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Sauver les langues des forêts : Elfdalian, Resigado...

Vivre ou laisser mourir

Par Sandrine Benard , le 13 mai 2019

Un proverbe africain dit : « Quand un arbre tombe, on l'entend ; quand la forêt pousse, pas un seul bruit. » Vous l’aurez compris, aujourd’hui, nous parlerons de la nature, des arbres, de la forêt, de tout ce monde vert qui nous entoure et sans qui nous ne pourrions pas vivre.

Et les langues dans tout ça ? Nous nous intéresserons aux langues de la forêt, plus exactement à l’Elfdalian, en Suède, puis au Resigado, au Pérou, afin d’essayer de comprendre la difficulté qu’ont ces langues sylvestres à survivre et comment elles tentent de rester en vie.

Des symboles et des langues

Avant de passer aux choses sérieuses, arrêtons nous un moment aux graphies de certaines langues dites sinoxéniques, à savoir le coréen, le japonais ou le vietnamien, pour ne citer qu’elles. Leur particularité ? Posséderun grand nombre de termes d'étymologie chinoise, sans toutefois être à l'origine une langue de la famille des langues chinoiseset surtout, utiliser des idéogrammes qui symbolisent certains mots. Par exemple, pour écrire le mot « forêt », les symboles utilisés ressembleront à des arbres : 森林 ou 林. On reconnait bien là le tronc et les branches et le fait de les « poser » côte à côte entretient bien l’idée de regroupement d’arbres, donc de forêt ! Comme quoi, pas besoin d’être en expert en langues asiatiques pour comprendre cet idéogramme…

L’Elfdalian

Derrière le nom de cette langue que Tolkien, le père du Seigneur des Anneaux, n’aurait certainement pas renié (il ressemble beaucoup à l’Elfique !), se cache une histoire peu banale. L’Elfdalian, ou Dalécarlien si on francise ce nom, est une langue scandinave parlée par environ 3 000 personnes dans la commune d'Älvdalen, en Suède, dans le comté de Dalécarlie.

Il s’agit d’une langue parlée autrefois par les Anciens Vikings de la Forêt et qui, jusqu’au début du XXe siècle entretenait une place assez importante dans les communautés locales, avant de sombrer dans l’oubli et d’être voué, comme nombre d’autres langues du même genre, parlées par des communautés de plus en plus restreintes, à disparaitre complètement. Or depuis quelques années, on remarque un regain d’intérêt pour l’Elfdalian, à tel point que le gouvernement suédois pense sérieusement à lui attribuer le statut de langue minoritaire, ce qui lui confèrerait alors de nombreuses protections et encouragerait son usage dans les écoles et parmi les écrivains et les artistes. 

Bien que dérivée du vieux norrois (langue des Vikings, vers 750-1050), cette langue est unique et ne ressemble en rien aux autres langues scandinaves, que ce soit par sa tonalité, ses sons, sa grammaire ou son vocabulaire. Si, par exemple, les locuteurs du suédois, du danois ou du norvégien peuvent se comprendre sans parler ces autres langues, il n’en va pas de même pour l’Elfdalian, qui demeure incompréhensible !

Petit clin d’œil à Tolkien justement… Saviez-vous ce qui a contribué à revigorer l’intérêt pour cette langue ? Selon le linguiste Dr. Guus Kroonen de l’université de Copenhague (Danemark), « l’Elfdalian ressemble plus à ce qu’on pourrait entendre dans le Seigneur des Anneaux qu’au fin fond d’une vieille forêt suédoise ! ». De même, le jeu vidéo World of Minecraft (2010) a intégré un village où on parle… l’Elfdalian ! Comme quoi, la pop-culture peut grandement aider à revitaliser des aspects sociolinguistiques tombés aux oubliettes…

Le Resigado

Changeons maintenant de continent et rendons nous en Amérique du Sud, plus précisément au pays des Incas, au Pérou. Au cœur de la forêt Amazonienne vivent encore des tribus Indiennes qui résistent, tant bien que mal, à la « civilisation ». Certaines y sont totalement hermétiques, mais d’autres s’y sont résignées. Le problème, c’est qu’en acceptant cette « intégration », ils ont également abandonné leur culture et donc, leur langue. Un exemple est celui de la tribu Resigado, dont il ne reste aujourd’hui plus qu’un seul locuteur.

Sorti de la forêt et intégré à la société péruvienne à ses 19 ans (il en a aujourd’hui plus de 80), celui-ci se désole aujourd’hui de n’avoir jamais transmis sa langue à ses enfants et de ne plus pouvoir la parler qu’en se rendant au cimetière sur la tombe de ses parents et de ses sœurs. Toutefois, les enfants de cet homme veulent se battre pour faire revivre le resigado et ne pas perdre cet héritage linguistique qui est le leur.

Et demain ?

Les peuples qui vivent dans les forêts dépendent de la sauvegarde (ou pas) de ces espaces naturels. Jour après jour, des hectares entiers de forêts sont détruits, ne serait-ce qu’en Amazonie. Pour les tribus qui s’y cachent encore, c’est le début de la fin car leur habitat qui est menacé et donc, leur société, leur langue. Certaines disparaissent, d’autres reviennent à la vie. Leur survie dépend de la volonté de chacun.

Sorosoro, dont nous avions déjà parlé, est un organisme qui se bat pour que vivent les langues du monde, alors contribuons nous aussi à leur survie et aidons à la protection de ces grands espaces verts, et par la même occasion, sauvons les langues des forêts !

Sources 

 

Illustrations

 

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