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Les minorités actives qui dérangent

La passivité d'une majorité face aux minorités actives peut avoir des conséquences importantes sur des décisions politiques.

Par Régis Vansnick , le 31 mars 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 02 avril 2019

Conformisme

On parle de conformité lorsqu'une personne modifie son comportement ou son attitude pour la rendre plus semblable au comportement ou à l'attitude d'un groupe. La conformité peut se produire sans que le groupe ne désire exercer une influence sur l'individu ou le surveiller, dans la mesure où la personne connaît la position du groupe et veut l'accepter.

L’expérience de Ash

Solomon Asch a développé une expérience de psychologie sociale [1]. Il a réuni des groupes d'étudiants et leur a dit qu'ils participeraient à une étude sur la perception visuelle. Leur tâche consistait à comparer la longueur d'une ligne étalon à trois autres segments. Une seule des lignes de comparaison était de la même longueur que l'étalon. Chaque groupe ne comprenait en fait qu'un seul participant réel. Les autres membres du groupe étaient des complices à qui l'on avait demandé de donner des réponses incorrectes.

Le vrai participant était l’avant dernier à répondre. Il a donc été exposé à la pression du groupe lorsque les autres membres ont choisi une ligne de comparaison incorrecte.

Le pression du groupe diminuait quand le groupe n’était plus unanime dans l’erreur ou quand le sujet ne devait pas dévoiler publiquement ses réponses.

Qu’est-ce que le principe des minorités actives ?

L’influence, loin d’être un effet unilatéral de la source sur la cible, est un processus réciproque qui implique action et réaction et de la source et de la cible. Si nous imaginons chaque membre du groupe, qu’il soit dans une position d’autorité ou qu’il soit déviant, qu’il appartienne à la majorité ou la minorité, comme étant à la fois un émetteur et un récepteur d’influence, nous sommes mieux en mesure de saisir ce qui lui arrive dans une véritable interaction sociale. Ceci implique la recherche, dans tous les cas, de relations symétriques.

Selon Moscovici, pendant très longtemps, un grand nombre d'individus étaient versés dans des catégories déviantes, étaient traités et se traitaient en tant qu'objets, voire en tant que résidus de la société normale. Depuis peu, ces catégories se changent en minorités actives, créent des mouvements collectifs ou participent à leur création. Autrement dit, des groupes qui étaient définis et se définissaient, le plus souvent, de manière négative et pathologique par rapport au code social dominant, sont devenus des groupes qui possèdent leur code propre et, en outre, le proposent aux autres à titre de modèle ou de solution de rechange. Par conséquent, il ne faut plus les compter parmi les objets mais les sujets sociaux.[2]

Les minorités victimisées

La lutte des mouvements de défense des droits civiques dans les années 60 a transformé la perspective morale à partir de laquelle la majorité considère ses propres comportements envers les minorités sociales. Le résultat en a été un jugement immoral d'attitudes et de comportements discriminatoires qui avaient longtemps été considérés comme naturels.

Ainsi, un changement s'est opéré dans les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires, conférant aux minorités un nouveau pouvoir moral. Cette nouvelle représentation morale des minorités persécutées a donné naissance à une nouvelle catégorie de minorités - les minorités victimisées.

Qu'est-ce qui rend une minorité persuasive ? [3]

Le style de comportement adopté par la minorité active est important pour déterminer son succès.

Cohérence

Une minorité active est plus susceptible de changer l'opinion des membres du groupe si sa position est distinctive et cohérente au fil du temps. Les minorités actives doivent vraiment persuader les membres du groupe. Une position cohérente est persuasive parce qu'elle implique que la minorité est lucide, confiante et téléologique (allant vers une finalité). Une minorité constante amène la majorité à repenser ses positions. Elle peut aussi stimuler la pensée créative. La question des minorités constantes fait l'objet d'un débat.

EX : Moscovici a fait valoir que les expériences d'Asch illustraient en fait l'influence des minorités. Le sujet était un représentant de la majorité. Les autres provenaient de la minorité des incompétents perceptifs. Cette minorité était influente en raison de sa cohérence.

La confiance en soi

Tout comportement d'une minorité qui véhicule la confiance en soi aura tendance à soulever des doutes au sein de la majorité. La confiance en soi tend aussi à être un trait des leaders. Les leaders charismatiques ont tendance à avoir une foi inébranlable en leur cause, une confiance totale en leur capacité à réussir et une capacité à communiquer cette foi dans un langage clair et simple.

