Dossier de la semaine

Expression et censure

Quand nous nous exprimons nous pouvons aussi bien nous conformer qu’affirmer des positions originales. Tant que nous pouvons choisir il n’y a aucun problème; nous sommes des êtres capables de juger du contexte.

L’originalité de la pensée n’est pas une garantie ni de sagesse, ni de clairvoyance, mais le conformisme n’offre guère plus de garanties sinon celle que rien ne changera. Dans les deux cas, la possibilité de s’exprimer et de critiquer les positions permet d’éviter les dérives, au contraire de la censure.

Nous réagissons quasi instinctivement à la censure car elle revient à nier notre capacité de jugement et notre valeur. Quand nous acceptons la censure, cela confirme notre impuissance et notre soumission à ce qui censure. L’autocensure devient un réflexe de protection avisé dans un contexte perçu comme oppressif, souvent sur des sujets spécifiques. On n’agace pas celui dont on dépend, surtout s’il prend la forme d’un groupe. De l’autre coté, celui qui censure signifie aussi son impuissance face à un domaine précis et ceci remet en question la légitimité de son pouvoir : aussi il évite la question en censurant.  

L’esprit critique permet d’en arriver à un apaisement mais il faut passer par le débat et l’analyse. Il ne suffit pas de critiquer et de clamer. Ce qui « en impose » a plutôt un effet délétère sur la créativité et encourage le conformisme. Nous ne pouvons mieux défendre la liberté d’expression qu’en offrant des occasions de discussion des idées exprimées et de leur valeur.  

De nouvelles formes d’expression arrivent aussi avec de nouvelles formes de censure. La surveillance vidéo, la cybersurveillance, la reconnaissance faciale, vocale et comportementale, couplées à l’intelligence artificielle ouvrent de telles possibilités de prédiction et de contrôle, y compris au niveau pédagogique, que nous en arrivons à une question éthique : celle de pouvoir décider nous-même de ce qui est bon pour nous, à ce moment et dans notre contexte.

Appliqué à l’éducation, la censure questionne ce que collectivement nous affrontons ou pas. En somme, moins il y en a, meilleures sont les tribunes de discussion et probablement aussi la formation qui est dispensée.

Bonne lecture

Denys Lamontagne - [email protected]

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