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L'humanité vers la permaculture

Avoir des clefs pour voir les choses et leurs concepts porteurs

Par Virginie Guignard Legros , le 13 mai 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 14 juin 2019

Pour qu’une idée nouvelle puisse germer, il faut l’idée, mais aussi l’état de conscience collective pour la recevoir et le bon niveau de savoir faire en place pour la comprendre et la mettre en application.

Pour illustrer cet article, j’ai cherché des exemples factuels au sujet de la conscience collective sur le web. En fait, en dehors de sujets autour de la spiritualité, il n’y a pas beaucoup d’écrits. J’ai trouvé ceci bien étrange d’avoir intégré un savoir à la fois personnel et rationnel il y a bien des années et de me dire que si c’est un sujet clair pour moi, il semble qu’il soit à défricher pour beaucoup d’entre nous. Peut-être est-ce le fait d’avoir travaillé longtemps dans des labs d’intelligence collective qui a étayé ma maïeutique personnelle. Si on va chercher dans l’histoire, il existe cependant un contre-exemple majeur qui peut ouvrir le débat.

Suppléance mentale

Lors des années de la deuxième guerre mondiale, des gens ont vu passer des trains avec des gens transportés comme des animaux vers une destination mortelle. Ce n’était pas un train, mais des centaines de trains qui menaient des gens vers la mort. Certains témoins vivaient près des départs, mais d’autres vivaient à côté des chambres à gaz. Et, personne, à part ceux qui étaient sur place, n’a jamais pu imaginer que toutes ces personnes allaient pour la majorité vers la mort. Pourquoi ? Parce que ce qui n’est pas imaginable dans la conscience collective, n’existe pas. Cela paraît étrange, mais c’est une réalité.

De la même façon qu’une personne sourde qui lit sur les lèvres va faire de la suppléance mentale pour comprendre le sens d’une conversation dans son contexte. Si le contexte n’est pas compris, la personne sourde va remplir les vides, les questionnements par des éléments de sa vie, de sa compréhension, par des choses qui sont seulement logiques pour elle et qui correspondent à son savoir personnel. Ce phénomène n'est pas de la négation, comme on a pu quelquefois le lire, mais à un phénomène de suppléance mentale collective impossible.

“La suppléance mentale est une stratégie principalement utilisée par les personnes sourdes et malentendantes afin d'interpréter une discussion suivant le contexte, que ce soit en contact visuel direct ou en situation d'audition (comme au téléphone). Dans ce dernier cas, il est fréquent pour un malentendant de ne pas comprendre plus d'un quart des mots, mais finalement de comprendre l'essentiel de la discussion.

Utilisée avec la lecture labiale, ou plutôt lecture maxillofaciale, elle permet de trouver le sens des mots selon le contexte de la discussion, la logique permettant ainsi d'identifier le mot approprié et de lever partiellement des confusions ou malentendus”.

Source : Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Suppléance_mentale

Autrement dit, l'être humain ne comprend que ce qui est logique pour lui et ce qui est modelé autour de ses systèmes de valeurs.

Que se passe-t-il avec une innovation ? Avez-vous déjà entendu parlé de ces innovations qui arrivent trop tôt ?

“La fermeture éclair

En 1893, l'inventeur américain Whitcom Judson dépose le brevet de l'invention de la fermeture éclair. Il s'agit d'un système de fermeture à glissière basé sur le croisement de petites dents. L'année suivante, il s'associe avec Lewis Walker pour fonder la société Universal Fastener Co en Pennsylvanie et commercialise les premiers exemplaires de fermeture éclair. Mais le système n'est pas fiable et le public n'est pas conquis.

En 1912, l'ingénieur Gideon Sundback, de la firme Universal Fastener Co, améliore l’invention de Judson. Il faut toutefois attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que la fermeture éclair ne se démocratise pour les hommes. Pour les femmes, il est très mal vu d'en avoir sur ses vêtements. Dans les années 1930, le clergé va même jusqu'à bannir les fermetures à glissière, car elles facilitent trop l'abandon des vêtements pour s'adonner à des plaisirs sexuels. Il faut attendre les années 1950 pour que les femmes commencent à en porter sans être mal vues”.