Défections de la majorité

Les membres de la majorité qui, autrement, auraient pu censurer leurs doutes, se sentent plus libres de les exprimer et peuvent même passer à une position minoritaire. Les transfuges sont souvent plus persuasifs que ceux qui ont toujours été minoritaires. Les défections peuvent souvent avoir un effet boule de neige.

Par exemple, en Belgique, il a été question de réviser la constitution pour pouvoir voter une loi climat. 300 personnes ont manifesté à Bruxelles pour que le parlement vote la révision.[4]   S’en est suivie une défection de la majorité. Le MR, parti du premier ministre a changé de position et va finalement voter la proposition.[5]

Une minorité vise à influencer la majorité

Le modèle de trois entités sociales interdépendantes proposé par Gabriel Mugny pour rendre compte du rôle social des minorités et de leur capacité à déclencher l'innovation et le changement social explique comment une minorité active, dans une relation conflictuelle d'antagonisme avec le pouvoir, cherche à influencer une majorité de population que le pouvoir tente de soumettre.[6]

Une minorité active déploie une relation politique d'antagonisme avec le pouvoir. Leur comportement, ainsi que le conflit sociopolitique qu'il déclenche, vise à changer le statu quo et à forcer les pouvoirs institutionnels à légiférer et à agir afin de garantir les droits élémentaires. Ces minorités actives définissent également une relation d'influence avec la population générale, la majorité. Ils s'appuient sur des actions et des styles de communication visant à sensibiliser la population aux violations des droits fondamentaux commises par les pouvoirs en place.

Des minorités actives à la tyrannie des minorités ?

La tyrannie des minorités est le titre d’un article publié par Nicolas de Pape dans le magazine Le Vif [7] . Il aborde les sujets qui font l’objet de demandes de changement par des minorités actives tels que :

  • spécistes favorables aux Droits des animaux, végétaliens,
  • néo-féministes qui voient en chaque homme un violeur potentiel,
  • théoriciens de l'ouverture totale des frontières aux migrants au nom de la libre circulation planétaire...

pour conclure que : L'intimidation est la règle pour tous les renégats. Ce sont les minorités qui imposent leur loi à la majorité. L'opprimé est devenu l'oppresseur.

Dans un autre article [8] , Kathrine Jebsen Moore parle de la militante Greta Thunderg dans un article titré : Malheur à la ville dont le prince est un enfant. Selon l’auteure, la jeune militante suédoise Greta Thunberg dessert la cause qu'elle prétend défendre, à coups de contrevérités et de pessimisme apocalyptique.

Un passage de l’article cite :

Critiquer une adolescente pleine de bonnes intentions n'est pas la meilleure recette pour se faire aimer, et les propos de Young n'ont pas tardé à attirer un flot de critiques dédaigneuses sur Twitter.

On peut faire le parallèle avec le principe des minorités victimisées énoncé plus haut.

Quel est le rôle des réseaux sociaux ?

Les réseaux sociaux sont des outils de communications formidables. Les minorités actives s’en servent de façon très pertinente pour constituer des groupes soudés. Leurs positions sont cohérentes au fil du temps et les leaders font preuve d’une confiance inébranlable. Grâce aux réseaux sociaux ils peuvent donc diffuser leurs idées à travers le groupe minoritaire, à organiser les actions de communication mais aussi limiter les contradictions.

Délicate situation

C’est une bonne chose que des personnes préfèrent l’innovation et le progrès au conformisme mais le danger est que le débat et les divergences d’opinion soient pris en otage par les minorités actives. Par leurs critiques envers les opinions contraires, elles peuvent faire taire une majorité. La liberté de parole et d'opinion est le principe régulateur à défendre autant entre les groupes qu'à l'intérieur des groupes.

 

[1] https://www.alternatifs.eu/psychologie-sociale/

[2] Moscovici Serge, Psychologie des minorités actives, PUF, Septembre 1996

[3] https://www.simplypsychology.org/minority-influence.html

[4] https://www.rtbf.be/info/societe/detail_des-manifestants-pro-climat-bloquent-la-rue-de-la-loi-et-demandent-l-adoption-de-la-loi-climat?id=10179235

[5] https://www.lalibre.be/actu/politique-belge/loi-climat-le-mr-change-de-cap-5c98c1ea9978e263330fb8ce

[6] http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/15132/HERMES_1989_5-6_227.pdf

[7] https://www.levif.be/actualite/international/la-tyrannie-des-minorites/article-opinion-811523.html

[8] https://www.lepoint.fr/debats/malheur-a-la-ville-dont-le-prince-est-un-enfant-30-03-2019-2304806_2.php

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