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Étudiant modèle, employé problème

Pourquoi le milieu du travail se révèle souvent hostile pour les premiers de classe?

Par Alexandre Roberge , le 03 juin 2019

Ils accumulent les étoiles et les honneurs. Sans compter que leurs notes sont excellentes et font leur fierté et de celles de leurs proches. Les étudiants modèles finissent par terminer leurs études avec une gloire et une aisance que jalousent presque leurs camarades. Puis, une fois leur diplôme en poche... c'est la désillusion. Nous pourrions croire que les étudiants modèles ont une voie royale pour leur avenir. Or, cela n’est absolument pas vrai. Les recherches et les retours ont plutôt tendance à montrer que cela leur est plus difficile.

Le désenchantement après les études

Cette auteure, fille d’immigrante jamaïcaine aux États-Unis, raconte comment elle a travaillé d’arrache-pied en classe. Elle figurait continuellement dans les meilleures élèves à tous les niveaux. De quoi créer une fierté dans sa famille. Or, une fois son diplôme obtenu, la quête pour un emploi a été périlleuse.

Alors qu’elle voyait des collègues de la même promotion décrocher des postes désirables, malgré des notes plus moyennes, elle n’arrivait toujours pas à obtenir le début de carrière rêvé. Souvent, elle se faisait dire que sa candidature était intéressante mais pas ce qui était recherché. Au point où sa famille s’inquiétait et ne comprenait pas ce qui se passait. Heureusement, elle a fini par avoir un poste qui la passionnait cinq ans après sa remise de diplôme. Une période de temps qui lui a paru une éternité.

Cette anecdote va dans la lignée de recherches qui tendent à montrer que le lien entre notes académiques et rendement professionnel est inexistant. D’ailleurs, dans les entreprises innovantes comme Google, le recrutement ne regarde que très peu le parcours scolaire. En fait, les travailleurs les plus performants dans, par exemple, des cabinets d’ingénieur seraient, au contraire, des gens ayant eu une moyenne de « B ». Parce que les bulletins ne révèlent rien sur la créativité, le leadership, la capacité de travailler en équipe ou l’intelligence émotionnelle. Or, ce sont ces qualités qui sont recherchées par les employeurs.

Trop d’encadrement tue le potentiel

On le constate, l’école offre un cadre plutôt rigide dans lequel fonctionner. Pour les étudiants modèles, voilà exactement ce qui leur plaît. Cet article explique bien les difficultés rencontrées par ces bons apprenants quand vient le moment de se placer sur le marché du travail. Déjà, ce qui les frappe est l’inconnu devant eux. En effet, jusque là, ils pouvaient suivre le cheminement scolaire sans réfléchir à la suite. En milieu professionnel, ils se trouvent souvent surpris par le manque d’encadrement et de directives. Les directions préférant généralement laisser du lest pour que la créativité et l'initiative soient présentes.

De plus, l’école offre un grand nombre de rétroactions par le personnel enseignant mais aussi par les travaux, les examens, les bulletins, etc. Constamment, les apprenants savent ce qui va ou pas dans leurs approches et peuvent les corriger. Or, dans les espaces professionnels, ces rétroactions sont bien plus rares. Dans certains cas, presque inexistantes, ce qui peut déstabiliser ces bons étudiants habitués à une source régulière de commentaires. D’ailleurs, cela inclut une baisse significative de félicitations pour les tâches bien faites. Contrairement au parcours scolaire, pas d’étoiles dans le cahier. L'employé doit jouer lui-même ses encouragements.

Certains sont même encore plus critiques du cheminement scolaire en argumentant que celui-ci donne surtout l’occasion aux jeunes d’apprendre à éviter l’effort, d'endurer le temps en classe, de créer des excuses ou d’obtenir des félicitations non méritées (dans le cas d’un travail en équipe). Une critique acerbe qui cache toutefois une réalité : et si l’école ne préparait pas bien les élèves à leurs futures carrières? En basant une immense partie des énergies sur la note, nous omettrions une quantité non négligeable de compétences bien plus recherchées que du savoir académique.

Et si l’expérience scolaire avait plus d’importance que les résultats d’évaluation? Cela signifierait que les établissements devraient grandement changer leurs approches et promouvoir des activités qui utilisent le travail d’équipe, la créativité, l’initiative, l’organisation, etc. Une transformation plus en adéquation avec le monde du travail contemporain.

Illustration : Pexels - Pixabay

Références

Anderson, Shanicka. « I Was A "Perfect" Student ? But On The Job Market, That Didn't Matter. » Bustle. Dernière mise à jour : 1er avril 2019. https://www.bustle.com/p/i-was-a-perfect-student-but-on-the-job-market-that-didnt-matter-16997470.

Bleske, Bernie. "School Teaches Students How To Be Bad Workers: 5 Anti-Work Skills Taught In School." Medium. Dernière mise à jour : 31 août 2018. https://medium.com/@berniebleske/school-teaches-students-how-to-be-bad-workers-5-anti-work-skills-taught-in-school-cfb804c12741.

Brooks, Joe. "Practice Makes Perfect: Student Experience Matters Most." Medium. Dernière mise à jour : 13 juin 2018. https://medium.com/communityworksjournal/practice-makes-perfect-f6246720f43b.

Grant, Adam. « What Straight-A Students Get Wrong. » The New York Times. Dernière mise à jour : 14 décembre 2018. https://www.nytimes.com/2018/12/08/opinion/college-gpa-career-success.html.

Ziv, Stav. « Great Students Don't Always Make Great Employees. » The Muse. Dernière mise à jour : 4 décembre 2018. https://www.themuse.com/advice/great-student-struggle-working-world.

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