Source :  10 inventions qui ont changé notre vie (et auxquelles personne ne croyait à l'époque)
https://www.atlantico.fr/decryptage/1999773/10-inventions-qui-ont-change-notre-vie-et-auxquelles-personne-ne-croyait-a-l-epoque-


Déjà, l’innovation doit être pratique, sinon, elle est un échec de par elle-même. Pouviez-vous imaginer ce parcours de la fermeture éclair ? Un accessoire qui est si simple et si anodin dans notre vie quotidienne. Cela paraît étrange, mais, elle a du faire son chemin dans les esprits et en particulier auprès des gardiens de la spiritualité. L’église, ou les églises seraient-elles gardiennes de cette fameuse conscience collective ? C’est ce qu’il semble dans les contextes anciens de l’histoire en tout cas. L’imprimerie et le rouet en ont été les exemples flagrants au 16ème siècle. Ils ont été brûlés par les églises en place publique, lesquelles craignaient des mutations sociales irréversibles. Ils n’avaient peut-être pas tort dans leurs prospectives quelque part, mais c’est un autre débat.

Une innovation peut potentiellement changer la face du monde. Une innovation identifiée comme majeure à son époque, ne le sera pas forcément à l’échelle du siècle ou du millénaire. C’est le fameux effet papillon climatique que l’on peut transposer aux innovations.

“L' «effet papillon» est une expression qui résume une métaphore concernant le phénomène fondamental de sensibilité aux conditions initiales de la théorie du chaos. La formulation exacte qui en est à l'origine fut exprimée par Edward Lorenz lors d'une conférence scientifique en 1972, dont le titre était :

            « Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? »”

Sources : wilipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_papillon

L’innovation est souvent une innovation qui arrive naturellement suite à une évolution de la pensée collective après maints essais, apprentissages, savoirs faire, savoirs vivres et autres qui vont mener à une mutation majeure. Il y a souvent un chemin, une gradation à vivre, à comprendre pour arriver au niveau de conscience supérieur à celui du contexte précédent.

Aujourd’hui, on parle de permaculture,...

...mais pour pouvoir mettre en place cette façon de cultiver, il y a un parcours certain des consciences collectives pour en comprendre le concept. Alors que le modèle de la nature est de l’ordre de la permaculture, personne depuis le début de l’humanité n’en avait conscience et tous étaient aveugles à cette compréhension du monde. Il a fallu attendre que le monde devienne complexe. Il a fallu attendre que l’on expérimente d’autre modèles de jardinage pour en comprendre les bienfaits. Il a fallu attendre que la société et sa conscience collective soient prêtes à en comprendre le fonctionnement.

Comment est-ce que ce concept a émergé tout à coup comme cela de plusieurs endroits à la fois sur la terre ? Mon chemin personnel est passé par des labs en intelligence collective. Au départ, nous avons regardé les comportements des abeilles et des fourmis. L’idée première était que c’était des configurations naturelles et qu’en mettant un millier de gens à travailler ensemble, ils trouveraient leurs chemins et se structureraient en ruche ou en fourmilière.

Au bout de quelques années, le résultat fut que cela ne marchait pas. L’idée suivante était de déformater les individus et de leur redonner de nouveaux modèles. Ca a marché un temps, mais cela n’est toujours pas naturel. Pour que les comportements soient naturels, l’ancrage des expériences dans le vivant est essentiel et pour aller d’un point A à un point Z, le mieux est de faire vivre dans la tête, le corps et l’émotion toutes les phases intermédiaires.

“Le mot "expérience", en effet, est polysémique. Dans son analyse, G. Bastide (1963) distingue trois sens nuancés, et qui correspondent à "trois exigences de la conscience dans son travail de maturation" .

1. L'expérience vécue (éprouver, to experience, erleben). Elle correspond à une "connaissance subjective ressentie d'une manière d'être qualitative et intensive, dont le caractère unique interdit l'interchangeabilité des sujets". Plutôt que représentation d'objets, elle est, selon Bastide, "conscience de situation éprouvée dans un retentissement vital, qui s'irradie jusqu'aux confins les plus secrets de l'être intime". Je désignerai également comme "expérienciation" cette expérience vécue.

2. Expérimenter (to experiment, experiment). Ce second sens, qui s'articule sur le premier, comme "prouver s'articule sur éprouver", correspond, cette fois, à "l'exigence d'une certitude rationnelle". C'est le "recours décisif destiné à soumettre une hypothèse à l'épreuve de sa réalisation pratique" et l"expérimentation scientifique.

