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Le virage vert des industries asiatiques

Comment la Chine et ses voisins essaient de diminuer l'empreinte écologique de leurs industries?

Par Alexandre Roberge , le 22 avril 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 23 avril 2019

Traditionellement, plus d'industries équivaut à plus de pollution. Déjà à cause des particules provenant de la combustion de combustibles fossiles comme le charbon et des résidus relâchés généralement dans les cours d’eau, enfouis ou accumulés en dépotoirs. Ce portrait ne s’est pas amélioré avec le temps. Bien au contraire, l’augmentation de l’activité industrielle continue de souiller la planète jusqu'en Antarctique..

Conséquemment, il semble nécessaire que l’industrialisation prenne un tournant vert. Certains pays hésitent encore tandis que d’autres ont emboîté le pas. Particulièrement en Asie où énormément de produits sont fabriqués, la question de l’usine verte a intéressé les autorités.

Des exemples à suivre de la Chine au Bangladesh

La Chine, contrée la plus peuplée et fabricant le plus d’articles de consommation, sait très bien ce que peut faire la pollution au paysage et à la santé publique. Uniquement à Beijing, en 2012, plus d’un million de personnes mourraient dues à la pollution dans l’air. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que l’Empire du Milieu cherche à améliorer la situation.

Depuis 2017, par exemple, les industries du textile essaient d’abaisser le taux de contamination aquatique. Ainsi, des usines ont développé des mécanismes de traitement des eaux pour capturer la teinture et autres produits qui se trouvaient dans de nombreuses rivières chinoises. Le pays a aussi vu se multiplier le nombre de fabriques vertes; selon le recensement de 2018, elles étaient 409 au total. Elles travaillent beaucoup, entre autres, à améliorer leur bilan énergétique.

Il faut dire que la Chine commençait à avoir de la compétition. En effet, dans les mêmes années, le Viêtnam cherchait à diminuer l’empreinte écologique de son industrie du textile, la cinquième plus importante au monde. Par contre, ce mouvement est né de la contestation de Vietnamiens qui en avaient assez des mauvaises odeurs et des rebuts laissés par les fabriques. Aussitôt, le gouvernement a adopté des lois sévères, obligeant les manufacturiers à prendre des approches plus écoresponsables. Du côté du Japon, pour contrebalancer l’effet négatif sur l’environnement des usines, des espaces verts sont créés afin de stimuler la biodiversité. Ainsi, des oiseaux, papillons et autres insectes pourront trouver refuge dans des milieux plus industrialisés.

Au Bangladesh, grand producteur aussi de textile, pourrait se targuer d’être l’exemple à suivre. Ce ne sont pas moins de 280 manufactures qui ont développé des approches moins polluantes, dont 67 répondent aux critères très élevés du US Green Building Council. En fait, dans un palmarès mondial des usines vertes, 7 des 10 premières places appartiennent à des établissements bangladais. Par contre, les administrateurs de ces usines ne sont pas nécessairement satisfaits de ce virage vert. En effet, selon eux, malgré la reconnaissance internationale, ils n’ont pas vu de hausse significative de leur chiffre d’affaires. Ainsi, cette approche écologique n’en était pas une en fonction de l’avenir de la planète mais plutôt une façon de résoudre la question de la crise financière de 2008 en consommant moins de carburant et de nourriture.

Une approche moins coercitive en Occident?

Voilà donc le point noir du tableau asiatique en ce qui a trait au virage vert : une grande partie des fabriques ne se sont soumises à des lois gouvernementales que pour éviter de payer des amendes. Du côté occidental, au contraire, les usines prenant un tournant écoresponsable le font par conviction. Elles sont moins nombreuses mais ne regrettent pas ce choix. Par exemple, au Québec, un projet de capture de carbone pour le réutiliser différemment a été mis en place. Cette idée de captation des émissions de CO2 semble au cœur des préoccupations nord-américaines. Le concept étant de retirer les émissions polluantes sans diminuer la production à l’intérieur.

Et l’usine du futur pourrait-elle être entièrement verte? En tout cas, ceux qui font de la prospective croient que l’automatisation, malgré ses demandes énergétiques, serait tout de même moins énergivore que les méthodes de production actuelles. Avec l’impression 3D, il serait possible de reproduire une pièce en utilisant beaucoup moins de matériel. Par exemple, General Electric qui développe le moteur d’avions monocouloirs a réussi à créer les tuyères en une seule pièce . Un processus qui demandait auparavant la fabrication de 18 composantes.

La solution pour l’usine écologique reposerait donc en partie par une approche asiatique, c’est-à-dire des politiques plus fortes pour contraindre les industries à s’y soumettre. Or, de l’autre côté, il faut proposer des palliatifs qui ne seront pas vus comme des obstacles ou des coûts supplémentaires mais comme un avantage pour les usines et l’environnement.

Illustration : chuttersnap sur Unsplash 

Références :

« 13 Factories Leading the Green Revolution at Bangladesh's RMG. » Bangladesh Apparel News. Dernière mise à jour : 21 septembre 2018.
https://www.bdapparelnews.com/13-factories-leading-the-green-revolution-at-Bangladeshs-RMG/48/48

« Building Energy-efficient Factories, Achieving Green and Smart Manufacturing. » Delta Brand News. Dernière mise à jour en août 2018.
http://brandnews.deltaww.com/EN/40/SpecialTopic.aspx

« Environnement : Une Solution Révolutionnaire Contre Les émissions Polluantes Industrielles De CO2. » La Presse. Dernière mise à jour : 11 avril 2018.
https://www.lapresse.ca/xtra/co2-solutions/201804/11/01-5160667-environnement-une-solution-revolutionnaire-contre-les-emissions-polluantes-industrielles-de-co2-.php

Fu, Li. « Environmentally Friendly Factories Emerging in China. » Youlin Magazin. Dernière mise à jour : 2 janvier 2019.
https://www.youlinmagazine.com/story/environmentally-friendly-factories-emerging-in-china/MTM4MA==

« Green Factories Don't Earn Any Better: Apparel Makers. » Apparel Resources. Dernière mise à jour : 10 septembre 2018.
https://apparelresources.com/business-news/sustainability/green-factories-dont-earn-better-apparel-makers/

« Japanese Firms Creating Green Areas to Boost Biodiversity at Factories. » The Japan Times. Dernière mise à jour : 22 août 2018.
https://www.japantimes.co.jp/news/2018/08/22/national/japanese-firms-creating-green-areas-boost-biodiversity-factories/#.XLkEluhKiM9

Johnson, Doug. « How to Cure Smoke Pollution From Factories. » Sciencing. Dernière mise à jour : 11 avril 2018.
https://sciencing.com/cure-smoke-pollution-factories-23979.html

Leng, Sidney. « Can Chinese Manufacturers Ever Be Clean, Green and Profitable? » South China Morning Post. Dernière mise à jour : 12 septembre 2017.
https://www.scmp.com/news/china/economy/article/2110877/can-chinese-manufacturers-ever-be-clean-green-and-profitable

Richard, Philippe. « L’Usine 4.0 Pourra-t-elle Devenir Propre ? » Techniques De L’Ingénieur. Dernière mise à jour : 16 octobre 2018.
https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/usine-4-0-energie-environnement-propre-59042/

Tai, Crystal. "How Vietnam's Textile Industry is Trying to Be More Eco-friendly." South China Morning Post. Dernière mise à jour : 28 décembre 2017.
https://www.scmp.com/lifestyle/fashion-luxury/article/2125808/how-vietnam-could-upgrade-its-textiles-industry-become-eco

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