Article par Ismaël BERKOUN, journaliste sur la Thématique 1: Les spécificités pédagogiques à l’enseignement des Sciences : existent-elles? Comment former les enseignants à celles-ci? - Colloque CANES 2013
Les étudiants ont de plus en plus de mal face aux enseignements scientifiques. C’est un fait, devenu indéniable. Où trouver les causes du problème ? Dans l’équipe enseignante, qui utilise encore certains concepts d’enseignement peut être dépassé ? Dans la population étudiante, changeante au cours des années pour être aujourd’hui qualifié de population Y, et qui arrive sur les bancs des amphis avec des idées préconçues impossibles à corriger ? Les didacticiens tentent d’atténuer les difficultés inhérentes à l’enseignement des sciences.
« À titre personnel, chaque enseignant sait comment il enseigne. Mais pas comment il devrait le faire». Le ton est donné par Cécile de Hosson, lors du Colloque des acteurs du numérique et de l’enseignement en sciences, organisé par Unisciel à Paris, le 5 décembre 2013. À la tête de l’équipe de Didactiques de mathématique de l’Université Paris Diderot, la didacticienne s’attelle à mieux comprendre comment pensent et réfléchissent les étudiants.
Arrivés avec des idées préconçues, ceux-ci ont tendance au fil des générations à reproduire encore et toujours les mêmes erreurs de conceptions. Le but de ses recherches est de repérer et d’étudier les régularités d’erreurs, pour pouvoir les corriger à la source. « Ces difficultés, dans l’enseignement des sciences physiques par exemple, existent, car certains concepts vont à l’encontre du « sens commun », et les professeurs doivent être au fait de ce qu’ont les étudiants dans leur tête avant de commencer leur cours », explique-t-elle.
Au programme : questionnaire multiple aux enseignants et aux étudiants, participation au cours, puis compte-rendu aux professeurs des axes qui permettraient une meilleure compréhension des concepts scientifiques.
Changer le paradigme de l’enseignement supérieur
Les années d’expérience de Patricia Arnault, enseignante à l’université de Poitiers et présidente de l’association Promosciences, ont fait évoluer son avis sur la pédagogie des sciences.
Pour elle, enseigner les sciences n’a rien de spécifique, même si au début de sa carrière, elle aurait dit l’inverse. « On retrouvera toujours des invariants en pédagogie, et c’est sur ceux-ci qu’il faut diriger la formation des enseignants, explique-t-elle. L’enseignement est quand même le seul métier où l’on est recruté pour faire ce pour quoi on n’est pas formé ». Durant le doctorat, le postdoctorat, les années d’ATER, les enseignants-chercheurs se retrouvent face à des étudiants, parfois plus âgés qu’eux, sans avoir eu de formations spécifiques. Le problème de la formation des enseignants du supérieur se pose, que ce soit dans le domaine des sciences ou non. Le tutorat par ses pairs composant l’équipe pédagogique dont l’enseignant fait partie doit être plus cadré, et correspondre aux évolutions et aux mutations des universités d’aujourd’hui.
En effet, la méthodologie française est différente des autres pays. Et Patricia Arnault en est témoin quotidiennement. Se retrouvant en L3 avec des étudiants canadiens, ils étaient incapables de suivre les cours en amphi correctement. « Il faut chercher à changer en amont cette mentalité étudiante qui est d’écrire non-stop, sans travailler, pour ne pas arriver directement en L3 et leur demander d’avoir une méthode de travail qu’ils n’ont jamais eue ».
Enseigner par la recherche, une illusion ?