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L'élève modèle, formatage idéologique; en passant de l'Asie à la mère au foyer

Bon élève ou élève décrocheur, et si les extrêmes de l'un ou l'autre étaient simplement à proscrire ?

Par Virginie Guignard Legros , le 03 juin 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 12 juillet 2019

Si l’élève décrocheur est à un extrême des typologies d’élèves, l’élève modèle l’est lui aussi et peut-être pas dans le bon sens. Non seulement la façon d’éduquer mais aussi la façon de réagir des élèves va façonner les écosystèmes managériaux.

Il y a quelques années, j’ai eu une collaboratrice qui avait des fondamentaux complètements différents des miens...

...et en écrivant cet article, je me suis rendue compte que je n’avais pas été face à une anomalie de personnalité mais à un formatage exacerbé de personnalité.

Je vous pose la situation. Cette dame, qui avait un back-ground d’entraineuse d’Art Martiaux, pensait de façon fondamentale qu’en reprenant les idées de son maître à penser, Serge Beauchemin, chef d’entreprises canadiennes qu’elle admirait infiniment, voir en le plagiant et en faisant mieux que lui, elle forcerait son admiration envers elle et l'inciterait à l’engager.

Personnellement, je ne comprenais pas cette logique. Étant idéatrice, j’ai appris avec le temps la valeur du respect des droits d'auteur, de la propriété intellectuelle. Et, connaissant moi-même un peu, Serge Beauchemin, j’avais quelques doutes sur sa réaction face à cette situation. Mais, sans pouvoir vraiment me prononcer pour lui. En tout cas, de mon point de vue ce positionnement me semblait décalé par rapport à notre monde occidental.

Le rapport à la magnification de la copie est-il d’origine asiatique ?

Quelques années auparavant, j’avais eu une discussion avec René Villemure, éthicien et celui-ci me disait qu’il s’était retrouvé face à une situation surprenante pour lui : un de ses élèves d’origine asiatique avait rendu un essai qui était un plagiat de ses textes, à lui, en tant que professeur. Et, il s’étonnait alors que son étudiant ait osé lui présenter un travail plagié de façon si grossière devant lui.

A l’époque j’avais lu des textes sur la culture chinoise et le fait de copier le professeur est le plus grand honneur qu’un élève puisse faire pour rendre hommage. J’en étais restée là. Et, c’est en écrivant cet article que j’ai compris qu’en fait tout cela vient d’une volonté exacerbée à vouloir être un élève modèle.

Qu’est-ce qu’un élève modèle pour les élèves ?

“Un élève modèle c’est une personne que nous les jeunes d’aujourd’hui on voit comme une personne qui sait tout et qui a toujours réponse à tout. Pour les profs c’est une personne qui va aller loin et qui un jour pourra nous montrer le chemin. Du moins c’est ce que d’aucuns pensent…

L’élève modèle, arrive à l’école bien coiffé, bien habillé et porte de belles lunettes. Nous, personnes jeunes, on appelle ça un intello, pour les professeurs c’est un surdoué.

J’ai posé d’abord la question à des élèves pour savoir comment ils voient un élève modèle.

Pour eux un élève modèle c’est quelqu’un qui sait tout, qui préfère étudier que se divertir, qui sait mieux que les autres et qui fait tout ce qu’on lui dit de faire.

Source : Le BLOG de l'APP-SVa - par elprof - janvier 2016
https://lewebpedagogique.com/appsv/2016/01/26/leleve-modele-et-le-paresseux-dans-ses-diverses-distractions-pour-eviter-les-cours/

Et, si ce n’était ni une anomalie, ni une différence culturelle ?

Voici comment le plagiat est vu sous l’angle des professeurs occidentaux :

“Avec l'avènement d'Internet, les manières de se procurer de l'information évoluent aussi. Tant pour la richesse des sources auxquelles les élèves peuvent se référer, que pour l'éventail des moyens de produire des travaux scolaires à moindre effort. Il peut s'agir de plagiat ou de distribution facilitée de travaux tout faits, (il y a des sites qui vendent des rapports et des études sur mesure ou prêt à porter...) En soi le phénomène n'est pas nouveau, mais Internet cristallise bien des inquiétudes, d'un côté et renouvelle aussi bien les les façons d'apprendre que de tricher !”

Source : Internet permet-il de détecter les cas de plagiat par Internet ?
https://tecfa.unige.ch/themes/FAQ-FL/originality-report/originality_results.html

Il n’y a pas de place pour nos amis copieurs de maîtres, même avec la meilleur volonté du monde. Et, j’aurais pu en rester là, jusqu’à ce que je lise les textes suivants qui m’ont donné un éclairage surprenant et différent pour expliquer les deux phénomènes précédents face à la copie du maître. En tout cas ces pauvres étudiants ou plagieurs n’en ressorte jamais gagnant dans notre monde de propriété intellectuelle et de compétition. 

Qu’est-ce qu’un élève modèle pour les enseignants ?

“Pour les enseignants, l'élève « idéal » se définit tout autant par son attitude en cours que par ses qualités personnelles. C'est principalement un élève qui participe et qui travaille. Quant au principal trait de caractère qu'ils apprécient, c'est d'être motivé par le savoir.

Autrement, l'élève « idéal » est gentil, intelligent et autonome. Il joue un rôle actif dans sa formation : l'élève « idéal », mature et autonome, aide ses camarades en difficulté et les respecte.

Cette autonomie revendiquée, la maturité, l'esprit critique, le fait qu'il ne soit pas scolaire doivent cependant s'exercer dans des limites bien définies : l'élève « idéal » commence toujours par répondre aux exigences de son enseignant.

On demande moins à l'élève d'avoir de la personnalité que d'effectuer ce qu'attend l'enseignant de lui.

