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Lève-toi et sauve ta langue !

Quand les étudiants se battent pour leurs langues

Par Sandrine Benard , le 31 mars 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 02 avril 2019

Journée Des Langues Et Cultures Polynésiennes 2019

 « L'étudiant n'est pas un conteneur que vous devez remplir mais un flambeau que vous devez allumer. »(Albert Einstein, 1879-1955, mathématicien, physicien et scientifique allemand)

Et ce feu, ce sera à l’étudiant de le faire grandir et surtout de le maintenir pour qu’il reste en activité le plus longtemps possible.

Étudier, apprendre, cela fait partie de notre vie. Que ce soit sur le plan scolaire, professionnel, social, personnel, nous apprenons tous les jours. Sur le plan des langues aussi, bien sûr, nous commençons par apprendre notre langue maternelle, puis nous en essayons d’autres.

Mais que se passe-t-il quand notre propre langue est remise en question ? C’est justement pour répondre à cette question que bon nombre de communautés étudiantes se sont levées, afin de protéger leur langue et de lui garantir sa place maintenant, mais aussi pour les générations futures.

Qu’ils soient Autochtones, Bretons ou Marquisiens, ces étudiants veillent à la protection de leur patrimoine linguistique. Comment cela se manifeste-t-il ? Dans quel but ? Présentation de trois manifestations étudiantes en faveur des langues !

Du Breton dans ma fac

Notre voyage commence dans l’ouest de la France, où une université « résiste encore et toujours à l’envahisseur »… si ces quelques mots vous rappellent quelque chose, c’est que vous avez lu Astérix, et donc, vous avez compris qu’on parle de la Bretagne, plus exactement de l’université de Rennes, où, le 10 février 2019, un projet de signalétique bilingue a été déposé au FSDIE (Fonds de Solidarité et de Développement des initiatives étudiantes). 

Son nom ? Brezhoneg Em Skol Veur (du Breton dans ma fac). Son objectif ? Systématiser des panneaux bilingues français-breton sur l’ensemble des trois campus (un à Saint-Brieuc et deux à Rennes). En effet, l’université étant un lieu de formation et d’émancipation de la jeunesse bretonne, sa responsabilité dans la sauvegarde et le développement de la langue demeure un enjeu essentiel. 

Ce projet a vu le jour grâce aux nombreux programmes Erasmus effectués par les étudiants bretons dans des universités espagnoles (Barcelone et Bilbao) ou britanniques (Aberystwyth), où ils ont pu y remarquer l’égalité fondamentale entre les langues et le respect des droits des locuteurs, respectivement catalans, basques et gallois.

D’autre part, une enquête sociolinguistique menée en 2018 sur les langues de Bretagne prouve l’attachement de ce peuple à sa langue : 31% des moins de 25 ans souhaiteraient parler breton, plus de 70% seraient favorables à plus d’enseignement du breton dans les écoles et 85% sont pour le bilinguisme sur les panneaux publics. Les chiffres parlent d’eux-mêmes…

Marquisiens purs et durs

Notre voyage se poursuit au bout du monde, en Polynésie française, plus exactement dans les îles Marquises, où s’est récemment tenue la 10e journée des langues et cultures polynésiennes, le 15 février 2019. 

Le thème de cette année était « Lève-toi et sauve ta langue ! »… et cela, les étudiants de l’université de la Polynésie Française l’ont bien compris en «envahissant» littéralement la scène avec des spectacles de danse (le fameux Haka, comme en Nouvelle-Zélande, célèbre par sa prestation par l’équipe de rugby des All Blacks), des conférences et des campagnes de sensibilisation à leur langue.

En effet, le marquisien, officiellement reconnu comme langue régionale de France, fait partie des nombreuses langues parlées dans l’archipel, parmi lesquelles on trouve aussi le tahitien, le pa’umotu et la mangarévien. Si près de 95% des habitants de la Polynésie française parlent français, 75% de ces mêmes personnes savent également parler une autre de ces langues polynésiennes, c’est pourquoi il est important, selon les étudiants, de continuer cette tradition et de la perpétuer aux générations suivantes, car si leur apprentissage est obligatoire à l’école primaire, il devient facultatif voire absent au secondaire et à l’université. 

Le message des étudiants se veut fédérateur : « Soyons protecteurs de nos traditions et de nos langues malgré les difficultés ».

Autochtones en Outaouais

Enfin, le voyage se termine au Canada, plus précisément à Gatineau, près d’Ottawa, où vient de se terminer (25-29 mars 2019) à l’UQO (université du Québec en Outaouais) la semaine culturelle autochtone. 

Cet événement, présenté par le Bureau de liaison autochtone de UQO, en collaboration avec les Services aux étudiants (SAÉ-UQO) et l’Amicale autochtone a été l’occasion de mettre à l’honneur des enseignements de savoirs traditionnels par des experts autochtones reconnus, de parler des parcours et d’expériences d’étudiants autochtones, ainsi que de travaux de recherche en études autochtones. 

Au Canada, bien que la langue soit une composante essentielle de l’identité culturelle d’une personne, on constate que plusieurs de ces langues autochtones sont menacées de disparition. Seulement 15,5 % de la population autochtone du Canada parle couramment une langue autochtone. L’objectif de cette semaine était donc bien d’informer, mais aussi de sensibiliser le grand public, mais surtout les étudiants, à la nécessité de protéger et perpétuer les langues autochtones.

Et demain ?

On dit souvent que ce sont les jeunes qui sont en train de « perdre » la langue, mais à la lecture de tels exemples, on ne peut que reprendre espoir et se dire que justement, ce seront peut-être eux qui la sauveront. À les voir se battre, résister et sensibiliser, on ne peut qu’encourager de telles manifestations de sauvetage, espérons maintenant que la jeunesse d’aujourd’hui réussisse non seulement à gagner la bataille, mais aussi la guerre, pour que vivent et demeurent les langues et que le flambeau, dont parlait Einstein, continue de brûler !

Sources 

 

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