Mon collègue connecté : des émotions en cours de technologie
Un capteur mobile qui établit des profils émotionnels
Réunion de crise en salle des professeurs.
« La troisième B, c’est juste plus possible ». « Je suis d’accord, en classe complète il n’y a pas de souci, mais en demi-groupes, ils sont ingérables ».
« Même constat. J’ai bien essayé de changer la disposition des élèves : rien à faire ! ». « J’ai revu ma pédagogie pour la rendre plus dynamique mais sans résultat ».
« Pareil pour moi. J’ai réécrit tous mes cours mais ce qui en motive certains semble totalement manquer d’intérêt pour les autres ». « Ils ne sont pas méchants mais y’en a toujours trois ou quatre qui ont l’air pas concernés et qui finissent par bavarder et distraire tout le monde ». « Moi je n’en peux plus : je rends mon tablier ! ».
« Allons ! Allons !.., intervient Madame la Principale, ne soyons pas défaitistes. Nous allons bien trouver une solution. Et toi Julien, qu’en penses-tu ? Tu n’as pas ouvert la bouche depuis le début de la réunion.
- Eh bien, en ce qui me concerne… »
Monsieur Langlois hésite. Habituellement solidaire de ses collègues, il sait que, cette fois-ci, sa réponse va créer la surprise et provoquer l’étonnement.
« … en ce qui me concerne, je ne rencontre aucun problème ».
Comme il s’y attendait, sa réponse plonge la salle dans un profond silence de stupéfaction.
« Et… peux-tu nous en dire plus ? As-tu un secret à faire partager ? »
Un capteur d’émotions portatif
Si Monsieur Langlois s’offre une nouvelle pause avant de donner son explication, c’est bien, ce coup-ci, dans l’intention de ménager ses effets. Car si Monsieur Langlois est le professeur de technologie de la classe de troisième B, il est également cinéaste amateur et sait à ce titre comment faire monter le suspens.
« Q Sensor !
- Pardon ?
- Vous vouliez connaître mon secret, non ?... Laissez-moi vous expliquer. Au début de l’année, j’ai rencontré les mêmes difficultés que vous. Puis il y a deux mois, j’ai été invité, avec les élèves du club cinéma, à une séance test organisée par une boîte de prod’. Cette dernière voulait optimiser la bande annonce de sa prochaine production avant sa sortie sur youtube.
- En effet, je me rappelle de votre sortie scolaire, confirme Madame la Principale
- En général, lors de ce type de test, on vous fait asseoir dans une salle obscure, on vous montre différents projets puis on vous fait remplir un questionnaire pour savoir ce que vous en pensez. Mais cette fois, à la place du questionnaire, on nous a demandé de fixer à notre poignet un petit boitier carré et incurvé, si léger qu’il se fait vite oublier. Le genre gadget à la James Bond. Renseignements pris, il s’agissait… d’un capteur d’émotions.
Monsieur Langlois vient d’attiser la curiosité de son auditoire.
- Un capteur d’émotions !?, s’étonne Madame la Principale. Et comment cela fonctionne-t-il ?
- En mesurant les infimes variations de la tension électrique au niveau de la peau. Je m’explique. Nous savons tous ici que la transpiration est un excellent indicateur du système nerveux. Plus la peau transpire, plus elle est conductrice. Le Q Sensor évalue cette conductivité en envoyant une décharge électrique indolore entre deux capteurs sensoriels et en mesurant la force du signal réceptionné. Une conductivité élevée signifie un changement d’état physiologique. Et ce changement d’état signifie que l’individu vient de vivre une émotion.
Emotion = Valeur = Attention
- Ce que tu appelles une émotion est en fait du stress, propose un collègue.
- Oui… et non ! Ce peut être du stress, du plaisir, de la colère, de la peur, un sentiment de sécurité…
- Comment détermine-t-on sa nature exacte ?
- Peu importe sa nature ! Ce qui compte est de créer l’émotion chez le spectateur car les émotions donnent inconsciemment de la valeur aux choses et ce qui a de la valeur provoque l’attention.
- Et comment s’y prend-on concrètement ?
- Une fois les différents projets de bandes annonces visionnés, les techniciens récupèrent les capteurs d’émotions, les connectent via leur port USB à un ordinateur qui traite les données collectées. L’ordinateur les déroule ensuite sur l’écran sous forme de graphique parallèlement aux images pour savoir quelles séquences ont provoqué des réactions.
- C’est bien joli tout ça mais comment ce Q Sensor est-il intervenu dans ta pédagogie ?, s’enquiert Madame la Principale.
- Simple : vous remplacez les spectateurs par vos élèves et la bande annonce du film par votre cours. J’ai emprunté à un ami un lot d’une quinzaine de capteurs et une caméra miniature. J’ai rédigé plusieurs types de cours faisant appel à différentes formes de pédagogie puis je les ai testés devant les troisième B équipés des Q Sensor, tout en me filmant. J’ai ainsi pu comparer mes prestations aux données des capteurs et établir chez les élèves deux profils émotionnels type. J’ai donc recomposé les demi-groupes en fonction de ces profils. Ce qui me permet de proposer aux élèves la pédagogie adaptée à leurs besoins émotionnels et donc, de stimuler leur attention et leur apprentissage.
Madame La Principale félicite alors Mr Langlois pour son excellente initiative, tout en lui avouant qu’elle ne supposait pas les cours de technologie aussi passionnants.
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