci  se définit par “une générosité libre et gratuite, libérée des contraintes, des ordres et des hiérarchies sociales. C’est le don de l’effacement qui balaye les autres car il n’est ni spirituel, ni comportemental, ni communautaire. Il implique l’individu qui donne au monde sans aucune contrainte, ni distinction d’aucune sorte. c’est le don absolu. Selon Matthieu Ricard, “nous sommes en train de muter vers l’altruisme”.

L’altruiste est le don total et universel sans contre don.

«Il existe toutes les formes de dons associés à des typologies de personnalités, de communauté et plus loin à diverses philosophies de vie dans nos sociétés occidentales. Et, c’est le nombre de personnes qui y adhèrent qui en font un mouvement culturel, sociétal ou simplement un atypisme local. On peut considérer le don et son évolution comme un signal intéressant pour suivre les mouvements de sociétés".

Le don et le contre don : mouvement de civilisation au Japon - Virginie Guignard legros -
Thot Cursus - mai 2017 - https://cursus.edu/articles/37345

La façon de donner à l'autre est un signe avant coureur fiable de prospective sur le monde de demain. Hier, le professeur et le patron étaient les rois ou les leaders charismatiques de leurs monde. Les nouveaux élèves sont différents des autres, les technologies modifient les relations à l'autre et aux savoirs. 

Changer les modèles, car les technologies changent avec les hommes

Si notre société change, c’est que les technologies changent aussi et qu’il faut s’y adapter, à moins que ce soient celles qui sont créées maintenant car nous avons évolué ?

»Et, un jour apparaît la génération Y, bizarres, pas comme les autres, décalés. Ils restent à la maison devant leurs jeux vidéo. Et, arrivent dans la foulée les Z. Alors ceux-ci savent qu’ils ne veulent pas la vie de leurs parents. L’école les a formé à savoir ce qu’ils ne veulent pas perpétuer et cet état de fait révolutionne le rapport employés/entreprises. Les responsables de ressources humaines les craignent car comment faire pour pérenniser les entreprises si les nouveaux arrivés ne peuvent pas travailler avec les anciens ? Et, le bonheur ? Qu’est-ce que cela a à voir avec le contrat de travail ?”

Source : La philosophie rationnelle est morte, vive le bonheur en classe ! - Virginie Guignard Legros - octobre 2018 - https://cursus.edu/articles/42029

C’est ce que pensent les anciens, ceux formés au modèle hiérarchique. Les jeunes qui arrivent eux prennent le contre-modèle et foncent vers l’envie de vivre dans le bonheur utopique plus que dans l’argent.

Les nouvelles Générations dont les Z…

”les jeunes veulent du bonheur, et ils le veulent tout de suite. "L’entreprise n’est plus considérée comme une «mère nourricière» à laquelle on s’attacherait sur le long terme, mais un point de passage, où prédomine la relation donnant-donnant. Le jeune salarié apporte ses compétences, l’entreprise lui permet de vivre (et d’acquérir) une expérience. Le bien-être au travail est un élément essentiel de la transaction. Pas question d’attendre la retraite pour être heureux ! Les ‘Z’ veulent prendre du plaisir au travail".

Source : Instantanéité, collaboration, bonheur, 5 clés pour comprendre la génération Z - 2018
https://www.airofmelty.fr/instantaneite-collaboration-bonheur-5-cles-pour-comprendre-la-generation-z-a649772.html

“La deuxième règle du bonheur suit les même principes que ceux de la Blockchain et de la mutation sociétale qui l’accompagne. D’un côté, centration, de l’autre décentralisation, de l’autre le droit d’être un individu collaboratif et non plus dominé. Ce n'est un phénomène ni facile ni simple. Les premières à tomber sont les structures de management et les dernières sans doute celles de gouvernance.

Les structures hiérarchiques se transforment en structures collaboratives, voir co-créative. Nous sommes face à un changement radical de société et de l’homme qui va remplacer son bonheur individuel par un bonheur sociétal, un bonheur au travail et bientôt par un bonheur à l’école, car tout est interlié. C’est le management de l’école qui modélise les managers de demain. Et, si la rupture de paradigme force la logique de gouvernance à l’envers, l’école va devoir aller elle aussi vers la notion de bien-être et de bonheur”.

CF : La philosophie rationnelle est morte, vive le bonheur en classe !

