La chimie moderne n’est pas née soudainement d’une réaction
de laboratoire. Elle est le fruit d’une longue maturation où les avancées ont
côtoyé idées loufoques ou rétrogrades. Le récit de ce parcours, que
partagent les autres sciences du reste, est aussi l’occasion de voir comment a
émergé petit à petit une vision moderne et scientifique des éléments, et
comment cette vision a imprégné l’enseignement pour en faire un processus
efficace de transmission des connaissances.
Révolution dans la révolution, les nouvelles technologies de
l'information et de la communication ont de nouveau mis à plat notre perception
de la chimie et ouvert des perspectives insoupçonnées en matière
d’expérimentation. Explications.
De l’alchimie à la chimie de laboratoire
L’idée largement répandue dès qu’on s’intéresse à l’histoire
des sciences expérimentales est de penser que la chimie moderne est devenue ce
qu’elle est en se débarrassant des oripeaux ascientifiques de l’alchimie. Ce
n’est pas tout à fait exact. Cette césure entre un moyen-âge de la pensée scientifique
et une modernité qui serait apparue en Occident autour du XVe siècle
est quelque peu réductrice. L’histoire révèle des faits beaucoup plus
complexes, un parcours bien plus sinueux et enchevêtré. L’alchimie a incontestablement
fait le lit de la chimie telle que nous la connaissons. Jabir Ibn Hayyan,
grand penseur encyclopédique arabe du VIIe siècle, et un des plus
grands alchimistes de son époque, a influencé la chimie actuelle jusque dans son
vocabulaire. Le jargon scientifique de la chimie moderne est truffé de termes
arabes ce qui atteste de cette filiation.
Alchimie bien sûr mais aussi alambic, alcool, élixir, amalgame et beaucoup
d’autres.
En fait, plus que la césure entre l’alchimie et la chimie, il faut
rechercher du côté d’une délimitation des domaines d’application de la chimie
le passage du présupposé à l’expérimentation scientifique. L’un des apports
essentiels des savants arabes est d’avoir initié une liaison entre chimie et
pharmacologie. Autrement dit d’avoir été les premiers à penser une utilisation
concrète et pertinente des éléments chimiques, jusque-là cantonnés aux douteuses
tentatives de transmutation des métaux ordinaires en or. Les savants arabes ont tôt fait de
repérer les vertus des expériences chimiques en matière de préparations
pharmacologiques. L’acte de se soigner se défaisait ainsi progressivement
de sa dimension « magique » pour devenir un acte scientifique.
Comme ce fut le cas dans bien d’autres domaines, l’apport à
la chimie de la science
arabo-musulmane est considérable. De l’éthanol à l’arsenic en passant par
l’antimoine, dont on connait l’importance dans les médicamentations de
l’époque, les savants, Jabir Ibn Hayyan mais aussi l’immense Al-Razi, chimiste puis
médecin d’origine persane, ont isolé autour de l’an mil de très nombreuses
substances. Les acides sulfurique, nitrique ou chlorhydrique ont ainsi été
connus grâce à leurs travaux.
Mais plus que par une énumération de leurs découvertes, le
meilleur moyen de mesurer l’apport des chimistes arabes est encore de
comprendre comment ils ont transformé notre compréhension de la chimie
en faisant de l’expérimentation la clé de la connaissance intime des
éléments. Avec l’apparition des nouvelles technologies de
l'information, une
nouvelle bifurcation est prise. Voici comment.
Et de l’expérimentation au laboratoire virtuel
L’importance d’un domaine scientifique se jauge à l’étendue
des applications auxquelles il donne lieu mais aussi à sa capacité de renouveler
ses méthodes d’investigation. De ce point de vue, la chimie est présente
partout. Son évolution est jalonnée de révolutions conceptuelles, à commencer
par le passage d’une chimie purement théorique aux applications dans
d’innombrables secteurs, de l’industrie à la cosmétique, de l'alimentation à l'agriculture. Les chimistes arabes ont
ainsi, durant l’âge d’or de la civilisation arabo-musulmane, mis au point les
procédés aussi divers que la distillation (pour l’eau de rose) ou la fermentation (pour le
vinaigre).
Aujourd’hui, avec le déploiement des technologies de
l'information et l’Internet nous assistons à une nouvelle étape pour la
transmission des connaissances de chimie. Les ressources
disponibles sur la toile sont très nombreuses. A l’exemple de cet excellent
portail collaboratif
scientifique, récemment primé et qui consacre à la chimie de nombreux exercices
interactifs.
L’intérêt de ces outils est bien sûr de pouvoir mettre la
main à la pâte, y compris en l’absence de véritables laboratoires dûment
équipés, ce qui est hélas le cas dans de nombreux pays africains.
L’autre avantage de l’expérimentation virtuelle est de
limiter les risques d’accidents en cas de manipulation de substances
dangereuses. Le net présente d’ailleurs aussi les précautions
à prendre pour utiliser les produits chimiques en toute sécurité. Une lecture
instructive assurément.
Contrairement à d’autres disciplines, la chimie, du moins
dans son versant pratique, exerce souvent une réelle attractivité sur les
jeunes esprits. Ce phénomène n’a évidemment pas échappé à l’industrie des
jouets au point qu’une nouvelle branche est apparue : la chimie
amusante et sans danger ! Aux pédagogues et didacticiens que nous sommes d’utiliser
cet engouement pour redonner à nos élèves le goût pour la démarche scientifique
et préparer les avancées de demain.
Voir plus d'articles de cet auteur