3. Expérience (experience, erfahrung). C'est le sens retenu pour désigner, par exemple, un homme de "grande expérience", et qui a une "connaissance des choses acquises par un long usage". Bastide l'envisage comme un "processus temporel, et même historique, d'intégration". Par ce processus, les expériences, aux deux sens précédents d'expérienciation et d'expérimentation, sont "assimilés par le sujet pour composer sa propre substance" .

Quels peuvent donc être les objectifs et les contraintes des activités expérimentales en classe ? Y a-t-il eu évolution historique ? Et du côté des enseignants, quelles sont leurs opinions et leurs conceptions sur ces pratiques ? Est-il possible, finalement, de mieux connaître le curriculum réel, et d'être informé, objectivement, de ce qui se passe dans les écoles ? Toutes ces interrogations contribuent à questionner l'évolution des pratiques expérimentales dans l'enseignement de la biologie”.

Sources : Le rapport expérimental au vivant - Maryline Coquidé - octobre 2010
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00525838/document

Si ce sujet intéresse la biologie qui est souvent de nature expérimentale en classe, il intéresse aussi tous les niveaux de notre vie et de notre société.

On le retrouve en intelligence collective autour de la gradation de 3 notions qui sont la coopération, la collaboration et la co-création. Ces 3 façons de faire se retrouvent dans l’histoire jusqu’au point d’orgue actuel de la co-création.

Pour y arriver, il a fallu que l’humanité passe de façon itérative par les deux phases précédentes en testant leurs limites, leurs qualités et leurs défauts. Il est essentiel de se rendre compte que si nous n’avions pas pu comprendre cette dernière notion, nous n’aurions pas pu l’identifier dans la nature et donc pas pu en dupliquer sa façon de faire dans le jardinage. Voici la mise en parallèle de ces concepts avec la façon de gérer nos jardins.

C’est par l’expérience et ses itérations que l’homme a pu appréhender la notion de permaculture.

“Prenons l'exemple d'un grand jardin collectif au coeur d'une ville partagé par 48 personnes.

Dans un fonctionnement coopératif, on aura notre grand jardin divisé en 48 parcelles distinctes avec des services communs, comme l'arrivée de l'eau courante ou entre autre le stockage des fertilisants naturels. Chacun est responsable de sa parcelle et quelques fois, il demande à ses voisins directs lui donner un coup de main lorsqu'il est en vacances par exemple. Chacun fait pousser ses carottes, pommes de terre et fleurs de façon individuelle.

La coopération, agglomération individuelle des équipes
autour d'un projet commun !

Dans un jardin de nature collaboratif, le fonctionnement est radicalement différent. Au lieu d'avoir 48 plantations de carottes, on en aura peut-être une seule, à côté de laquelle, on aura un champ de pomme de terre et une partie jardin d'agrément. Dans cette configuration, nos 48 jardiniers sont responsables de l'ensemble du grand jardin collectif. L'absence des uns ou des autres est moins problématique, la répartition des tâches pourra être planifiée entre chaque jardinier urbain. Les actions ne sont plus individuelles, mais collectives.

La collaboration ou la mise en commun
des actions et des ressources !

Il existe encore un troisième niveau en matière de collaboration qui est celui de la co-création ou si on reprend un terme du jardinage, de la permaculture.

Dans un jardin de nature co-créatif, le fonctionnement est tout autre. A la place de nos 48 plantations de carottes, ou de nos groupements thématiques de culture, on en aura un champ intelligent dans lequel s'entremêlent les carottes, les pommes de terre, les fleurs sans se gêner les uns des autres, avec des calendriers plantations complémentaires qui vont s'alterner tout au long de la saison. Tout est dans les liens, la création collective et diversifiée des lieux. On retrouve ce principe dans les jardins à l'anglaise et dans la permaculture.

La co-création, permaculture de nos relations
et projets communs !”

Source : De la coopération, vers la collaboration, pour atteindre... la co-création !
Virginie Guignard Legros - Mars 2017 - LinkedIn
https://www.linkedin.com/pulse/de-la-coop%C3%A9ration-vers-collaboration-pour-atteindre-guignard-legros/


Même si les modèles existent dans la nature, si nos esprits, nos vécus et nos émotions ne sont pas prêts à les comprendre, à les appréhender, nous restons définitivement aveugles et sourds à leur existence, même s’ils existent et sont des réalités effectives.

Source image : Pixabay congerdesign

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Sur la permaculture

La permaculture ou comment coconstruire avec la nature : entretien avec Stefan Sobkowiak - Magazine Découvrir
https://www.acfas.ca/node/46503

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