Qu'il soit heureux et décontracté a aussi moins d'importance. Il faut aussi qu'il soit attentif et qu'il écoute « la bonne parole », comme le dit en souriant l'enseignant.”

Source : Les représentations de l'élève - Thèse de Stéphanie LELOUP - mars 2003
http://pedagopsy.eu/decalage_eleve.html

“C’est une réalité: les filles sont meilleures à l’école que les garçons.

Systématiquement, depuis 1969, les filles ont de meilleures notes en cours, redoublent moins et font davantage d’études secondaires et universitaires. Ce phénomène est durable. Encore aujourd’hui, 70% des filles d’une classe d’âge passent le baccalauréat contre seulement 59% des garçons de la même classe d’âge.

À la sortie du système scolaire, les jeunes femmes sont non seulement plus diplômées que leurs camarades masculins mais leurs diplômes sont généraux, tandis que les jeunes hommes sont davantage titulaires de diplômes professionnels (CFC en Suisse, bac professionnel ou BTS en France). Devraient donc s’ouvrir aux femmes plus de possibilités de carrières. Sauf que cet avantage scolaire des jeunes filles ne se retrouve pas dans le monde professionnel. Les femmes sont cantonnées à des métiers moins valorisés socialement et, par conséquent, moins rémunérés”.

Source : Orientation professionnelle - http://www.aussi.ch

Il est clair que les bonnes élèves sont rarement des leaders professionnels. Les chiffres sont incontournables. Hier, elles rentraient dans le rang. Souvent issues de milieux aisés, leurs destins étaient de se marier et d'être femmes au foyer. Et, personne ne s'inquiétait pour elles d'un quelconque avenir professionnel.

“Les symptômes du syndrome de la bonne élève

Si le syndrome de la bonne élève était une maladie chronique, ses symptômes pourraient être :

  • Un perfectionnisme exacerbé : si c’est pas parfait, c’est nul. Capacité de discernement et de nuance : faible.
  • Un imprescriptible besoin d’être utile et serviable au reste du monde : s’occuper de soi plus de 12 minutes cumulées par jour relèverait d’un égoïsme intolérable.
  • Une incapacité générale à dire non : refuser un service, c’est plus qu’impoli, ce serait « faire de la peine » à l’autre, et ça, c’est insupportable.
  • Une inébranlable croyance en l’adage « si je travaille bien, j’ai des bonnes notes », qui se traduit par l’attente perpétuelle d’une reconnaissance jamais exprimée : passé le diplôme, plus personne ne nous remet de « bonnes notes ».
  • L’extrême difficulté à accomplir une tâche sans demander la permission avant, et obtenir une approbation après.
  • Un rapport quasi-religieux à toute forme d’autorité : du prof aux parents en passant par tous types de conseillers, si c’est une figure d’autorité, elle dit détenir la vérité. Conséquence : mort clinique de l’esprit critique*.

Source : Qu’est-ce que le syndrome de la bonne élève et comment s’en défaire ?
Par Clemence Bodoc  - mars 2018
http://www.madmoizelle.com/syndrome-bonne-eleve-901599

“Une bonne élève, à l’âge adulte, ça donne quoi ?

C’est en entrant dans la vie d’adulte que le syndrome de la bonne élève peut véritablement commencer à t’empoisonner l’existence.

  • Je ne veux pas déranger, alors je n’ose pas poser de question.
  • Je veux faire mon travail au mieux, alors je pose trop de questions : au-lieu de réfléchir au sens de mon travail, je cherche à le faire « bien ».
  • Je cherche le barème des choses au lieu de chercher leur sens.
  • Je cherche à être évaluée au lieu de chercher à être considérée.
  • Je cherche l’approbation et la gratitude des autres au lieu de chercher leur respect.
  • Je cherche à rendre les autres heureux et fiers, au lieu de chercher à être heureuse et à être fière de moi-même.

Tu vois le problème ? Le syndrome de la bonne élève me pousse perpétuellement vers une perfection complètement illusoire : plaire aux autres, placer leurs attentes au-dessus des miennes, avant les miennes, tout le temps”.

CF : Qu’est-ce que le syndrome de la bonne élève et comment s’en défaire ?

Et, si la culture chinoise de la copie n’était en fait qu’une transcendance d’élèves modèles vers la perfection, vers les autres avant soi et le culte du maître ?

Dans la Chine moderne ou dans le Japon traditionnel, la valorisation des êtres, des travailleurs par le modèle est culturel et fondamental. Cela paraît naturel pour tous, mais, en fait, c’est juste une construction de la valorisation de l’élève parfait qui rend hommage à son maître ou à son pays dans le cas de la Chine. En Occident, on connaît peu ce phénomène sauf dans le cas des très bons élèves et en particulier des filles. Les valeurs qu’elles suivent pour devenir de bonnes élèves si elles sont adaptées à la culture asiatique, elles ne le sont pas du tout pour prendre leur place dans le monde professionnel occidental.

C’est clair que, pour un professeur, c’est plus facile d’avoir de bons élèves en classe. Être une bonne élève dans le passé préparait finalement à être une bonne mère au foyer. Aujourd’hui, la femme au foyer est un avenir anecdotique pour la femme moderne. Pour les hommes modèles ces valeurs devaient peut-être créer de bons professeurs, c’est fort possible. Mais, pour ceux qui ne veulent ni être professeurs, ni femmes ou homme au foyer, ce n’est pas leur rendre service que de les laisser entrer dans ce formatage de bons élèves surtout s’ils exercent plus tard dans des milieux complexes ou agressifs.

Au 21ème siècle peut-être faut-il revoir le modèle de l’élève modèle.

Source image : Pixabay Tante Tati

 

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