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Publié le 30 avril 2025 Mis à jour le 30 avril 2025

Apprendre des paysages

Idées d’exercices pour ateliers en nature

source unsplash

Je me suis laissé dire que les chinois ne voyaient ni la montagne, ni le fleuve mais la transformation réciproque de l'un sur l'autre, comme si tout était processus interdépendant continu et organique.  Comment mener à bien les apprentissages de la complexité qui nous assaillent ? 

Créer du neuf en pédagogie est presque impossible puisque tout a été dit, tout a été fait. Ce n'est pas grave, "essayes encore" dit l'algorithme pour encourager les pauvres humains que nous sommes.

Voici à suivre des  idées d’exercices pour ateliers en nature destinés à des facilitateurs, en s’inscrivant dans une perspective mésologique (de méso ou comment partir du milieu) inspirée d’Augustin Berque. Ces exercices visent à révéler le paysage intérieur à travers l'expérience sensible, symbolique et co-constitutive du paysage extérieur :

  1. L’écho du lieu
    Inviter les participants à choisir un lieu du paysage qui les appelle sans raison apparente. Une fois installés, ils écoutent, observent, ressentent ce que le lieu leur évoque intérieurement. Ils prennent ensuite un temps d’écriture libre ou de dessin pour explorer le « je » qui émerge de ce « là ».

    L'exercice est fondé sur l’idée que le paysage n’est pas un décor, mais une médiation du sentir et de l’être-au-monde (Berque, 2000). Le débriefing en dyade ou petit groupe permet de mettre en mots la résonance entre monde perçu et monde vécu.

  2. Itinéraire symbolique
    Proposer une marche à étapes dans un paysage varié (forêt, clairière, ruisseau, rocher, etc.). Chaque étape est associée à une question d’exploration intérieure (par exemple : « Quelle part de moi cherche l’abri ? », « Que suis-je prêt à laisser s’écouler ? »).

    Ce cheminement est une manière de parcourir son propre territoire existentiel en dialogue avec les formes du milieu. On peut s’inspirer des travaux sur la corporéité de Varela et sur la co-émergence du sujet et du monde chez Berque.

  3. Habiter un geste de la nature
    Chaque participant choisit un phénomène naturel observé (la façon dont une branche se plie, le mouvement d’un nuage, l’écoulement d’une source…) et tente de l’imiter avec le corps, lentement, jusqu’à en ressentir la qualité. Ensuite, il partage ce que ce geste lui révèle de son propre fonctionnement intérieur, de ses élans ou de ses tensions.

    L’enjeu est d’habiter la nature en tant que mouvement vivant, selon une logique de trajection (Berque, 2013), où le corps devient médium du rapport au monde.

  4. Le dialogue avec un élément
    Proposer une rencontre intentionnelle avec un élément (vent, pierre, arbre, rivière), à la manière d’un dialogue silencieux. Après un temps de présence, les participants écrivent une lettre à cet élément en exprimant ce qu’ils ont reçu, compris ou ressenti. Ils peuvent ensuite écrire la réponse de l’élément, comme si celui-ci révélait quelque chose de leur paysage intérieur.

    Ce procédé mobilise l’imaginaire et les compétences d’écoute profonde du facilitateur.

  5. Cartographie sensible du lieu
    En fin d’atelier, les participants sont invités à dessiner une carte non géographique du lieu visité, en y représentant ce qu’ils y ont ressenti, appris, traversé. Les chemins empruntés deviennent ceux de leurs transformations intérieures.

    On articule ainsi l’expérience physique du lieu et l’architecture symbolique de l’identité en évolution, dans un geste mésologique qui tisse l’être et le milieu.

Ces exercices encouragent une posture de facilitateur ancrée, poétique, attentive au milieu et à son pouvoir de transformation, dans l’esprit d’Augustin Berque, où l’on ne « pense pas le milieu », mais où l’on « pense depuis le milieu ». Bien sûr vivre ces exercices en ressentant le milieu vivant par exemple avec la complicité d'animaux, par exemple des ânes, nous transforme définitivement.

Source

Berque, A. (2000). Écoumène. Introduction à l’étude des milieux humains. Belin.
https://shs.cairn.info/ecoumene--9782701151779?lang=fr

Berque, A. (2013). La mésologie, pourquoi et pour quoi faire ? Nouvelles de l’archéologie, (131), 4-9.
https://shs.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2015-5-page-567?lang=fr


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