Technologie, jeunesse et société mutent dans le même sens, selon les mêmes valeurs, alors que les anciens restent sur leurs positions en attendant que les choses se remettent en place. Mais, cela n'en prend pas la direction. Au contraire, les chefs d'entreprises n'arrivent plus à garder les jeunes apprentis, ils doivent changer d'attitudes s’ils veulent avoir demain des employés pour pérenniser leurs entreprises. Les clefs de la prospérité de demain sont dans les mains des écoles.

Re-designer les rapports entre élèves et professeurs uniquement selon le premier axe, de hiérarchique à distribué, est-il suffisant ?

  • “D’un côté, les agents d'un système hiérarchique, avec le professeur au centre qui communique la connaissance de façon descendante à ses élèves dans le cadre d’un système compétitif. On a des notes, des premiers de classe valorisés. Les décrocheurs au fond de la classe près du radiateur. Ce système traditionnel, transmis depuis des décennies, s’est transposé à toutes les couches de la société. Le design de ce système est figé par la structure de la relation où le professeur est mis sur un piédestal et l’enfant doit entrer dans un moule.

  • De l’autres côté, des communicateurs qui sortent du cadre pour partir de l’enfant, de ses possibilités, de ses besoins, de son environnement pour lui permettre de se construire avec ses camarades. L’idée est de co-créer la connaissance par le lien entre l’enfant, le professeur, les objectifs pédagogiques et l’environnement selon des valeurs qui peuvent être variables, mais toujours centrées sur l’enfant. Le cadre est plus souple et on y fait preuve de plus d’agilité de mobilité”.

Source : Design d’art et design collaboratif ou la gestion de la relation  - Virginie Guignard Legros
https://cursus.edu/articles/41268

Si on observe le mouvement de société en cours du modèle individuel vers le modèle collectif, c’est clair que s’arrêter à ces deux designs des quadrants individuels, c’est limiter les capacités des élèves à s’adapter à de nouvelles façons de faire qui arrivent dans notre avenir immédiat. On observe aussi le quatrième modèle qui émerge par les outils numériques et la digitalisation, mais qui a toujours été présent dans les cours de récréation. Qui va devoir passer du savoir intuitif au savoir appris assez rapidement.

“Un troisième concept..., un autre design pédagogique qui est celui de la représentation, de l’expression des sentiments, de la communication des concepts.

“Chaque sentiment induit par la perception de la réalité sensorielle doit pouvoir être exprimé, représenté, pour permettre le développement d’une conscience de la relativité des êtres et des choses : c’est grand, c’est petit, c’est froid ou brûlant, c’est simple ou compliqué, c’est terrifiant ou rassurant… À l’école, ces expressions s’apprennent dans des espaces qui n’ont pas tout abandonné des espaces de l’école maternelle, car l’enfant a besoin d’aller vérifier dans le jardin, à l’atelier. Il a besoin de terrains d’expérimentation autant que de terrains d’expression.

CF Carnet des études urbaines"...

Le design correspondant au quadrant 3, par contre, on ne le retrouve pas dans l'école traditionnelle. C’est celui de la salle de classe inversée. C’est celui basé sur l’autodiscipline d’apprentissage individuel de masse et aussi celui des MOOCs.

“Que la relation soit anthropocentrée ou dans l’interaction avec les autres voire même dans l’extrapolation, celle-ci va générer un design, une façon de créer, de faire, d’être et donc de structurer l’objet pédagogique.

Il n’y a pas de bonnes ou mauvaises façons, il y a juste des utilisateurs face à des designs qui leur sont adaptés ou pas selon leur nature ou leur âge ou le moment de la journée. Il y a aussi des mutations de sociétés qui vont valoriser un design par rapport à un autre et faire que celui du jour ne correspond plus aux besoins conceptualisés du moment”.

CF : Design d’art et design collaboratif ou la gestion de la relation

Ce genre de formation, comme celle de Richard Elmore, sensibilise au sujet du management de l'éducation et de ses effets sociétaux. C'est un outil indispensable pour qui a la responsabilité de créer des outils pédagogiques ou de prendre des décisions sur comment transmettre les savoirs.

C'est un problème qui progresse tout doucement et qui sera encore plus intense quand tous les papyboomers seront en retraite et qu'il y aura plus d'emplois que d'employés possibles. Pour l'instant, il faut former des élèves agiles qui pourront rebondir d'une typologie à l'autre.

Le monde change, avec les bons outils les élèves suivront le mouvement dans les meilleures conditions. 

Source image : Pixabay Prawny

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné