De petites bouchées d'apprentissage ne font pas un vrai repas
L'attrait du microlearning, c'est que l'apprenant est en charge de ce qu'il assimile. Sans balises, par contre, cela devient du vent, un apprentissage fantoche.
Publié le 03 avril 2012 Mis à jour le 03 avril 2012
Le format MOOC (Massive Open Online Course) tend à prendre de l'importance dans l'offre de cours en ligne. Du moins, un nombre grandissant de cours ouverts, gratuits et en ligne sont-ils qualifiés de MOOC. Les récentes initiatives du MIT et de Stanford, que nous avons présentées dans un récent article, sont ainsi assimilées à des MOOC par Christine Cupaiuolo dans un billet publié sur le blog Spotlight.
Stricto sensu, ces cours offerts gratuitement à tous ceux qui désirent les suivre relèvent effectivement de la catégorie des MOOC. Mais le MOOC tel qu'il a été envisagé par ses fondateurs et ses plus célèbres représentants, tels qu'il se déploie aussi à la P2P University par exemple et dans nombre d'espaces plus discrets, dispose de caractéristiques qui ne tiennent pas uniquement à son mode de distribution. Or, en l'état actuel des choses, rien ne nous permet d'affirmer que les cours offerts gratuitement par Stanford et le MIT via leurs plateformes dédiées disposent de cette caractéristique essentielle, à savoir l'approche qu'on qualifiera de "connectiviste", à défaut d'un terme plus adapté.
La caractéristique essentielle d'un MOOC tient en effet au mode de construction des connaissances que ce format de cours encourage : ces savoirs et savoir-faire naissent principalement de l'interaction entre les participants au cours, entre les participants et les ressources mises à leur disposition, repérées ou produites par eux, entre les participants et les facilitateurs. Il s'agit là d'une conception de l'apprentissage centrée sur l'apprenant. Ce qui signifie que ce dernier est le principal, pour ne pas dire le seul, responsable de ses apprentissages; de leur quantité, de leur forme, de leur utilisation.
Une approche plus classique de l'apprentissage, plus directive et plus centrée sur le formateur (ce qui implique donc que le formateur ait sélectionné lui-même non seulement ce qu'il fallait apprendre, mais comment il fallait le faire), beaucoup plus répandue dans le monde académique, est donc moins "MOOC-compatible", du moins dans l'esprit. Et il serait risqué, pour l'avenir et la rénovation des modalités de la formation en ligne, de réduire les cours ouverts à tous, gratuits et accessibles via les outils numériques, à leurs seules spécificités techniques de production et de distribution, une fois de plus.
On prendra conscience des particularités pédagogiques d'un MOOC en lisant le MOOC Guide (évidemment publié en anglais) édité par Inge de Waard et de nombreux contributeurs, à l'issue du MobiMOOC qu'elle avait animé en 2011 -et qu'elle réédite en septembre 2012. Ce guide, publié sur un wiki, donne les points de repère essentiels à qui voudrait se lancer dans la création et l'animation d'un MOOC. On y trouvera dès la page d'introduction l'animation réalisée par Dave Cormier, l'un des concepteurs initiaux du MOOC, qui pointe l'intérêt et les particularités de ce format.
Comme tout environnement structuré d'apprentissage, le MOOC fournit à l'apprenant un facilitateur, de la documentation, une organisation temporelle, et des pairs. Mais l'essentiel est ailleurs :
- Le MOOC privilégie l'interconnexion systématique des participants entre eux d'une part, entre eux et d'autres personnes et ressources d'autre part.
- Cette interconnexion généralisée permet la collaboration ou au moins la discussion.
- Cette collaboration est d'autant plus fructueuse que chacune des personnes engagées produit elle-même de la ressource nouvelle.
- De cette collaboration naîtront les produits que les participants autront décidé de créer, seuls ou en groupe : des articles, des projets, de nouveaux cours...
- Il n'y a pas de chemin unique dans un MOOC. Chaque participant trouvera le sien. Les ressources proposées et produites ne sont pas centralisées, elles sont distribuées en de multiples espaces numériques, repérables grâce à des signes conventionnels tels que des mots-clés, des hashtags...
- Les ressources et la structure initiales d'un MOOC ne constituent donc qu'un point de départ, un espace de rassemblement ponctuel; l'essentiel se passe dans un espace beaucoup plus vaste, à géométrie variable, et sur un temps qui déborde largement celui de la distribution du cours lui-même.
Certes, ce dispositif ne convient pas à tout le monde, que l'on se place du côté de l'institution ou du côté des apprenants. Le taux de non-participation (ou d'abandon, lorsqu'un MOOC est distribué et crédité par une institution académique d'éducation) y est élevé. Dave Cormier décrit, dans une seconde animation également disponible sur la page d'introduction du MOOC Guide, les cinq étapes à suivre pour en tirer le meilleur parti :
Le guide détaille ensuite les points auxquels il faut penser avant de créer un MOOC :
On trouvera également dans ce guide une page très intéressante sur les contraintes et implications de l'apprentissage auto-régulé, et différentes astuces pour composer avec l'énorme quantité de ressources que produit un MOOC. Il ne s'agit évidemment pas de tout lire, de répondre à toutes les sollicitations, mais plutôt de repérer rapidement ses centres d'intérêt et de doser sa participation, sans criande de manquer quelque chose.
La rédactrice donne enfin quelques suggestions utiles pour structurer et encourager la participation des apprenants. Il peut être par exemple intéressant de leur proposer d'intégrer rapidement des groupes, et de définir très tôt le type de participation qu'ils sont en mesure d'assurer (passif, actif ponctuellement, actif régulièrement), en fonction de leur disponibilité.
Il est absolument regrettable qu'aucun acteur francophone de l'éducation ne se soit encore lancé dans la création d'un MOOC (Edit : Ouverture du cours en ligne et en accès libre : Internet, tout y est pour apprendre !). Les ressources nécessaires à la mise en place d'une telle entreprise commencent à apparaître dont la traduction collaborative de ce guide du MOOC en français. Mais au-delà de la frilosité éventuelle des individus, c'est sans doute la volonté et le support d'institutions innovantes qui manquent aux bonnes volontés. N'oublions pas en effet que, si Dave Cormier, Stephen Downes et George Siemens ont pu donner un tel éclat à leurs MOOC, c'est parce qu'ils étaient soutenus par l'université de l'Ile du Prince Edward pour le premier, le Conseil national de recherches du Canada pour le deuxième, l'université d'Athabasca, toujours au Canada, pour le troisième.
Quelques lectures :
MOOC Guide. Inge de Waard et al. sur Wikispace
Cours en ligne gratuits : on n'a encore rien vu. C. Vaufrey, 6 mars 2012
The History and Future of MOOCs and the New Open Education Week. C. Cupaiuolo, Spotlight, 7 mars 2012
Le rôle inaliénable des institutions éducatives : au-delà des traditions, rien à craindre du web 3.0. Denys Lamontagne, 23 août 2010.
Des cours en ligne massivement multi-apprenants. C. Vaufrey, 22 février 2011
Pour un véritable apprentissage augmenté. C. Vaufrey, 6 février 2012
Un MOOC The Georgia Tech MOOC, animé par D. Cormier, S. Downes et G. Siemens
photo : PhOtOnQuAnTiQuE via photopin cc