Collaborer à distance en formation - Modèles
La démarche collaborative en formation à distance: valeurs, principes, apports dans l’apprentissage,mise en oeuvre et outils.
Publié le 03 mai 2020 Mis à jour le 03 mai 2020
La thèse de Sylvain Riss «D'une lecture sémiologique de l'espace du formateur à son agir pédagogique» s’intéresse à un impensé de la pédagogie : le rapport entre l’espace du formateur et sa pédagogie.
Par le moyen d’une recherche-action Sylvain Riss cherche à décrypter les influences du formateur sur son milieu et les effets en retour. Il s’efforce tout d’abord de décrire ce qu’il entend par milieu et se centre sur l’espace du formateur avec les notions d’espacement, d’espace symbolique et de creux dans la continuité.
Il rappelle la situation particulière du formateur dans un espace de pouvoir et la construction de sa posture d’autorité. Il note également toute l’importance de situer l’espace dans la globalité d’une géopolitique du lieu de formation et de la place et du rôle du lieu dans un dispositif.
Pour Riss, l’espace contribue à la mise en tension vers un objectif d’apprentissage. Il existe en effet une relation entre le périmètre territorial du formateur, le périmètre d’apprentissage et l’espace de formation. Pour Riss « Cette relation n’est pas nécessairement conscientisée, intégrée à nos esprits de formateurs, apparente, mais catalysée par l’espace ».
Cette zone de rencontre tient de la notion d’écotone évoquée par Abbas (2012), qui est une « zone de transition écologique entre deux écosystèmes, c’est l’espace de négociation qui ajuste perpétuellement ses frontières et les territoires ». La notion d’écotone est issue de l’écologie et signifie «zone de transition et de contact entre deux écosystèmes voisins». L’écotone est donc un espace interface un milieu hybride ou les écosystèmes floraux et animaux sont contigus. En formation c’est un espace contingent, de friction, de négociation. Ce tiers espace se négocie progressivement se territorialise et se naturalise. Des points de densité apparaissent.
Mais il existe aussi des « terrains-vagues » ou espaces transitionnels, qui sont des coulisses et des espaces postérieurs dans la présentation de soi, des espaces de contrebande, des espaces hostiles, des espaces neutres dans les espaces de l’homme, des zones tampons, des lieux stratégiques de repli et d’échange, ou aussi des terrains d’aventure dans l’imaginaire.
Ces « no man’s land » (espace devant le vidéoprojecteur, recoin, seuil ou lieu de passage, espaces indéfinis donne à lire la liberté offerte aux apprenants et aux formateurs. Dans la multiplicité des espaces le formateur erre, c’est-à-dire qu’il se déplace et construit une géométrie de l’espace, cette géométrie du mouvement porte un sens. L’espace est en effet socialement connoté entre l’espace conçu, l’espace de représentation est l’espace vécu, qui renvoient à des registres d’objectivation scientifique, phénoménologique voire psychanalytique.
Pour construire un diagnostic spatial , Riss s’appuie sur le triangle pédagogique de Houssaye et décrit trois postures du formateur :
Puis pour bâtir sa méthode d’observation des espaces il cherche à comprendre l’architecture, il reprend à son compte la proposition de Marcel Mauss et de son manuel d’ethnographie qui propose le principe d’action suivant : « Pour étudier la maison, procéder en architecte ». Il convient donc d’étudier les fondations du terrain avant même de s’en approcher.
Il retient ensuite 4 points de vigilances de Piveteau et Lardon (2002) pour mener à bien ses observations :
Sylvain Riss complète son dispositif avec 7 principes organisateurs des espaces : appropriation, échanges, gestion, affectation, polarisation, flux et transformation.
Riss utilise la photographie avec des prises de vues à plusieurs moments de la journée (avant/après) en compléments d’un outil d’observation des mouvements du formateur. La calcographie de (Deligny, 2007) qu’il emploie est un relevé des déplacements du formateur sur un calque dans une salle.
Pour finaliser le relevé de traces du mouvement du formateur, il structure l’espace à observer par un maillage (disposition spatiale, proxémie, distances et territorialités), un quadrillage (proxémie, territoires et seuil), une hiérarchie (individu/groupe, approches multi-référentielles, fixité spatiale, rapport aux savoirs, autorité) et des contacts (décor, coin).
Il identifie des façons de spécifiques des formateurs de gérer leur polarité et de théâtraliser leurs interventions à la façon de prêtre (assurant un prêche), de citadin (réalisant un stand-up) ou de marin (naviguant dans l’espace). Pour ces trois figures archétypiques, il analyse les polarités, les tropismes et les dynamiques.
L’auteur reprend point par point son approche et détaille avec bonheur sa méthodologie comprenant :
Étape n°1 : Travail sur calques - la cartographie
Étape n°2 : Instruction au sosie
Etape n°3 : Questionnaire au formateur
Une magnifique thèse bien écrite et particulièrement documentée qui nous permet de mieux pénétrer ce que pourrait être une « clinique de l’activité spatiale du formateur »
Sources
Riss, S. (2013). D'une lecture sémiologique de l'espace du formateur à son agir pédagogique
(Doctoral dissertation, Université de Lorraine).
https://www.researchgate.net/publication/333204450_D'UNE_LECTURE_SEMIOLOGIQUE_DE_L'ESPACE_DU_FORMATEUR_A_SON_AGIR_PEDAGOGIQUE